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Nicola Andrioli, entre Italie et Belgique

Nicola Andrioli, entre Italie et Belgique.

Né à Brindisi, en plein cœur de la province des Pouilles, Nicola Andrioli a d’abord poursuivi ses études de piano classique et de jazz au Conservatoire de Lecce puis, en 2009, il a gagné Bruxelles. Il s’est rapidement imposé comme une des personnalités marquantes de la scène belge: il participe à une dizaine de formations différentes. Mais il a aussi gardé des attaches avec l’Italie, comme le prouve le récent album « The Shining Of Things », enregistré avec la chanteuse Serena Spedicato, pour le dynamique label Dodicilune, un hommage au chanteur britannique David Sylvian, friand d’expériences électroniques comme avec le trompettiste Jon Hassel. Evocation de ce parcours éclectique.

Propos recueillis par Claude Loxhay

Photos de Robert Hansenne

(c) Robert Hansenne

Tu as d’abord étudié au Conservatoire de Lecce. Qu’est-ce qui t’a incité à rejoindre le Conservatoire de Bruxelles ? 

Après avoir étudié le piano classique puis le jazz au Conservatoire de Lecce, dans les Pouilles, j’ai suivi un cursus de trois ans au Conservatoire de Paris, en jazz et improvisation, puis, en 2009, je suis venu à Bruxelles, dans le cadre du programme Erasmus et j’ai obtenu mon master.

Tu fais partie de nombreux groupes belges mais tu as gardé de fortes attaches en Italie comme le montre l’album The shining of things. Comment as-tu rencontré la chanteuse Serena Spedicato ?

J’ai rencontré Serena, il y a une vingtaine d’années, au Conservatoire de Lecce : nous nous sommes retrouvés dans la même classe de jazz. Ensuite, on s’est perdu de vue après mon départ pour Paris et Bruxelles. Dernièrement, elle m’a appelé pour participer à « The Shining Of Things », un hommage au chanteur et compositeur britannique David Sylvian, un musicien hors du commun qui ne compose pas avec l’obsession de plaire au public mais pour satisfaire son besoin d’expériences.

Tu as arrangé les huit chansons de l’album…

Serena m’a transmis une série d’enregistrements de David Sylvian. J’ai choisi des compositions de différentes périodes, des albums « Forbidden Colours » en 1983 à « Dead Bees On A Cake » de 1999, et je les ai arrangées en essayant de garder l’esprit de cette musique expérimentale, intime et sophistiquée, entre jazz et musique électronique. Sur Heartbreak, j’ai, par exemple, eu l’idée de superposer les paroles de la chanson à une série de vocalises, avec effets. L’apport de Kalevi Louhivuori, avec ses effets, et de Michele Rabbia, avec ses percussions et effets électroniques vont dans le même sens.

Comment connaissais-tu le trompettiste finlandais Kalevi Louhivuori ?

Je connais Kalevi du groupe Motu de Lionel Beuvens. Nous avons fait une belle tournée ensemble. Kalevi est un musicien exceptionnel, un grand technicien de la trompette qui sait parfaitement utiliser les effets, ce qui correspond au côté électro de la musique de David Sylvian. Ce qui est aussi le cas de Michele Rabbia qui n’est pas seulement batteur dans une esthétique purement jazz mais un percussionniste qui utilise des effets électroniques.

(c) Robert Hansenne

Tu avais déjà auparavant enregistré pour Dodicilune…

Oui, c’est pour Dodicilune que j’ai enregistré mon premier disque personnel, « Alba » sorti en 2007, en trio avec Giuseppe Bassi à la contrebasse et Mimmo Campanale à la batterie, sur une série de compositions originales. Dodicilune est un label du Sud de l’Italie qui cherche à promouvoir les musiciens italiens. Pour ce label, j’ai aussi enregistré « Pulsar » en 2008, avec mon quartet, mais aussi un quatuor à cordes et des voix typiques de la tradition italienne, comme Morena Brindisi, Dario Muci ou Enza Pagliara et ses tambourins. Puis, en 2014, « Les Mongolfières », des compositions personnelles enregistrées avec Matteo Pastorino à la clarinette, Hendrik Vanhattenhoven à la contrebasse, Fabrizia Barresi au chant et le N.A. String Quartet.

En Belgique, après avoir croisé Mimi Verderame pour l’album Wind en 2010, je suppose qu’une rencontre importante aura été celle de Philip Catherine ?

Oui, cela a été une rencontre très importante qui m’a permis d’apprendre beaucoup de choses. Philip est un maître au niveau mélodique. Il m’a accordé une grande confiance, j’ai pu jouer beaucoup en sa compagnie. J’ai d’abord enregistré « Côté Jardin », en quartet avec Philippe Aerts et Antoine Pierre puis j’ai participé à son « String Project », une toute autre expérience. Sur son dernier album, « Manoir de mes rêves », il reprend une de mes compositions : To Philip.

(c) Robert Hansenne

Une autre rencontre importante, c’est sans doute celle de Barbara Wiernik pour « Complicity »…

Oui, c’est un tout autre projet, un autre type de musique mais toujours très mélodique. Barbara est une excellente chanteuse. Comme l’indique le titre du disque, il existe une vraie complicité entre nous : j’ai composé les musiques et Barbara a écrit les textes. On a enregistré l’album avec des invités et nous avons fait une belle tournée.

Tu as aussi croisé le contrebassiste d’origine sarde Manolo Cabras et le saxophoniste Stéphane Mercier…

L’album avec Manolo, Melys in Diotta, est un projet très différent, avec des aspects presque free, un côté presque animal dans sa spontanéité, avec Marek Patrman à la batterie et Jean-Paul Estiévenart à la trompette. « Trip » de Stéphane est un très bel album, avec de belles compositions de Stéphane ou de Peter Hertmans, un autre dialogue piano-guitare., De jolies mélodies, une musique qui respire, avec un bel équilibre entre les solistes.

Une autre rencontre avec un guitariste, c’est celle avec Lorenzo Di Maio…

Black Rainbow est un autre beau projet : de belles compositions avec des structures très élaborées et un bon choix de musiciens : Jean-Paul Estiévenart que je croise souvent, Cédric Raymond à la contrebasse et, à la batterie, Antoine Pierre qui insuffle une grande énergie.

La rencontre avec Steven Delannoye prend une direction différente…

Avec Steven, nous partageons un point commun : notre passion tant pour le jazz que pour la musique classique post romantique. Pour le projet Salon d’harmonie, nous avons d’abord joué en duo, à partir d’improvisations, puis en trio avec Bert Cools qui multiplie les effets avec sa guitare et offre un large panel de sonorités. Il avait mis un micro sur mon piano pour qu’il y ait un réel dialogue entre mon piano et sa guitare.

Philip CATHERINE (c) Robert Hansenne

En Belgique, tu as retrouvé un autre musicien d’origine italienne, le saxophoniste Filippe Bianchini…

Oui je l’ai rencontré à Bruxelles. Filippe incarne un autre univers, il est très attiré par le hard bop, avec un grand respect pour la tradition, un type de jazz qui marche très bien en Italie. J’ai enregistré trois albums avec lui : « Disorder At The Border », avec Jean-Louis Rassinfosse à la contrebasse et un autre musicien d’origine italienne, Armando Luongo à la batterie. Ensuite, il y a eu « Le Voyage », inspiré par la musique d’Adamo et « Sound Of Beauty », avec Jean-Paul (Estiévenart) à la trompette.

 

As-tu de nouveaux projets ?

Oui, je voudrais prendre une nouvelle direction pour intégrer l’électronique, opter pour une autre esthétique: avoir un synthé analogique en combinaison avec le piano acoustique. J’ai écrit de nouvelles compositions. Ce sera l’occasion de retrouver Hendrik Vanhattenhoven à la basse. J’ai aussi un projet de trio avec Stéphane Galland à la batterie. J’aime suivre des directions différentes mais avec le même objectif : être honnête avec moi-même.

Concerts

9-10 novembre, ART BASE (Bruxelles) : The Shining Of Things – duo piano-voix avec Serena Spedicato.