Robert Jeanne, la force tranquille oct24

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Robert Jeanne, la force tranquille

Robert Jeanne : une force tranquille.

La plupart des jeunes musiciens de jazz actuels sortent d’un conservatoire. A une autre époque (Robert Jeanne est né en 1932), les jazzmen étaient essentiellement autodidactes comme René Thomas ou Jacques Pelzer. C’est aussi le cas du saxophoniste Robert Jeanne, une force tranquille qui fait preuve d’une belle constance.

Propos recueillis au C.C. d’Ans par Claude Loxhay

Photos de Robert Hansenne

Comment as-tu découvert le jazz, toi qui, au départ, ne te destinais pas à la musique ?

J’ai découvert le jazz tout seul, en écoutant une émission de radio et j’ai entendu Charlie Parker jouer Koko. Cela m’a bouleversé. Je me suis dit: « Quelle musique. » Je ne connaissais rien au jazz, même pas ce qu’était un saxophone. J’ai acheté le disque, un 78 tours, mais comme je n’avais pas de pick up chez moi, j’allais l’écouter chez un copain. Puis, je ne sais plus comment, je suis allé à la fameuse Laiterie d’Embourg: j’ai découvert Bobby Jaspar, René Thomas, Jacques Pelzer, Léo Fléchet (p) et Pierre Robert (g). Je me suis dit qu’ils avaient l’air de bien s’amuser. Ils jouaient des thèmes de Parker: pour moi, il y a un lien entre Pelzer et Parker. D’ailleurs Jacques jouait des chorus de Parker. Alors, j’ai décidé d’acheter un saxophone en revendant le violon de mon père: il n’avait pas d’argent à me donner. Voilà comment j’ai commencé. J’ai tout découvert en autodidacte.

René Thomas, tu l’as retrouvé plus tard…

Je l’ai retrouvé plus tard parce que j’habitais en face d’un boucher qui s’appelait Bourguignon et son fils José était batteur et un grand ami de René. C’est lui qui m’a introduit chez René Thomas, qui lui même n’habitait pas très loin. J’allais chez lui quasiment tous les jours et j’ai travaillé mon saxophone.

Il y a une trace de ton passage près de René Thomas sur l’album Guitar Genius…

Cet enregistrement s’est fait plus tard à Liège, avec Léo Fléchet au piano, Jean Lerusse à la contrebasse et Félix Simtaine à la batterie.

Parmi les saxophonistes que tu admires, il y a Stan Getz et Al Cohn…

Oui, Getz, Al Cohn et Zoot Sims des Four Brothers parce que, à ce moment-là, j’allais souvent à Paris avec René et Jacques. Al Cohn était, en quelque sorte, le Michael Brecker de l’époque: tous les Parisiens jouaient dans ce style. Par la suite, j’ai évolué évidemment.

Tu as d’ailleurs dédié des compositions à Getz comme à Al Cohn…

C’est le titre Stan dédié à Getz, un des rares morceaux que j’ai composés et puis Mister A.C. dédié à Al Cohn.

Après avoir joué avec René Thomas, tu as formé un quintet avec le trompettiste Milou Struvay…

C’est le New Jazz Quintet, avec Milou Struvay, Hubert Chastelain au piano, Jean-Lou Baudhuin à la contrebasse et Félix à la batterie. Le premier grand concert, c’était en 1959 au festival de Comblain.

Tu as ensuite formé un quartet avec Leo Fléchet…

Avec Leo au piano, Jean Lerusse à la contrebasse et Félix à la batterie. On a beaucoup joué, on a accompagné Chet Baker, Slide Hampton, Dizzy Reece. On est allé souvent en France avec René Thomas.

Tu as aussi fait partie de Cosa Nostra…

Oui, le groupe du pianiste hollandais Jack Van Poll, avec l’Américain Charlie Green à la trompette. A ce propos, cela a été un tournant. Je n’avais jamais appris à lire une partition parce que René ne lisait pas non plus: on jouait tout par cœur. Un jour, je suis arrivé à Maastricht pour répéter avec Charlie Green. On devait enregistrer, il m’a donné les partitions… Lui jouait la voix, j’ai suivi d’oreille. Après je me suis dit qu’il fallait que j’apprenne le solfège. J’ai donc suivi les cours de solfège à l’Académie Grétry pendant 5 ans: j’avais 40 ans.

Avec Cosa Nostra, tu es allé à Prague. Un jour, tu m’as raconté une anecdote à propos des musiciens que tu as croisés là-bas…

En 1971, on jouait en première partie des Jazz Giants, soit Theloniuos Monk, Al Mc Kibbon à la contrebasse, Dizzy Gillespie à la trompette, Kai Winding au trombone et Sonny Stitt à l’alto. Nous étions dans le même hôtel qu’eux Au petit-déjeuner, ils arrivent près de nous. L’un d’eux raconte une blague. Tous s’esclaffent sauf Monk qui reste quasi impassible. On a joué juste avant eux et Dizzy est venu saluer Charlie Green: « Hello, brother. »

Tu as ensuite joué au sein de Solis Lacus, un autre univers…

C’était vers 1974, Richard Rousselet m’a proposé de jouer dans ce groupe de jazz rock, avec Michel Herr aux claviers, Nicolas Kletchkowsky à la basse et, à la batterie, soit Félix soit Bruno Castellucci. On a notamment joué pour le concert en hommage à René au Conservatoire de Liège. Il existe d’ailleurs une vidéo de cette soirée qui avait réuni les amis de René: Jacques, Michel Graillier, Bernard Lubat, Jimmy Gourley… Nous avons aussi joué à Paris, au Musée d’Art Moderne. C’est avec Solis Lacus que j’ai fait mon premier disque, un LP qui a été réédité dernièrement sous forme de cédé et de vinyle.

Tu as aussi fait partie d’Act Big Band de Félix Simtaine: tu as d’abord participé à l’album Real Life…

Pour un projet avec la chanteuse suisse Christine Schaller, Charles Loos et la majorité des musiciens d’Act. J’ai ensuite enregistré le premier LP appelé Act Big Band, avec une belle section de saxophones: Steve Houben, John Ruocco et Johan Vandendriesche (bs). Par la suite, Pierre Vaiana m’a remplacé.

Tu as aussi joué avec Saxo 1000, une autre belle section de saxophones…

Oui, un groupe réuni en hommage à Bobby Jaspar et René Thomas dont on jouait les compositions. Il y avait Jacques Pelzer, Steve Houben, John Ruocco et Henry Solbach au baryton. On a enregistré avec cette formation et on a joué à Paris.

Tu as aussi joué avec le Jazz Addiction de Mimi Verderame…

Mimi a d’abord écrit des arrangements sur lesquels je jouais puis, à un moment donné, il a changé de répertoire, des compositions très complexes et j’ai quitté le groupe. Fabrice Alleman était toujours à l’alto et Mimi m’a remplacé par un percussionniste (Frédéric Malempré). Mais Mimi m’a proposé d’intervenir comme invité, il a fait un arrangement de Stan qui figure sur l’album.

On va évoquer tes propres albums, du premier LP de 1983 à Awèvalet, ton dernier cédé…

J’ai effectivement d’abord enregistré un LP, en quartet avec Leo Fléchet, André Klenes à la contrebasse et Stefan Kremer à la batterie. On jouait une série de compositions originales. Le répertoire de ce quartet a été ensuite repris sur le cédé Quartets en 1992, avec, en complément, un deuxième quartet qui comprenait Mimi à la guitare, Sal La Rocca à la contrebasse et Frédéric Jacquemin à la batterie, avec, au répertoire, Stan, des compositions de Mimi, René (I remember Sonny), Michel Herr et Pirly Zurstrassen. En 2003, j’ai ensuite enregistré Blue Landscapes, avec une belle équipe: Michel Herr au piano, Jean Warland à la contrebasse et Félix Simtaine à la batterie. Un album Igloo sur lequel figure Mister A.C., Beatrice de Sam Rivers, des compositions de Michel, Mimi et Ivan Paduart. Il y a ensuite The Maastricht Sessions, en 2005, avec le guitariste hollandais Joep Van Leeuwen et Jean Borlée à la basse. Au répertoire, il y avait Stan et une autre composition personnelle Soit qui figurait sur Quartets mais aussi des compositions de Joep et de Jean. Enfin, le dernier, avec un titre en wallon, c’est Awèvalet, un titre de Bobby Jaspar. Le quartet regroupe Mimi, Werner Lauscher à la contrebasse et Stefan Kremer à la batterie. J’y joue une autre compositions personnelle, Morning Fast, High on you d’Al Cohn et Hello my lovely de Charlie Haden  que j’aime beaucoup, notamment son quartet West avec Ernie Watts.

Tu figures aussi sur un titre de l’album 10 ans de Jazz à Liège, avec Erik Vermeulen au piano…

Oui, à cette époque-là, Erik ne jouait plus beaucoup, je l’ai un peu relancé: c’est un bon accompagnateur et un excellent pianiste. J’ai joué souvent avec lui, dans des clubs et au festival Jazz à Liège.

Tu as souvent joué avec des guitaristes, René Thomas, Mimi, l’Allemand Norbert Scholly et, ici à Ans, Jacques Pirotton…

Oui, la guitare est pratique: bien souvent, dans les clubs, il n’y a pas de piano ou alors il est de piètre qualité. Avec la guitare, il n’y a pas ce problème. Je connais Jacques Pirotton depuis longtemps. Quant à Robert Scholly, on m’avait invité avec son trio SKR: Scholly-Kremer-Ramon.

Aujourd’hui que vas-tu jouer? 

Beaucoup de compositions de Charlie Haden: Always say Goodbye, Sunday on the hillcrest, Hello my lovely, Nice eyes, Our spanish love song, Child’s play. Haden est un compositeur que j’adore: c’est une musique qui me va très bien. C’est aussi un excellent musicien qui, dans ses albums, pouvait jouer du Parker.

Stan Getz jouait aussi du Haden: il y a une merveilleuse mélodie qu’il joue en duo avec Kenny Barron sur l’album People Time…

Oui, c’est First Song que j’ai enregistré sur l’album avec Michel Herr. Je ne le jouerai pas ce soir mais bien chez Pelzer au mois de novembre, le mercredi 28.

Prochain concert

28 novembre, Liège, Jacques Pelzer Jazz Club.