Pépites #30, Around Jazz mar05

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Pépites #30, Around Jazz

Around Jazz, quelques pépites…

C’est du jazz… mais pas tout à fait non plus. Voici une collection de disques qui méritent qu’on leur rétrocède une oreille très attentive.

Kel Assouf, Black Tenere

GLITTERBEAT

Il y a d’abord eu deux albums publiés pour le compte d’Igloo Records, collection « Mondo ». Le succès rencontré par le deuxième, le très remarqué « Tikounen » (2016), leur a permis de tourner hors de nos frontières (oui oui, ils sont bruxellois) et d’obtenir un contrat au sein de la vénérable maison Glitterbeat. Au fait, Kel Assouf est un trio articulé autour du chanteur guitariste d’origine touareg Anana Ag Haroun. On y retrouve également le producteur-claviériste tunisien Sofyann Ben Youssef (à la base du projet electro-world Ammar 808) et le jeune batteur gantois Olivier Penu. Tout comme les Maliens de Tinariwen (à écouter de toute urgence), Anana Ag Haroun a choisi la guitare plutôt que les fusils pour s’exprimer. Il chante (en tamasheq) la lutte des apatrides du Niger, les guerres civiles qui ravagent l’Afrique. « Black Tenere » a été enregistré à Stockholm. Dans le studio se trouvaient entassés des instruments « vintage » qu’ils se sont fait un plaisir d’utiliser. Claviers d’un autre monde, amplificateurs fatigués, guitares séculaires. Sofyann Ben Youssef a alors poussé les curseurs de la console de mixage à fond, histoire de saturer encore un peu plus le propos. Les mélodies et les riffs de guitare sont répétés à l’infini, jusqu’à la transe, ce qui donne des accents de rock à cette musique berbère puissante. On pense à un Led Zeppelin fiévreux et on vous jure que ce « Black Tenere » bienfaiteur comme un oasis au milieu du désert, mérite une place de choix dans nos colonnes ! A vérifier de visu au Depot (Leuven) ce 11 mars 2019.

Dudu Tassa & the Kuwaitis, El Hajar 

NUR PUBLISHING

Le destin d’un musicien peut se jouer à pas grand-chose. Comme la découverte d’une malle à souvenirs stockée dans un coin du grenier. Celle que le chanteur israélien Dudu Tassa a dénichée chez sa mère contenait un véritable trésor familial. Une pile de vieux enregistrements d’un duo qui a connu ses heures de gloire à Bagdad dans les années trente : les Kuwaiti Brothers. Ces deux-là sont en fait le grand-père et le grand-oncle de Dudu. Ils ont réformé la musique classique arabe avant de devoir se réfugier en Israël où ils retomberont dans l’anonymat. Enfin, presque. C’est sans compter sur la découverte du petit-fils, véritable idole dans son pays (et peu connu ailleurs, il faut en convenir), qui dépoussiérera l’héritage culturel de ses ancêtres pour le remettre au goût du jour. Et ça marche ! Le groupe britannique Radiohead (et plus particulièrement leur guitariste Jonny Greenwood) tombe sous le charme de cette fusion singulière et invite Dudu Tassa et ses complices à assurer la première partie de la tournée américaine de 2017. « El Hajar » constitue le troisième volet du projet « Kuwaits ». Une version electro-pop teintée de rock d’un répertoire traditionnel. Il convenait de préserver le caractère authentique de l’original. Aux machines se sont joints l’oud, les flûtes et les violons un peu kitsch. Pour assurer le chant, Dudu Tassa a dû apprendre à maîtriser la langue arabe. Tout ceci donne à cet album des allures de petit trésor que l’on pourrait bien ressortir d’une vieille malle dans quelques temps.

Ukandanz, Yeketelale

BUDA MUSIQUE

Première rencontre, fortuite celle-ci. Le guitariste lyonnais Damien Cluzel se trouve en Éthiopie où il accompagne un cirque ambulant. Son voisin de chambre à l’hôtel est le célébrissime défricheur de jazz éthiopien Francis Falceto. On lui doit à peu près tout. Dont trente volumes, à ce jour, de la fameuse collection « Ethiopiques » publiée par le label Buda Musique. On vous épargne les détails au sujet de l’éthio-jazz qui est la musique la plus sensuelle et subversive que l’on puisse entendre. Le Directeur artistique propose à Damien Cluzel de l’accompagner dans les ruelles d’Addis-Abeba, à la découverte du swing qui transcende la planète. Ils y rencontrent Asnake Guebreyes, un chanteur local dont le modèle, Tlahoun Guessessé est surnommé le « James Brown éthiopien ». Ceci nous en dit déjà long sur la volonté de croisements qui habite le groupe Ukandanz (un nom qui fait référence au fameux tube de Madonna Into the Groove), sur la puissance naturelle du chant et sur l’authenticité d’un tel projet.« Yeketelale » est déjà le troisième album enregistré sous cette formule (quartet de base amélioré de la voix d’Asnake Guebreyes) qui combine l’énergie du rock et les grooves éthiopiens. Pas de (mauvaises) surprises à attendre, c’est aussi limpide et prévisible qu’un bon vieux reggae produit par la paire Dunbar/Shakespeare et à la fin, vous vous retrouvez sur les genoux, en nage.

Joseph « YT » Boulier