Stellari String Quartet, Vulcan mai03

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Stellari String Quartet, Vulcan

Stellari String Quartet,

Vulcan

EMANEM

Martin Davidson a sérieusement réduit la voilure de son label Emanem, consacrant en priorité, parmi ses dernières parutions, des inédits ou des rééditions d’incontournables comme Paul Rutherford ou Steve Lacy et même Jimmy Giuffre avec Carla Bley et Steve Swallow. Et vraiment peu d ‘enregistrements récents de groupes d’improvisation « radicale ». Mais ici, il a choisi le meilleur. Le Stellari String Quartet : un ensemble de cordes improvisées avec violon, alto, violoncelle et contrebasse dont il a déjà publié un magnifique opus, paru il y a dix ans : « Gocce Stellari » (Emanem 4006). En fait, cet album de musiques complètement improvisées libres se rapproche de l’univers de la musique contemporaine occidentale, le violoniste et l’altiste ayant un sérieux background classique XXème siècle. On y trouve aussi toutes les qualités de l’improvisation libre spontanée où sont prises en compte de nombreuses possibilités acoustiques, musicales, sonores, timbrales, harmoniques, ludiques, minimalisme/complexité, avec une extraordinaire cohérence. On dira, bien entendu, qu’il s’agit d’un style d’improvisation survenu il y a quarante ans. Justement, j’y étais, il y a quarante ans, et je ne pense pas avoir entendu un quartet à cordes de cette qualité. Mais bien de super duos de contrebasse (Altena et Kowald) , violon et alto (Altena et Horsthuys) et contrebasse solo (« Journal Violone » de Barre Phillips, « Statements » de Barry Guy). Bref Stellari String Quartet est un groupe exemplaire de la musique improvisée libre par sa capacité à jouer de tous les paramètres de la transformation des sons à travers le jeu, l’écoute, l’esprit de découverte, avec un sens unique de la forme musicale instantanée. On y trouve une densité inventive aussi forte que dans les Gentle Harm of the Bourgeoise et Old Moers Almanach de Paul Rutherford (en solo). Les quatre improvisateurs-trice requièrent la spécifique moelle de leurs instruments à corde frottées et « pluckées » ou en col legno, en illustrant pleinement tout le parti sonore qu’il y a à chercher, découvrir et exprimer à l’intérieur de ces violons de taille différente par leur communion en quartette (quatuor ?). Les techniques alternatives ne sont pas utilisées pour le but de « faire avant-garde », mais sont vécues avec une nécessité et une nature première d’une émotion partagée, d’un lyrisme authentique. Le partage et la mise en commun a lieu alors que chacun se concentre sur sa partie qui semble parfois éloignée ou très différente de celle de l’autre. Leurs sens de la complémentarité, de l’émulation, de l’échappée, du consensus ou de la diversion créent une dimension plurielle follement kaléidoscopique. Chacune des onze improvisations apportent des idées nouvelles, des instantanés, des cadences mouvantes, une pluralité d’événements sonores, au point qu’on se demande quel autre album on écouterait pour en oublier la magnificence et aussi l’urgence du geste musical et de l’invention dans le moment. Si mes idées personnelles à leur sujet semblent finalement se répéter, je ne trouve ici que le jaillissement sans aucune redondance. Pur plaisir : Phil Wachsmann violon, Charlotte Hug alto, Marcio Mattos, violoncelle et John Edwards, contrebasse !

Jean-Michel Van Schouwburg