Fred Pasqua, Moon River juin01

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Fred Pasqua, Moon River

Fred Pasqua, Moon River  

BRUIT CHIC

Simon Martineau, One

WE SEE MUSIC RECORDS

Si il y a bien un batteur particulièrement actif sue la scène française, c’est bien Fred Pasqua. Récemment sorti,  le  « Live at Jacques Pelzer Jazz Club » de Lucky Dog (avec Fred Borey, Yoann Loustalot et Yoni Zelnik) évoquait sur des compositions originales le « Old and New Dreams » de Dewey Redman, Don Cherry, Charlie Haden et Ed Blackwell. On y découvrait un batteur énergique au jeu tranché, acéré bien dans l’esprit de la musique du quartet américain. Avec ce premier album en son nom, on découvre d’autres couleurs de Fred Pasqua : si le répertoire est varié, Fred Pasqua y dessine un univers  personnel fait de nuances et de retenue. Si on s’attend généralement d’un batteur leader une orgie de toms, caisse claires et autres cymbales, Fred Pasqua  travaille plutôt sur la sensibilité, le toucher et le collectif. L’utilisation fréquente des balais crée une atmosphère veloutée et quasi soyeuse qui fait penser au jeu tout en finesse d’Al Foster dans le trio de Joe Henderson : douceur,  certes, mais le groove se tapit à tout moment dans une pièce comme « The Peacocks » ou « Gentle Piece », énergie aussi dans le « Riot » plus proche de la tradition des années soixante. « Moon River » est un album où Pasqua s’efface souvent au profit de partenaires qui se lovent  par empathie dans l’esprit du leader : Yoann Loustalot au bugle est d’une profondeur magnifique, Nelson Veras à la guitare acoustique jouit et profite d’une liberté qui donne beaucoup de poésie à tout l’album, Adrien Sanchez se voit offrir une plage en solo convaincante, alors que Robin Nicaise donne à  « Central Park West » un souffle quasi getzien. « Soupir » sur un thème de Ravel et « Moon river » voient l’apport tout en finesse de deux invités, le pianiste Laurent Coq et la voix de Jean Luc Di Graya. Voici un premier album en leader qui assied fortement la personnalité de Fred Pasqua.

Fred Pasqua (batterie), Yoann Loustalot (tp, bugle), Nelson Veras (guitare), Yoni Zelnik (contrebasse), Adrien Sanchez (sax ténor), Robin Nicaise (sax ténor), Laurent Coq (piano), Jean Luc Di Fraya (voix)

Associer les chroniques de ces deux nouveautés me paraissait une évidence. Si le répertoire est  original, et partagé entre les plumes du leader, le guitariste Simon Martineau, et du saxophoniste-ténor Robin Nicaise, on trouve ici plusieurs points communs entre les deux albums : un sens aiguisé du collectif – « One » n’a pas été choisi pour rien ! -, une esthétique impressionniste et… la présence de Fred Pasqua. Le  batteur se révèle ici plus proche de la tradition, véritable propulseur d’énergie dès la pièce d’ouverture « Phobos », mais se fond parfaitement dans l’élégance générale d’un album éludant une urgence qui nuirait à la fluidité et au naturel de la musique. Ici tout semble couler de sources et les petites respirations que constituent trois mini-pièces en trio arrivent comme des évidences. On appréciera que l’album se clôture sur « Duke The Great », une référence qui n’a rien de présomptueux, ce quartet sait ce qu’est la tradition et le montre avec aisance et talent.

Simon Martineau (guitare), Robin Nicaise (sax ténor), Blaise Chevallier (contrebasse), Fred Pasqua (batterie)

Jean-Pierre Goffin