Simon Nabatov, Readings : Gileya Revisited août23

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Simon Nabatov, Readings : Gileya Revisited

Simon Nabatov,

Readings : Gileya Revisited

Feat. Jaap Blonk (voix), Frank Gratkowski (saxophone), Marcus Schmickler (electroniques), Gerry Hemingway (batterie)

LEO RECORDS

Leo Records, le label insigne de la free music russe/ex-soviétique, publie simultanément deux albums dirigés par le brillant pianiste Simon Nabatov, un exilé et dont la musique est conçue autour de textes littéraires critiques liés à l’après Révolution Russe et au lendemains qui chantent. Les textes d’Isaac Babel (Red Cavalry) utilisés dans leur précédent album étaient dits, chantés etc. par Phil Minton avec la même équipe d’instrumentistes. Pour Gileya Revisited, on a droit au vocaliste et poète sonore Néerlandais Jaap Blonk, lui-même duettiste occasionnel avec Phil Minton. Les quatre instrumentistes , Nabatov, le saxophoniste Frank Gratkowski, le percussionniste Gerry Hemingway et l’électronicien Marcus Schmickler tissent une bande sonore – contrepoint – paysage en liaison étroite avec des textes et surtout avec le ton, la gouaille, les bruissements vocaux de Jaap Blonk, particulièrement en verve ici. Gileya est un collectif de poètes russes irrévérencieux qui à partir de 1910 fit parler de lui en tant que précurseur de Dada, du Futurisme et du Surréalisme avec leur manifeste « Une Claque sur la face du goût public ». Des textes des différents poètes de Gileya (dont Alexander Kruchenyk, Vladimir Maiakovsky, Victor Khlebnikov et le peintre David Burluk) ont été traduits en anglais et insérés dans la trame musicale. Le talent extraordinaire de Jaap Blonk rend la violence moqueuse, l’humour absurde et la folle déraison de ces révolutionnaires d’un autre temps, qui exprimaient les conflits et contradictions criantes du bon goût et de la société Russe de leur époque au travers de leur art de manière totale. L’intense liberté d’expression de ses artistes fut par la suite balayée par le pouvoir « rouge ». Simon Nabatov, le concepteur du projet dont la famille (ukrainenne) a quitté l’URSS en 1979 quand il était enfant, remonte aux sources de la liberté artistique telle qu’elle a été vécue dans son pays d’origine. Avec de tels musiciens improvisateurs et un tel vocaliste, l’auditeur fera à la fois un voyage dans le temps et rejoindra notre actualité brûlante. Une véritable cohérence et de nombreuses audaces sonores alimentent une œuvre originale qui a tout à gagner si vous entendez/comprenez l’anglais avec l’accent et les intonations facétieuses et expressives de Jaap Blonk. Une vraie réussite.

Jean-Michel Van Schouwburg