Ian Brighton, Imaginings jan25

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Ian Brighton, Imaginings

Ian Brighton, Imaginings

FMR RECORDS

Après quelques décennies d’absence, voici le guitariste Ian Brighton, un des piliers de la scène improvisation libre britannique, de retour et fermement impliqué dans des concerts et des enregistrements. Après la sortie de « Strings » avec Phil Wachsmann, Marcio Mattos et Trevor Taylor et la réédition du légendaire « Marsh Gas », voici encore un nouvel album en forme d’anthologie. Deux duos : l’un avec Trevor Taylor, le percussionniste responsable de FMR, et l’autre avec le violiniste Phil Wachsmann; un trio avec Wachsmann et le violoncelliste Marcio Mattos; deux quartets : l’un avec le souffleur Joan Seagroat (sax soprano et clarinette basse), Steve Beresford au piano et jouets et le flûtiste Neil Metcalfe et le deuxième avec le saxophoniste François Carrier, Beresford et Trevor Taylor; sextet avec Mattos, Taylor, Carrier, Seagroat et Beresford et un tutti à huit, suivi d’un solo de guitare. Le style à la fois épuré et complexe de Ian Brighton attire l’écoute par la grande dynamique et les constantes transformations sonores de son jeu, lesquelles ont un air de famille avec les caractéristiques de Derek Bailey même si on entend clairement qu’il a une démarche très différente. En effet, son jeu est très épuré souvent à la limite du pianissimo et du diaphane. Pour obtenir ses sonorités peu courantes, il se sert uniquement de ses doigts de la main gauche, d’une pédale de volume sans cesse sollicitées et des propriétés sonores de la guitare électrique dotée d’un chevalet. Pas de pédales d’effets… Et bien sûr les harmoniques et des touchers à la limite du bruit. ll y a une dimension intuitive spontanée de la part de Brighton dans sa recherche de timbres audacieux, une légèreté et une finesse dans l’utilisation des intervalles. C’est vraiment un improvisateur expérimenté qui jouait déjà avec Wachsmann, Taylor, Frank Perry en 1970. Chaque musicien invité joue dans l’esprit voulu en se rapprochant de la sensibilité pointilliste de Brighton tout en maintenant son esthétique personnelle. Wachsmann, Mattos, Beresford et Seagroat sont bien en phase, Steve grattant subtilement les cordes et faisant résonner discrètement le piano comme un instrument percussif. Le vibraphone et le marimba de Taylor et la flûte de Neil Metcalfe y apportent une dimension plus mélodique, tout comme le phrasé presque jazz de François Carrier répondant au flûtiste. Les morceaux en quintet et sextet sont tout à fait remarquables pour leur équilibre (instable) et leur lisibilité, chacun proposant sons et idées musicales aux formes et aux intensités les plus variées tout en faisant des silences. L’octet final, atteint encore un meilleur équilibre offrant l’occasion assez rare d’un ensemble plus large. Il pourrait évoquer le meilleur de la musique de chambre sérielle en évitant les dogmes propres à cette musique. Certains diront ce n’est pas nouveau, mais étant donné que contrairement à Wachsmann ou Beresford, des artiste bien documentés, les autres, Brighton, Mattos, Taylor, Seagroat et Metcalfe ont peu enregistré ce type de musique durant les années magiques 70-80, alors qu’ils étaient fort actifs dès le tout début des seventies. Les trois albums auxquels a participé Brighton dans le passé, « Balance » avec Wachsmann, Radu Malfatti, Colin Wood et Frank Perry, son « Marsh Gas » et « February Papers » de Tony Oxley sont aussi indispensables que ceux de Bailey, Stevens, Maggie Nicols, Evan Parker, Rutherford, Barry Guy, Oxley et cie… Donc, il me semble que chercher à écouter un des albums récents du guitariste éclairera la lanterne des auditeurs curieux et tous ceux qui ont été passionnés par le travail de Derek Bailey. Admirable.

Jean-Michel Van Schouwburg

Ian Brighton Live at the Verdict 2016 from Dave Francis on Vimeo.