Jean-Marie Machado – Danzas fév21

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Jean-Marie Machado – Danzas

Jean-Marie Machado – Danzas

Pictures for Orchestra

LA BUISSONNE

Le public le plus fidèle du festival international de jazz à Liège se souvient du pianiste Jean-Marie Machado : il est venu à Jazz à Liège, période Palais des Congrès, à l’époque de l’album « Andalousia », avec l’Anglais Andy Sheppard (saxophone ténor), l’Allemand Claus Stotter (trompette), l’Américain Gary Valente (trombone), notre compatriote Bart De Nolf à la contrebasse et le Nordiste Jacques Mahieux à la batterie. Lui qui a débuté en trio avec les frères Moutin (album « Séquence Thmiryque ») a multiplié les expériences : duo avec l’accordéon de Didier Ithursarry (« Lua »), quartet avec le saxophoniste Jean-Marc Padovani et Paul Motian (« Takiya Tokaya »), rencontres avec Dave Liebman (« Media Luz », « Caminando ») ou Paolo Fresu (« Lyrisme »). Depuis 2007, il a fondé Danzas, un ensemble qui jette des passerelles entre jazz de chambre (un peu comme Archimusic), musique classique et passion pour le tango d’Astor Piazzola (comme chez Richard Galliano). A propos de cet album, le pianiste dit : « Ce projet part du mot Orchestra qui me plaît depuis toujours. Est venue ensuite la notion de tableaux pour orchestre, Pictures for Orchestra. Ces tableaux, je les voulais des moments sonores très différents les uns des autres, avec une sensation narrative pour chacun d’eux. » Un peu la démarche de Moussorgski pour ses Tableaux d’une exposition. Danzas réunit ici huit musiciens autour du pianiste-compositeur. A l’accordéon, Didier Ithursarry, compagnon fidèle qui a aussi enregistré « Atomic Flonflons » avec Alban Darche (sax) ou « Hymnes à l’amour » avec Christophe Monniot (saxophone alto). A la flûte, Stéphane Guillaume, qui a accompagné Claude Nougaro, fait partie de l’Orchestre National de Jazz de Laurent Cugny (seul ONJ invité à Liège, avec Phil Abraham, Stefano Di Battista et Flavio Boltro) et dernièrement soliste du trio réuni par le batteur Stéphane Huchard autour de grands classiques. Aux saxophones soprano et baryton, Jean-Charles Richard, qu’on a pu entendre dans les sessions en solo d’Arthome à Oupeye. Professeur au Conservatoire de Paris, il a déjà croisé Machado pour « Fiesta Nocturna » et a enregistré « Faces » en hommage à Steve Lacy. A la clarinette et clarinette basse, Elodie Pasquier qui a enregistré « Solo » mais aussi « Mona » en quintet avec… Teun Verbruggen. Au tuba, François Thuilier, membre indéfectible du MegaOctet d’Andy Emler et du Jazz Ensemble de Patrice Caratini. Enfin, non pas un quatuor classique, mais trois cordes rassemblant deux altos (Cécile Grenier et Séverine Morfin) et un violoncelle (Guillaume Martigné) : trois musiciens issus du Conservatoire de Paris. Danzas offre aux compositions de Jean-Marie Machado une palette sonore tout en douceur, tout en nuances : un arc-en-ciel sonore irisé mêlant bois, cuivre te cordes. « Je peux dire que chaque soliste de Danzas est le point de départ et d’ancrage de chacune des pièces, comme autant de personnages racontés par les compositions » Au long des 12 plages de l’album, en alternance avec 3 courtes pièces jouées en piano-solo (Minhas très almas, Afeiçao, Bela solidao), une série de compositions qui mettent en valeur la palette sonore irisée de l’ensemble mais aussi, à chaque fois, un soliste différent : violoncelle de Martigné sur Nebbia après une intro largement dédiée aux cordes; accordéon pour un tango chaloupé emprunté à Astor Piazzola (Vuelvo al sur), un accordéon en équilibre avec saxophone baryton et clarinette basse; l’alto de Cécile Grenier sur As ondas da vida et de Séverine Morfin sur Fragmentos de cantos, avec une vraie mise en avant des cordes comme sur FW de Robert Schumann; tuba de François Thuillier en dialogue avec le baryton sur Trompeta grande; clarinette d’Elodie Pasquier sur Circles Around et flûte de Stéphane Guillaume avec piano en arrière plan pour Encore oriental. La musique de Jean-Marie Machado incarne un vrai « saute-frontière » très classieux entre jazz et musique de chambre mais aussi tradition à caractère hispanique (d’où ces titres en espagnol ou portugais), avec un vrai focus sur le tango d’Astor Piazzola : Vuelvo al sur est ma plage préférée.

Claude Loxhay