Jean-Jacques Birgé, le centenaire oct10

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Jean-Jacques Birgé, le centenaire

Jean-Jacques Birgé, le centenaire…

Jean-Jacques Birgé est de ces artistes qui ne peuvent pas laisser indifférent. Une histoire incroyable, une faconde tout aussi riche pour la raconter, c’est tour à tour un compositeur, un designer sonore, un auteur et un homme d’image. Et surtout un peu tout cela en même temps, surtout lorsqu’il s’agit de défricher et de voir loin devant soi. C’est au cœur de cette démarche qu’il a enregistré Le Centenaire de Jean-Jacques Birgé, qui regarde dans le rétro et dans le futur dans le même instant, comme tous les bons chronoscaphes. Entre mise en abyme et lointaine mise au tombeau, la sortie de ce disque est l’occasion de revenir avec lui sur son œuvre, son parcours et le monde artistique en général.

 

(c) Jean-Jacques BIRGE autoportrait

Qu’est-ce que ça fait d’avoir 100 ans ?

J’adore. Je n’ai de nostalgie que du futur. En 2018, alors que j’avais seulement 65 ans j’avais véritablement envie de savoir comment je serais en très vieux monsieur. Ma curiosité n’a pas de limite et je me verrais bien dépasser 100 ans. Je suis jeune depuis beaucoup plus longtemps que nombreux musiciens actuels ! Notez qu’un Tombeau comme celui que Sacha Gattino m’a dédié à la fin de l’album peut très bien être composé du vivant du dédicataire. J’appartiens à une génération épargnée en amont par la guerre, du moins sur notre sol, et en aval par le Sida. Nous avons profité à fond des trente glorieuses, de la libération sexuelle, des événements de mai 68 auxquels j’ai participé, de l’ambiance Peace & Love, avant le choc pétrolier de 1974 qui marque le début de l’époque régressive qui nous inquiète tous et toutes, et qui devrait sortir la jeunesse occidentale de ses confortables pantoufles.

Plus sérieusement, comment est venue l’idée de ce jubilé musical ? Est-ce que l’exercice de se mettre en scène est compliqué ?

À 20 ans, le premier court-métrage que j’avais écrit racontait la vie d’un homme en dix minutes, dix scènes du quotidien qui en disaient long. Cela s’appelait Secondes mineures. Je ne l’ai jamais tourné mais 45 ans plus tard, je compose dix pièces, une par décennie. Chacune représente à la fois des événements de ma vie et l’époque traversée, jusqu’à l’anticipation des années à venir. Le tout est évidemment transposé sous une forme allégorique, une sorte de voyage circonlocutoire qui ne vise jamais le centre de la cible, mais tourne autour. J’apprécie la révolution copernicienne autant que la dialectique marxiste ! J’ai toujours pensé ma vie de façon vectorielle. À cette même époque où, très jeune, je sortais de l’école de cinéma, j’ai compris que le chemin serait long, qu’il fallait que je laisse des traces pour prouver plus tard ce que je revendiquais. J’ai initié pas mal de trucs qui sont devenus courants aujourd’hui. D’un point de vue cinématographique je penchais pour un nouveau réalisme poétique qui n’était pas du tout à la mode, me situant d’autre part entre Buñuel et Godard comme l’ont noté plus tard les critiques de mon film La Nuit du phoque réalisé avec Bernard Mollerat en 1974. 

Musicalement c’était encore pire. Les autodidactes ont souvent un sentiment d’usurpation que les « professionnels de la profession » entretiennent en les ostracisant. Sans aucune base traditionnelle j’avais dû inventer mon propre langage, grâce à l’arrivée des synthétiseurs, et presque aussitôt des premiers home studios. Je pensais la musique d’une manière totalement différente de ceux qui l’avaient apprise. J’avais remplacé l’harmonie et le contrepoint par la grammaire cinématographique d’un côté, et de l’autre par l’étude analytique des sons. J’entendais tout de manière structurelle, architecturale, narrative…

J’AI TOUJOURS PENSÉ MA VIE DE FAÇON VECTORIELLE

Ensuite j’eus la chance de m’associer avec Francis Gorgé, camarade de lycée, et Bernard Vitet, de 18 ans notre aîné et une légende du jazz, pour fonder Un Drame Musical Instantané, véritable laboratoire où tout s’élaborait collectivement. Cette recherche perpétuelle et tous azimuts représente ce qui me manque le plus dans ma pratique actuelle. J’ai des échanges avec des camarades en fonction des projets, mais j’ai perdu cette complicité de chaque instant. Quand on ne passait pas toute la journée ensemble, on se parlait au téléphone pendant des heures jusque tard dans la nuit. Plus tard de jeunes musiciens comme, par exemple, Vincent Segal ou Antonin-Tri Hoang virent dans mes incompétences un élément original du monde artistique qui m’anime.

Quant à se mettre en scène, cela n’a rien de compliqué. D’abord, parce que c’était la mode du théâtre musical. Le geste instrumental contredit la narrativité dramatique. Seuls les chanteurs, du moins celles et ceux qui ont compris que la dramaturgie prime sur la technique et la virtuosité, s’en sortent haut la main. Depuis longtemps l’opéra avait fait ses preuves. Et puis Bernard Vitet, qui m’a beaucoup appris (de ce point de vue je ne suis pas vraiment autodidacte !) soutenait qu’un musicien produit toujours une image et qu’il s’agit de la contrôler comme le reste. Enfin, j’avais conscience qu’un disque est un objet d’art en soi, qu’il fallait en maîtriser également l’aspect graphique. Je tenais cela de mes origines pop. N’oubliez pas que ce qui m’a décidé à faire sérieusement de la musique est la découverte de l’album We’re Only In It For The Money de Frank Zappa. J’ai raconté cette histoire dans mon second roman augmenté, USA 1968 deux enfants. Il y a une dizaine d’années que j’ai eu l’idée de ce Centenaire. En plus d’un gros travail au mixage et à la post-prod, j’ai soigné la présentation de mon Centenaire, avec un livret de 52 pages illustrées. C’est aussi de la mise en scène, avec une histoire un peu borgésienne qui rappelle les facéties d’Orson Welles ou de Fontcuberta.

Vous étiez lancé, depuis de nombreuses années, dans l’écriture quotidienne d’un blog sur Drame.org qui évoquait des réflexions sur la culture, la politique ou sur des sujets très personnels. Est-ce que ce disque découle d’une même démarche, plus sublimée ?

C’est un blog généraliste avec des spécialités. Si mes articles obéissent tous à la règle du je, il y a une différence entre ce qui relève du journal extime et mes chroniques. Dans le premier cas cela peut ressembler à des confessions impudiques, dans le second c’est un travail militant pour faire connaître des artistes et des œuvres négligés par la presse. Il est certain que mes 4000 articles finissent par dessiner un autoportrait en creux, ce qu’est exactement ce disque qui compte énormément pour moi. Parmi la centaine déjà réalisés, c’est le premier sous mon nom seul. On y retrouve évidemment tous les ingrédients qui me sont chers et pigmentent ma vie. Tout y est politique, tout est ordre et beauté, calme, luxe et volupté, et forcément leurs opposés.

SI JE SAIS FAIRE QUELQUE CHOSE, JE GÈRE. QUAND JE L’IGNORE, JE CRÉE.

Le disque est l’occasion de retracer certains choix artistiques. De quoi êtes-vous le plus fier, dans le rétroviseur ?

J’ai tout aimé. Si je sais faire quelque chose, je gère. Quand je l’ignore, je crée. C’est donc de faire ce qui ne se fait pas, puisque ce qui est fait n’est plus à faire, qui me rend le plus fier. Je suis fier aussi d’avoir transmis à ma fille Elsa des valeurs morales qui la structurent comme j’ai toujours l’impression que mon père est perché sur mon épaule tel un Jiminy le Criquet. Je n’ai pas toujours fait le bien, mais je m’y emploie autant que possible. J’espère être un Mensch ou du moins être sur la voie.

Vous avez été formé à l’IDHEC, ancêtre glorieux de la FEMIS, donc a priori plutôt à l’image. Comment ces images infusent dans votre musique ?

C’est le secret de ma musique. Ma culture musicale ne fait pas le poids devant mes études cinématographiques. Ma musique s’appuie sur une narrativité que l’on retrouve dans les poèmes symphoniques et les opéras, mais sa syntaxe se rapproche du montage cinématographique, avec ses coupes franches et ses fondus. J’intègre les voix et tous les bruits du monde à ma partition sonore. Le hors-champ est aussi la base de mon travail sur les images. Le son permet de raconter quantité de choses sans rien montrer. C’est le médium évocateur par excellence.

Vous qui rejetez les étiquettes, celle de documentariste sonore vous semblerait la moins aliénante ?

Aucune étiquette ne me convient. Je les ai toutes eues, de musique traditionnelle à contemporaine, de pop à jazz, de chansons à électro, de performeur à symphoniste vivant (sic la Sacem), etc. Toutes peuvent être justes, un temps ou comme chacun/e l’entendra. Je me pense compositeur, et parfois designer sonore pour des travaux qui ne concernent pas cet entretien. Je suis un compositeur qui met les mains dans le cambouis, ce qui fait de moi un interprète. Je joue aussi avec les mots, ce qui me transforme en auteur. Et je mêle toujours la fiction et le documentaire, le réel et l’imaginaire. Dans tous les cas je façonne. Mais je laisse toujours une ouverture pour que le lecteur, l’auditeur ou le spectateur se fasse sa propre idée. Une œuvre terminée n’appartient plus à son auteur.

(c) Christian TAILLEMITE

D’ailleurs, vous vous définissez vous-même comme « Artiste indépendant ». Est-ce que ça va de pair avec la mise à disposition de dizaines d’enregistrement sur votre site ?

Ce sont deux aspects différents, et en effet il y a un lien. La revendication d’indépendance est une garantie de liberté, liberté qui n’est évidemment qu’un fantôme. Je choisis ce que je fais pour la passion que j’aurai à m’y consacrer. Jamais pour l’argent. Quand il y en a beaucoup, je me sers. Quand il n’y en a pas, qu’importe ! Que ce soit une œuvre personnelle ou une commande, cela ne fait aucune différence. J’aime les cahiers des charges contraignants à condition que chacun les respecte. S’il n’y en a pas, j’invente le cadre. Je déborde parfois sur le cadre, je ne peins jamais sur les murs au delà du cadre. Il y a une dizaine d’années j’ai compris ce qui se profilait dans la dématérialisation des supports. De même que le Drame avait sorti un des premiers CD avec L’Hallali, ou que j’avais publié en France certains des premiers CD-Roms d’auteur, avec Carton et Machiavel, j’ai toujours été titillé par les nouveaux outils. Dans le multimédia, j’ai à mon actif plus d’une cinquantaine de CD-Roms, des dizaines de modules interactifs, des applications pour tablettes qui ont été saluées par nombreux prix internationaux, sans parler de l’opéra Nabaz’mob avec Antoine Schmitt, pour 100 lapins connectés en wi-fi, qui a fait le tour du monde.

 

Lorsque j’ai abandonné ma participation aux Allumés du Jazz j’ai eu plus de temps à consacrer entre autres à mon site. La vente de disques physiques dégringolait, or j’avais toujours cet appétit inextinguible de produire. J’avais conseillé les sociétés d’auteurs sur les droits que les nouvelles technologies pourraient engendrer et j’ai démissionné de tout cela lorsqu’elles ont décidé d’emboîter le pas aux producteurs et aux éditeurs, en réalité des majors, en optant pour cette aberration qu’est Hadopi… J’ai donc choisi de mettre en ligne sur Drame.org des albums inédits, en écoute et téléchargement gratuits, parce que le partage et la circulation des œuvres me paraissent plus importants que leur protection. Que l’on ne se méprenne pas : j’ai acheté ma maison avec mes droits d’auteur. Je les défends contre les attaques extérieures, mais je me suis toujours battu à l’intérieur pour faire modifier les statuts de ces sociétés, en particulier à la Sacem avec l’improvisation jazz, la signature collective, le dépôt sur support audio, etc., et pour accessoirement me faire payer ce qui m’est dû ! Publier un album le lendemain de son enregistrement est un plaisir inouï.

L’indépendance est fonction du budget. Plus il est important, moins l’artiste est libre. C’est la raison pour laquelle j’ai privilégié la musique au cinéma, que ce soit à ma sortie de l’IDHEC, ou en 1993 en Algérie, en Afrique du Sud et surtout à Sarajevo pendant le Siège… Dès que cela coûte cher, les pressions sont très fortes, et, franchement, personne ne peut prévoir un succès, le marketing est une vaste foutaise, un poison pour l’imagination.

JE REGRETTE PARFOIS QUE LA TOUCHE

« RENVOI » N’EXISTE PLUS SUR LES ASCENSEURS.

Comment vous positionnez-vous dans le paysage musical hexagonal actuel ? Le Centenaire est plein d’invités, vous accueillez de nombreux musiciens dans vos enregistrements en ligne, et pourtant vous déplorez souvent un manque de reconnaissance…

J’ai des crises de parano légère comme tout le monde dans ce métier (rires). Je regrette parfois que la touche « renvoi » n’existe plus sur les ascenseurs. Aujourd’hui les conservatoires produisent quantité de virtuoses, mais ils fonctionnent à l’ancienne, par promotions. Ils ignorent souvent ce qui se joue en amont et en aval. Par contre les genres s’effacent. Je ne rentre dans aucune catégorie, ce qui commercialement n’est pas indiqué. Peu savent même quels sont mes instruments, vu que je suis souvent le seul à en jouer. J’attendais une reconnaissance de mes pairs, elle est venue d’ailleurs. Regardez Miles Davis qui ne rêvait que de la reconnaissance du Great Black People, sauf que c’était les blancs qui venaient à ses concerts et James Brown qui remportait la mise ! Il y a tout de même des musiciens qui m’appellent régulièrement comme Segal ou Hoang avec qui je dois accompagner Face B de la plasticienne Daniela Franco le 27 octobre à La Maison Rouge, la veille de sa fermeture définitive. Il nous faudra inventer la musique de pochettes imaginaires !

Passé l’immense plaisir de la rencontre, les sessions au Studio GRRR ou les concerts ont une autre fonction. Ils me permettent de tester des musiciens humainement et musicalement en vue de commandes plus lourdes, comme lorsque j’assurais la direction musicale des Soirées des Rencontres d’Arles ou pour de grosses expositions patrimoniales, par exemple. La prochaine date d’enregistrement est avec le clarinettiste Sylvain Rifflet et le percussionniste Sylvain Lemêtre. Comme avec Ève Risser, Yuko Oshima, Alexandra Grimal, Birgitte Lyregaard, Linda Edsjö, Fanny Lasfargues, Sophie Bernado, Amandine Casadamont, Edward Perraud, Sacha Gattino, Ravi Shardja, Bass Clef, Joce Mienniel, Pascal Contet, Médéric Collignon, Julien Desprez, Samuel Ber, etc., nous improviserons sur un thème de manière très ludique en tirant au hasard les sujets…

En 2013, dans un texte visionnaire, vous avez défini la génération des jeunes musiciens de jazz comme étant celle des Affranchis, n’êtes vous pas vous-même un prototype ancien d’affranchissement ? Qui dans votre génération serait aussi « affranchi » ?

Je les attendais depuis longtemps. Vous ne pouvez pas imaginer le plaisir que j’ai de recevoir un disque qui m’enthousiasme enfin ou un concert où je ne regarde pas l’heure. Jeune homme j’ai eu la chance d’être encouragé par des artistes plus âgés. Je dois beaucoup à Frank Zappa, Bernard Lubat, Michel Portal et John Cage qui ont été très gentils à mes débuts. Avant cela j’avais eu la chance de jouer avec Eric Clapton et George Harrison quand j’étais minot, sans parler de Sidney Bechet qui me faisait sauter sur ses genoux. Ces souvenirs sont fondateurs comme la musique tachiste de Michel Magne, les disques expérimentaux de Barney Wilen ou de Luc Ferrari entendus à la radio, les évocations radiophoniques en direct ou en disques… J’ai toujours essayé de penser par moi-même. J’ai eu la chance d’avoir plusieurs pères du récit, mon papa d’abord qui me soutint comme il pouvait, Jean-André Fieschi (historien du cinéma) qui fut un véritable passeur et Bernard Vitet qui nous apprit à prendre le monde à rebrousse-poil, grand maître du paradoxe. Il était logique que je transmette à mon tour ce qu’ils m’ont légué. En dehors de mes articles sur cette jeunesse bouillonnante, je fais des conférences dans le monde entier sur le rapport du son aux images. Quant aux affranchis de ma génération, je citerais volontiers, même si certains sont ou étaient plus âgés comme Jacques Thollot, Michael Mantler, Robert Wyatt, Colette Magny, Brigitte Fontaine, et plus récemment René Lussier, Jean Morières, Pierre Bastien, Jacques Rebotier, Étienne Brunet, Hélène Sage, Élise Caron… Ce sont les noms qui me viennent là, mais il y en a beaucoup d’autres !

Votre premier disque, épuisé hélas, enregistré en 1975 était publié par le PCF pour l’année de la femme. L’action musicale est-elle avant tout politique ?

Fieschi, qui était alors directeur de production d’Unicité, la boîte audiovisuelle du PCF, m’avait demandé de rejoindre l’équipe parce que je venais de produire le vinyle Défense de signé Birgé-Gorgé-Shiroc. Je n’ai jamais appartenu à aucun parti et je n’étais là que compagnon de route, hyper critique de la tendance Union de la Gauche. Je pensais déjà qu’un accord avec les Socialistes marquerait stratégiquement la fin du PCF. J’étais plus proche des anars ou des trotskystes de la LCR, cela dépendait des jours et des sujets. J’étais aussi très sensible au combat féministe et je me souviens avoir été en colère lorsque le Comité Central me refusa la phrase d’Engels « La femme est le prolétaire de l’homme » sous prétexte qu’on ne pouvait pas dire cela aux camarades ! Je pense que j’ai toujours utilisé l’art pour combattre une société qui me déplaît. Lorsqu’on m’interviewait à la radio je pouvais faire passer mes idées politiques, philosophiques ou sociales sous couvert de présenter mon travail. Un artiste est une personne qui se crée un monde parce que celui qu’on lui impose n’est pas acceptable. Ma génération soutenait que tout est politique. Je le crois toujours.La musique est politique dans sa forme, dans la manière de la vivre, dans sa consommation. Je vais tenter d’être succinct en donnant chaque fois un exemple. Il y a une différence entre une marche militaire et une danse ternaire. Le modèle social pyramidal de la musique classique est basé sur la différence de classes. Il y a des musiques faites pour oublier et d’autres pour se souvenir. Suis-je assez clair ?

Quels sont les envies, les projets, et l’actualité de JJB ? Allez vous vraiment enregistrer les nuages et la pluie en 2030 ?

Vous m’interpellez à un moment fragile où ma sinusoïde croise l’axe des abscisses ! Je n’ai pas la moindre idée de l’avenir, même si j’ai fait un travail d’anticipation en imaginant la musique des années 2020, 2030 et 2040 pour mon dernier album. J’ai réfléchi à ce qui avait encore été peu développé et aux conséquences de la folie des hommes sur notre quotidien. L’électronique, la météorologie et la décroissance m’ont paru des directions intéressantes à aborder. Je tiens tout de même à vous signaler que la pièce orageuse de mon disque se termine très mal pour la mouche ! Marwan Danoun a fait un remarquable travail de mastering pour que tout sonne homogène, comme un petit opéra, alors que j’ai même utilisé des extraits de 1958 (enregistrement de famille) et 1965 (ma première composition électronique)… J’espère que le téléphone va sonner pour me proposer quelque chose que je n’ai jamais fait, voire que je ne sais pas faire. J’imagine que de nouvelles rencontres m’emmèneront loin d’ici. J’ai besoin de voyager loin. Je ne crois qu’en la création collective, à l’échange et au partage. L’affirmation à la première personne du singulier est une revendication dynamique tournée vers le nous pluriel. Un pour tous, tous pour un ou une !

Propos recueillis par Franpi Barriaux