Douce France nov13

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Douce France

Jean-Louis Murat, Il Francese

LABEL PIAS

C’est un peu grâce à lui (mais pas que, on y reviendra) que la chanson française a regagné un peu de crédibilité. On remonte ici à l’époque d’un « Cheyenne Autumn » ou d’un « Manteau de pluie » jeté à la fin des années quatre-vingts sur les épaules d’un jeune gaillard aux yeux bleus, sorti d’une campagne auvergnate. La France fond (on est encore en période glacière à cette époque) et Jean-Louis devient une icône au franc-parler reconnu. Les temps ont changé. Qui n’avance pas recule. La crise du disque, d’autres stratégies de ventes, etc. Je me souviens avoir lu Murat qui se lâchait dans une interview accordée aux Inrocks « Mon métier, c’est écrire des chansons, les enregistrer puis les présenter au public. Je fais ça à longueur de journées. Mon label (Virgin à l’époque, NDLA) veut m’en empêcher pour des raisons stratégiques. Je ne pourrais, selon eux, sortir plus d’un disque par an. Voire tous les deux ans : c’est frustrant ! ». Tout est là. Murat a beau faire de son mieux, la télé-réalité nous bouffe les espaces-temps culturels, les fans sacrifient leur argent aux abonnements du smartphone et téléchargent dessus, gratuitement, les chansons qu’ils souhaitent entendre. Fin d’une époque. A présent, Murat ne vend plus et n’est plus une icône (vu son âge peut-être, soixante-six ans, tout de même). Mais il exerce (toujours aussi bien) son métier de saltimbanque en multipliant les petites salles et les centres culturels de deux-cents places. Il a voulu tout arrêter. Mais il continue, vaille que vaille à écrire des chansons. Ses chansons personnelles, celles qui lui ressemblent. Comme pour Amélie Nothomb, à la rentrée de septembre, un nouvel opus de Murat nous arrive. Le « best of » de son travail effectué les mois précédents. Et si on ne se jette plus dessus comme à la belle époque, nous admettons qu’année après année, la qualité est plutôt restée constante. Chez Murat, on ne bâcle pas ! Aujourd’hui (oufti, ça c’est de l’intro) « Il Francese » débarque dans les bacs, le vingt-troisième album de l’Auvergnat. On s’attend, comme d’habitude, à entendre de belles mélodies qui soutiennent de beaux textes avec des gros morceaux de guitares et de batterie dedans. Tout juste pour la première partie de la description, mais cette fois, plus encore qu’auparavant, Murat a pris le risque de nous surprendre. Ou de se faire plaisir. Allez savoir. L’homme n’est pas connu pour faire des concessions à qui que ce soit. On frise un peu le désappointement lorsque l’on constate que les guitares sont plutôt discrètes, remplacées par des machines et des synthés. Les boites à rythmes et les bidouillages sur certaines voix remplacent l’épure « Murat » que l’on connaît. On repousse donc sur la touche « play » du mange-disques et, cette fois,  à notre étonnement, on passe tranquillement le cap. Les nouvelles chansons climatiques de Murat nous plaisent. On réécoute en boucle Achtung, Sweet Lorraine ou Marguerite De Valois. C’est du tout bon, on se délecte. Et si le message profond, le concept (ces histoires d’Empereur et de Napolitains) nous échappent un peu, on admettra aisément que « Il Francese » est à classer, sinon dans les meilleurs, au moins dans la première moitié de tableau de sa discographie. Pas mal pour un gars qui voulait tout arrêter !

Jean-Louis Murat sera en concert le 12 décembre au Reflektor de Liège et le 13 décembre au Botanique (Bruxelles).

Dominique A, La fragilité

CINQ 7/WAGRAM MUSIC

« Fragilité », ben tiens, ça me rappelle un vieux souvenir d’un peu plus de vingt-cinq ans :« Les 100 minutes par delà », une émission nocturne animée par la douce Tyan, que l’on retrouvait sur le « canal 21 ». A ce propos, quelqu’un peut-il me dire ce que Tyan est devenue ? Une adresse mail ? Faire suivre en « message privé » sur le site FaceBook de Jazz Around – Merci ! Mais revenons-en à la lettre A et aux 100 minutes. Tyan donc, qui programmait chaque soir un titre du premier album d’un jeune chanteur nantais qui avait choisi la lettre A comme patronyme. Au civil, le gars s’appelait Ané. Dominique Ané. Dominique A avait enregistré ce disque dans sa chambre, seul, avec les moyens du bord. Ca s’appelait «La Fossette ». Il il y avait cette chanson,  Le courage des oiseaux. Puis cette phrase : « Si seulement nous avions le courage des oiseaux, qui chantent dans le vent glacé… ». Une phrase qui symbolise si bien la fragilité, notre fragilité. Ca tombe bien, c’est le titre du nouveau disque de Dominique A. Car Dominique A a poursuivi son chemin avec le courage des oiseaux, sans jamais faiblir. Il s’est souvenu de sa chambre, d’une vieille guitare aux cordes de nylon fatiguées et de la console huit pistes sur laquelle il a bricolé ses premières chansons, au hasard. Il s’est souvenu des conditions d’enregistrement de « la fossette » et les a reproduites. Bien sûr, les moyens actuels permettent d’arrondir le son. Les effets de la boite à rythmes, l’écho sur les guitares et les sons d’un clavier suppriment aujourd’hui l’aridité d’un tel propos. Dans un dépouillement en trompe-l’oreille, le chanteur nous présente douze douces chansons aux contours vaporeux. Quelques merveilles intimistes comme « la poésie » dédiée à Leonard Cohen (qui d’autre) ou « Le ruban » qui évoque les bombardements auxquels nos aïeux ont survécu le temps d’une existence (« On a survécu à tout ça / Et aujourd’hui tu es parti / Comme quoi on peut survivre à tout / Et ne pas survivre à la vie / Quand elle est fatiguée du cœur »). Avec « la fragilité », Dominique A nous renvoie aujourd’hui aux atmosphères que Tyan nous a offertes hier. Quelque chose vibre en nous, on ne se l’explique pas et ça, ça n’a pas de prix.

Dominique A sera bientôt en tournée avec un pasaage au Botanique (Bruxelles), le 25 janvier et au Centre culturel de Soignies, le 22 février.

Joseph « YT » Boulier