Angela Davis, Blues et Féminisme Noir sept14

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Angela Davis, Blues et Féminisme Noir

Angela Davis, Blues et Féminisme Noir

( Titre originial : « Blues Legacies and Black Feminism Gertrude « Ma » Rainey, Bessie Smith & Billie Holiday ») 

EDITIONS LIBERTALIA

L’édition en français, magnifiquement traduite, d’une œuvre dont Toni Morrison, la grande romancière afro-américaine prix Nobel de littérature, a pu dire qu’elle est pour elle « une révélation et une véritable rééducation », vient à point nommé (re)mettre la question du genre dans les musiques afro-américaines sur le tapis.  A poing nommé – ou levé – même, si l’on peut dire, car composée (plus que rédigée), par une sociologue dont on ne peut que saluer l’engagement dans le camp de l’émancipation - Angela Davis est plus que jamais en lutte dans l’Amérique trumpienne ! Explorant ici principalement les œuvres de Gertrude « Ma » Rainey (1886-1939) et de Bessie Smith (1894-1934), l’auteure rappelle que ces chanteuses ont posé les bases d’une culture musicale qui prône une sexualité féminine libre et assumée, qui appelle à l’indépendance et à l’autonomie des femmes aux lendemains de la période esclavagiste, en revendiquant avec détermination l’égalité de « race » et de genre. Elle montre que Ma Rainey et Bessie Smith furent les premières rock stars de l’histoire de la musique : elles étaient noires, bisexuelles, fêtardes, indépendantes et bagarreuses.  Discussions avec les transpositions d’éléments de culture yoruba dans les prétentions textuelles et vocales, avec la place de la spiritualité dans la culture féminine afro-américaine : cet ouvrage s’avère essentiel pour qui souhaiterait saisir les racines de l’émancipation de classe, de genre et de « race » à l’heure où ces questions s’avèrent plus d’actualité que jamais. Les derniers chapitres convoquent aussi les mânes de Billie Holiday, rappelant les dimensions politiques de l’art de cette dernière, au-delà de « Strange Fruit » (le premier manifeste jazz dénonçant le lynchage). Accompagné d’un cédé et des textes des morceaux dans une traduction plus que fidèle à la lettre, sinon à l’esprit, de ces premiers manifestes féministes noirs poétiques, du moins concernant les deux premières chanteuses.  Un ouvrage fondamental.

Laurent Dussautour