Unitrio, Picasso fév22

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Unitrio, Picasso

Unitrio : Argentieri/Borey/Tissot,

Picasso

FRESH SOUND NEW TALENT

Si on relèvera aisément une liste de peintres influencés par le jazz, l’inverse sera un peu plus complexe. Une rapide recherche permet de retrouver un programme de Jérôme Badini et Patrice Bertin diffusée sur France Musique en juillet 2013 où dans une émission thématique on peut entendre « Matisse », composition de Ted Nash avec le Lincoln Center Orchestra, ou la composition du même nom de Guy Lafitte, « Finger Painting » de Herbie Hancock, « Gouache » de Jacky Terrasson, « Painted on Canvas » de Gregory Porter, ou aussi « Painting The Planet » de Fabien Degryse, parmi d’autres… Les interpénétrations entre musique et art visuel ne sont pas rares non plus : on se souvient des visuels « live » lors des concerts du trio « EST », ou plus récemment du travail sur l’image dans le projet « Monk at Town Hall » de Jason Moran, le dévédé réunissant Joe Lovano et les images de Ronzo Smith, ou chez nous les improvisations  picturales inspirées par la musique de Frank Vaganée. Picasso semble toutefois être celui qui a le plus inspiré les jazzmen : le solo de Coleman Hawkins, un des premiers solos enregistré sans accompagnement, en 1948, s’intitule « Picasso », et Gil Evans compose « Blues for Pablo » pour « Miles Ahead » de Miles Davis. L’ « Unitrio » composé de Damien Argentieri à l’orgue Hammond, Fréderic Borey au sax-ténor et Alain Tissot à la batterie, consacre l’intégralité d’un album à l’artiste espagnol, en s’inspirant de cinq tableaux du maître Pablo qu’ils ont la bonne idée de reproduire dans le livret. Cinq tableaux dont deux – « Buste de Femme » et « Femmes d’Alger d’après Delacroix » – sont présentés en trois versions, chacune composée par un musicien du trio. « La Nouvelle Ronde de la Jeunesse », « L’Acrobate » et « Massacre en Corée » complètent l’exposition sonore. Si les musiciens nous disent avoir « voyagé au cœur d’une musique en ayant sous les yeux la partition picturale », l’auditeur peut se laisser aller à l’écoute sans référence, par ailleurs difficile à cerner si ce n’est dans l’abstraction de certains thèmes. La musique séduit de bout en bout par sa capacité à créer le mystère, une sensation de plénitude que de subtils emballements viennent secouer. Orgue Hammond et sax-ténor s’étalent comme des coups de brosse, parfois langoureux, parfois incisifs. La musique fait souvent oublier son inspiration originelle et ceci ne nuit en rien à l’écoute agréable de ce projet.

Jean-Pierre goffin

Unitrio fait résonner son jazz inspiré de Picasso dans l’Orangerie de Sceaux from Département des Hauts-de-Seine on Vimeo.