Non non, rien n’a changé…

Texte publié pour la première fois le 27 mars 2011

Italie, la « renessence » du spectacle !

La seule présence de Berlusconi à la tête de l’Italie confère à ce pays, dont l’histoire irrigue les cultures européennes depuis plus de deux millénaires, un statut particulier. Malade, depuis trop longtemps,  la déliquescence de l’état italien est emblématique pour le nivellement par le bas des opinions publiques. Tout commence par la culture ou le métapolitique pour reprendre un concept de Gramsci.  De Milan à Naples et de Gênes à Cagliari, les politiques culturelles sont désormais soumises aux diktats de l’économie, cette discipline qui se prétend scientifiques !

C’est donc en Italie qu’on notera une résistance surprenante, par la voix de Giancarlo Galan, le nouveau ministre de la culture. En effet,  celui-ci s’oppose à la décision de son collègue du département « économie » qui réduit de 70% le financement de l’Etat italien à la culture. Il est vrai que par son silence, l’excellence en charge de la culture aurait tout aussi bien pu mettre la clé sous le paillasson et provoquer le « lock-out » de son ministère.

Mais, aujourd’hui, « il signore » Galan semble avoir été entendu. En effet, un fonds spécial pour le spectacle vivant verra le jour,  encore cette année, et sera financé par l’augmentation d’une taxe sur le litre d’essence, qui passe ainsi de 1 à 2 cents, soit une moyenne de 20€/an par automobiliste. Un autre coup de gueule semble avoir été lui aussi décisif dans la création de ce fonds spécial : une intervention véhémente du chef d’orchestre Ricardo Mutti, pendant la représentation du Nabuco de Verdi, à Rome, à l’occasion du 150ème anniversaire de l’unité italienne,  devant « papa gâteau » Berlusconi et Giorgio Napolitano, l’actuel président de la république.

Et, si l’avenir du financement public du spectacle vivant semble assuré, par les pompes, une question fondamentale demeure : quel spectacle vivant ? L’opéra ? Ce spectacle majoritairement dominé par le répertoire, et consommé, tout aussi majoritairement,  par un public bourgeois.

Alors, imaginons un scénario, à l’italienne :  Francesco, jeune diplômé de la Sapienza, au salaire de 1.000€/mois, dans une start-up active dans le domaine informatique, et passionné de musiques électroniques. A chaque plein d’essence, il financera donc le fauteuil réservé par sa tante Sofia, membre de la société des amis de « La Scala », et  veuve d’un ancien haut-fonctionnaire du ministère de l’intérieur. Crédible, non ?

On voudrait enlever toute crédibilité aux principes de redistribution des richesses par l’impôt qu’on ne s’y prendrait pas autrement !

Quid chez nous ? Que ce soit à Bruxelles, en Wallonie ou même en Flandre, les budgets consacrés à l’opéra et à la musique classique absorbent plus de 90% des subventions accordées aux musiques. Il faut aussi ajouter les dépenses des villes, provinces et régions pour les infrastructures occupées par nos opéras et orchestres philharmoniques. Remettre en cause ce conservatisme dans les politiques culturelles expose tout rénovateur à une réaction immédiate et violente des institutionnels de la culture. Car, mon bon monsieur, les lotissements sont bien gardés, et les maîtres ne manquent pas de chiens de garde !

Pasolini devant la tombe de Gramsci

Revenons à l’Italie qui semble donc retrouver les vertus du « panem et circens », pour mieux occuper le peu de temps de cerveau encore disponible, après l’essorage effectué par la télévision berlusconienne.

Du pain et des jeux, comme au temps de la Rome décadente. Ou plutôt, de la culture comme outil politique utile, et non comme vecteur de dissonances cognitives, sources de réflexions et d’interrogations. Faut-il dès lors s’étonner que seule la fin de la reproduction des inégalités puisse sonner le retour d’une politique culturelle juste et audacieuse ?

Philippe Schoonbrood

 

 

 


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