Zurstrassen – Veras – Pierre juin27

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Zurstrassen – Veras – Pierre

Félix Zurstrassen – Nelson Veras –

Antoine Pierre : un trio inventif !

Félix Zurstrassen, au-delà de son allure très discrète, est devenu une figure importante de la scène belge : comme sideman, tantôt à la guitare basse, tantôt à la contrebasse, il participe à un nombre important de formations, du LG Jazz Collective à Urbex d’Antoine Pierre, du trio de Pierre Surgères au Close up 5 de Claude Evence Janssens. Voici qu’il propose un projet personnel en compagnie de son complice batteur et avec ses propres compositions : un trio avec l’impressionnant guitariste d’origine brésilienne, Nelson Veras. Un musicien qui possède une technique étonnante : il joue de la guitare électrique mais avec la technique d’un guitariste acoustique : pas de mediator, ce sont ses ongles qui pincent les cordes. Et s’il garde d’incontestables racines brésiliennes, il s’inscrit dans le jazz le plus contemporain. Félix, Nelson, Antoine, un trio inventif à découvrir.

Propos recueillis par Claude Loxhay  à L’An Vert.

Photos de Robert Hansenne

Comment est née cette rencontre ?

Félix : Cette rencontre est née d’abord de ma volonté de former un projet et, parce qu’avec Antoine je joue déjà dans beaucoup de groupes, de trouver un musicien avec lequel nous n’avions pas encore joué, un musicien qui ait une expérience supérieure à la nôtre et qui permette d’aller vers une nouvelle direction. A la base, il y avait cette volonté de continuer à travailler avec Antoine, de prolonger ce qu’on partageait ensemble mais au travers de ma musique, de mes compositions. Il y avait cette volonté de sortir un peu du réseau belge habituel et Nelson étant un musicien que j’admire depuis longtemps, je l’ai contacté par mail pour fixer une session, ce qu’on a fait à Paris, le lendemain d’un concert d’Urbex avec Antoine. On a fait une session de trois heures, sur les morceaux que j’avais écrits, en ayant en tête que je voulais avoir cette session avec Nelson, avec les contraintes rythmiques et harmoniques propres à un trio. Je savais que cela pouvait fort bien fonctionner avec Nelson. A la fin de cette session à Paris dans un studio, on a discuté et pris un verre avec Nelson : je lui ai proposé de participer à mon projet, avec mes compositions.

Nelson, qu’est-ce qui vous a incité à accepter cette proposition ?

Nelson : La qualité et la personnalité des musiciens, l’originalité des compositions.

Vous aviez déjà rencontré des musiciens belges, par exemple, vous avez joué à diverses reprises en duo avec Stéphane Galland…

Nelson : Oui, avec Stéphane en duo. Stéphane a aussi participé à mon album en quartet avec Harmen Franje et Magic Malik et à celui de mon trio avec le contrebassiste Thomas Morgan. J’ai aussi beaucoup joué avec Octurn (albums « XP’s Live », « 7 Eyes », « Kailash ») et , en invité, avec Aka Moon (album « Amazir »).

Félix, qu’avais-tu entendu de Nelson ?

Félix : Ses premiers albums, celui en quartet et celui en trio mais, surtout, son album solo qui m’a fort impressionné. Et puis, je l’ai vu en concert avec Aka Moon.

A côté de ton travail de sideman, tu avais le désir d’être leader et compositeur…

Félix : Voilà, parce que je trouve que, lorsqu’on écrit  sa musique et quand on gère son propre groupe, on fait vraiment les choses comme on l’entend. Comme sideman, il y a toujours un peu des compromis à faire dans les choix musicaux, au niveau de certaines compositions qui me parlent moins que d’autres, où on a parfois plus ou moins à trouver le sens harmonique du morceau. En écrivant son répertoire, on a cette liberté de pouvoir vraiment jouer ce qu’on entend, et aussi, au travers du fait de composer, même par rapport au travail qui va en découler au point de vue technique, d’arriver à improviser. Il y a beaucoup de choses à apprendre parce que, d’une certaine manière, on crée son univers et on doit trouver comment voyager à travers. Ce n’est pas quelque chose d’automatique. On écrit le morceau et il faut imaginer comment on peut improviser. Pour certains morceaux, c’est plus difficile que d’autres: cela demande du travail, c’est une manière de s’élever.

Tes compositions sont très mélodieuses, comme Songe d’or…

Félix : C’est vrai que Songe d’or est un thème très mélodieux, j’accorde une grande importance à cet aspect mélodique.

Il y a des thèmes plus nerveux, comme Nova qui laisse beaucoup d’espace à la batterie…

Félix : Voilà, Nova est une espèce de morceau bebop, mais moderne, parce que les accords que j’utilise ne sont pas spécialement empruntés au jazz des années 1950. Cela vient plus du jazz moderne.

C’est un univers qui pouvait vous convenir, Nelson, parce que, dans votre jeu, si on retrouve des racines brésiliennes, il y a un ancrage très jazz…

Nelson : Oui, bien sûr, il y a les deux.

Par exemple, sur votre album en quartet, vous jouez des thèmes de Jobim et de Milton Nascimento, mais aussi How Deep Is The Ocean. Sur l’album « So In Love » du contrebassiste Gildas Boclé qui joue Cole Porter et Jobim, vous interprétez plus de mélodies de Cole Porter que de Jobim…

Nelson : Je n’ai pas encore écouté ce disque mais c’est vrai que je joue plusieurs compositions de Cole Porter, comme So In Love qui a été arrangé par Jobim…

On peut revenir sur vos débuts: il y a certains points communs… Toi, Félix, c’est à 14 ans que tu découvre la guitare basse…

Félix : C’est cela. Avant, j’avais fait du solfège, un peu de piano mais je n’avais pas encore une accroche précise à un instrument. C’est avec la base électrique que cela s’est fait.

Tu t’es inscrit au Conservatoire de Bruxelles où tu as eu Michel Hatzigeorgiou comme professeur…

Félix : C’est cela oui. Michel est vraiment un professeur qui m’a bien convenu dans le sens où il n’était pas trop directif : il ne disait qu’il fallait travailler ceci ou cela et se gardait de vraiment imposer une direction à la musique que je travaillais. C’est quelqu’un de très ouvert. Par ailleurs, j’étais très intéressé par la musique de Fabrizio Cassol et d’Aka Moon. Donc, avec lui, j’ai pu rentrer dans ce répertoire, travailler les spécificités propres au jazz contemporain, notamment d’un point de vue rythmique. C’est quelque chose qui fait partie de la culture belge. Dans le jazz contemporain, il y a une niche dans laquelle existe toute une série de caractéristiques rythmiques et mélodiques qu’on peut retrouver dans plusieurs groupes et qui ne sont pas fatalement aussi développées dans d’autres pays.

Par la suite, tu as étudié la contrebasse d’abord avec Jean-Louis Rassinfosse puis avec le Français Christophe Walemme…

Félix : C’est cela. J’ai commencé en autodidacte et, après un an, je me suis dit que c’était un instrument qui, même si je commençais à jouer en concert, demandait un travail en profondeur. J’ai fait un an avec Jean-Louis Rassinfosse et puis chez Christophe Walemme, pour le master. Pendant plusieurs années, j’ai fort travaillé cet instrument pour pouvoir développer une maîtrise qui soit solide.

Vous Nelson, à 14 ans, vous avez quitté le Brésil natal pour vous installer à Paris…

Nelson : Oui, j’avais un frère plus âgé qui habitait en France. Je voulais rester en France pendant six mois et profiter du fait que mon frère était là avec ses enfants. Par après, lui est rentré au Brésil et moi, je suis resté. J’avais commencé à jouer  avec des musiciens.

Vous avez notamment étudié avec Jeff Gardner…

Nelson : Oui, en fait, j’ai pris un cours avec lui et, après, je l’ai retrouvé sur son album « Second Home » : j’étais invité à jouer dans son groupe.

Une autre rencontre importante, c’est celle d’Aldo Romano…

Nelson : On a beaucoup joué ensemble. J’ai eu un quartet avec lui, Michel Benita à la contrebasse et Eric Barret au saxophone et j’ai participé à son album « Intervista » avec Stefano Di Battista.

On va parler des albums auxquels vous avez participé. Toi Félix, avec le LG Jazz Collective de Guillaume Vierset…

Félix : Oui, on vient de sortir un nouveau disque  et de faire les premiers concerts de sortie de ce deuxième album. Le disque remporte un franc succès et toutes les critiques sont bonnes.

Et puis, il y a Sketches Of Nowhere d’Urbex qui est très différent du premier album…

Félix : Oui, le deuxième album d’Antoine est aussi un très beau projet. Il est très différent du premier. L’octet est toujours présent mais le focus est mis sur le quintet et sur les invités : le flûtiste Magic Malik et le saxophoniste Ben Van Gelder.

Là tu es à la basse électrique tandis que sur le LG, tu es à la contrebasse…

Félix : Oui, Guillaume me laissait choisir sur quel instrument j’intervenais. On a répété, d’abord à la basse électrique, puis j’ai essayé la contrebasse et, vu que dans le groupe d’Antoine la basse électrique est évidente, je me suis dit « pourquoi ne pas faire tout à la contrebasse avec le LG ? » pour donner une autre couleur. Cela me fait plaisir de faire des concerts rien qu’à la contrebasse. J’ai eu plusieurs projets où je jouais des deux mais le fait de switcher d’un instrument à l’autre, bien sûr ça va mais ce n’est pas si agréable que cela.

Tu joues aussi dans Tree-Ho avec Alain Pierre, le père d’Antoine. Ici aussi, c’est un trio guitare-basse-batterie. Y a-t-il un lien ?

Félix : On peut faire des parallèles parce que c’est la même instrumentation mais la musique est fort différente: c’est la musique d’Alain. C’est différent en fonction du jeu d’Alain, de sa guitare à douze cordes.

Il y a aussi le trio de Pierre de Surgères…

Oui, on a enregistré deux albums. C’est différent comme cadre. En fait, c’est le projet le plus ancien auquel j’ai participé, avec Teun Verbruggen, un batteur très inventif aussi. A la base, quand on s’est rencontré, Pierre était vraiment dans le jazz contemporain, très rythmique, avec beaucoup de difficultés techniques. On a beaucoup travaillé et on peut retrouver certaines de ces caractéristiques dans l’aspect rythmique de l’album « Zed ».

Tu fais aussi partie de Close up 5, le quintet de Claude Evence Janssens qui joue de la clarinette basse et du trombone…

Félix : Oui, le groupe rassemble des musiciens de générations différentes. Le projet s’est fait parce que Claude connaissait bien le pianiste Jean-Philippe Collard-Neven. Lui jouait souvent avec Jérôme Baudart à la batterie. Ils ont ensuite pensé à Michel Paré à la trompette et à moi. Claude voulait faire une session en studio et cela a tout de suite bien fonctionné.

Vous Nelson, vous avez enregistré différents albums avec Magic Malik…

Nelson : Oui, il y a longtemps. D’abord l’album Label Bleu de 2004 et je suis aussi sur un de ses premiers albums.

Vous avez aussi beaucoup joué avec la trompettiste Airelle Besson en duo…

Nelson : Oui et on a enregistré l’album « Prélude »

Un duo trompette-guitare, c’est un peu particulier…

Nelson : Il faut demander à Airelle (rires). On a beaucoup joué pendant deux ans et j’ai trouvé que ce duo fonctionnait bien.

Vous avez aussi enregistré avec l’harmoniciste Olivier Ker Ourio pour l’album « A Ride With The Wind »…

Nelson : Oui, Olivier, je l’avais rencontré dans un sextet de Michel Petrucciani. Mais, en fait, avant cela, on a habité ensemble, pendant un an, en colocation, à l’époque où j’avais 15 ans.

Vous aves aussi croisé Steve Coleman…

Nelson : Oui, il y a plus ou moins 13 ans, pour l’album « Weaving Symbolics ».

Y a-t-il un projet d’enregistrement avec le trio?

Félix : Tout à fait, un projet certainement avec le label Igloo et il y aura sûrement un invité en plus du trio. Le répertoire actuel, avec, peut-être, de nouvelles compositions parce que je compte faire cet enregistrement plutôt début 2019 et faire la sortie de l’album en automne 2019. Je ne vais pas faire trop tourner le trio actuellement mais préparer et organiser une tournée en fonction de l’album.

Sinon, vous avez eu des concerts dernièrement…

Félix : j’ai organisé une première tournée pour qu’on apprenne à se connaître, pour que la musique ait le temps de maturer et pas aller en studio immédiatement pour se rendre compte du fonctionnement du trio. Je préfère qu’on crée d’abord un lien. On a joué à la Jazz Station, au Sounds, à l’Atelier Marcel Hister, à l’Heptone, au Roskam et à L’An Vert et, en plus, le Théâtre Marni m’a demandé un concert qu’on a fait en février. Prochainement, on va jouer au festival de Dinant, le 7 juillet, avec Ben Van Gelder en invité, un saxophoniste que j’ai rencontré avec Urbex ici à L’An Vert juste avant d’enregistrer. C’est un musicien hors pair qui maîtrise l’alto comme peu de gens. J’avais envie d’essayer avec un souffleur pour voir comment la musique pouvait sonner. Je l’ai contacté et il a immédiatement répondu favorablement. Le dernier concert que l’on aura prochainement, c’est à Flagey. On a déjà pas mal joué. Maintenant je laisse le temps faire son oeuvre.

Concerts

Festival de Dinant, le 27 juillet.