Tom Barman, Taxi Wars 3 oct02

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Tom Barman, Taxi Wars 3

« Taxi Wars » volume 3

Tom Barman et le jazz, on le savait déjà depuis la compil « IMPULSE ! » où le chanteur de « dEUS » avait réalisé une sélection très intéressante de ses coups de foudre « jazz ». « Artificial Horizon » sonne cette fois plus pop-rock. Entretien à Bruxelles sur la terrasse d’un grand hôtel.

Propos recueillis par Jean-Pierre Goffin

D’où est venue l’idée de « Taxi Wars » ?

J’avais cette idée de m’infiltrer dans un groupe de jazz, de chanter, de faire du rap avec des musiciens de jazz dans un concept jazz, dans une atmosphère de jazz et avec la façon de travailler du jazz. J’ai parlé de ce désir à Rob Leurentrop que je ne connaissais pas sur le plan professionnel, mais par des amis. Il s’occupait de Robin Verheyen et il lui a parlé de moi en lui laissant le temps de réfléchir à un éventuel projet ensemble. Après réflexion, Robin a décidé de se lancer et nous nous sommes rencontrés au festival de jazz de Leuven. Je lui ai expliqué mes intentions : il fallait que ça soit bref, que ça ait le cœur du jazz qui bat, que ce ne soit pas un truc genre fusion, mais avec de vrais musiciens de jazz. Et moi, j’allais écrire des mélodies et des paroles. Robin a écrit des compositions et j’ai écrit des paroles dessus. Nous en sommes au troisième album de Taxi Wars et nous travaillons toujours de la même façon. Je dois aussi dire que ce projet a été aussi inspiré au départ par une tournée très longue de dEUS, avec quinze personnes, cinq mois de voyages, très peu de flexibilité, très rigide, j’y prenais beaucoup de plaisir, mais c’était très lourd à porter. Alors, cette idée un peu vague au départ d’une petite entité est venue où un morceau de deux minutes peut devenir un morceau de huit minutes sur scène. C’est comme une sorte de respiration au milieu d’une carrière, c’est né de quelques impulsions : l’envie de jazz, l’envie de laisser là ma guitare, l’envie littérale de mouvement. Quant au choix des musiciens, Robin connaissait Nic (Thys), et Nic a amené Antoine (Pierre) comme le jeune qui monte. 

Pas de problème au départ entre un rocker et des jazzmen ?

Au début, il y a quelques petits préjugés, mais avec ma personnalité assez directe, l’expérience de Nic, la jeunesse d’Antoine, dès les premiers essais, ça a très bien fonctionné. Je crois qu’ils aiment que je sois assez viscéral sur scène. Il y a une grande excitation quand ça marche bien, mais aussi une grande irritation quand ce n’est pas bon. J’adore voir qu’ils s’amusent, voir Antoine Pierre s’éclater, même si ici, il n’est pas le leader de son band et qu’il est un peu derrière, il s’éclate vraiment. 

Et côté public, quels sont les réactions ? Vous jouez aussi bien dans des festivals rock que jazz.

La réaction est la même dans un festival de rock ou dans un festival de jazz. Je dirais qu’en rock, le public qui est habitué à voir des groupes arriver avec de gros amplis ou les laptops était surpris de nous voir avec une contrebasse acoustique, et avec une énergie énorme. J’aime ce côté où on surprend les gens. J’aimerais qu’on joue encore plus car je trouve qu’on est très compatible avec plein de contextes. 

Le concept de ce troisième album est-il le même que pour les deux premiers ?

Le nouvel album sonne plus pop-rock que jazz. Le premier morceau « Drop Shot » est écrit par Antoine, les autres sont de Robin… Au troisième album, on a déjà fait beaucoup de choses, le premier était assez dur et on a recherché ici plus de sophistication. Tout le monde a pensé la même chose et que c’était ce qu’il fallait faire, et le suivant sera sans aucun doute encore différent. Ici, on a cherché à mettre plus de variété dans les climats avec le piano, le Fender Rhodes sans prendre une cinquième personne, c’est Robin qui joue tous les claviers en plus du saxophone. Il y a moins de solos mais des morceaux qui accrochent plus l’oreille. 

Sur « The Glare », on a le son plus jazz des albums précédents. On sent un groove, l’influence d’Archie Shepp ou de Pharaoh Sanders. Comment avez-vous découvert le jazz ?

C’est avec Don Cherry que je suis entré dans le jazz. L’influence jazz du morceau « The Glare », c’est Robin qui a déjà assimilé tant de choses dans cette musique en vivant à New York. Beaucoup de ses fans ne reconnaissent pas cette intensité dans « Taxi Wars », il a joué ce morceau sans structure mais il y met un drive fabuleux, sur scène il switche entre sax et piano. « Artificial Horizon », ce n’est pas pop-rock, il faut être capable de jouer ça, moi je ne saurais pas faire ce que les trois musiciens font là-dessus ! 

Le dernier morceau est plein d’apaisement.

Le final a été écrit pour saxophone, mais j’ai dit à Robin de le jouer au piano, de le prendre pour une improvisation en studio, une sorte d’agent libre qui n’a pas été défini qui n’a pas de visage avant de le jouer, j’aime cette idée. Tout qui a déjà entendu l’album aime beaucoup cette fin lente.

Comment se passe l’enregistrement ?

Il y a eu trois ou quatre prises par morceau, idem pour le chant, seul « Drop Shot » a pris un peu plus de temps. Dans le passé, je faisais trop de prises et j’en devenais parfois dingue, c’est pourquoi j’aime travailler avec « Taxi Wars » parce que ça se passe sans problème. Pour « Drop Shot », Robin ne sentait pas très bien le morceau au début, et, c’est curieux, ça arrive souvent avec le morceau dans lequel on se sent le plus à l’aise, on croit que ce sera facile, et ça devient difficile, et l’inverse est vrai aussi. Il y a des morceaux où tu crois que ça va être un picnic et ça devient un cauchemar ! On avait déjà sept ou huit prises sans que ça marche. Puis Robin a dit qu’il allait le faire au soprano alors qu’il sait que je n’aime pas ça, ça n’a rien donné, et la suivante il a repris le ténor et c’était la bonne… comme si il s’était libéré ! Sinon, l’album a été fait en trois jours et une semaine pour les lyrics. 

Pouvez-vous expliquer le titre « Artificial Horizon » ?

« Artificial Horizon », c’est le système de pilotage d’un avion, c’est un titre qui a plusieurs entrées. Certains philosophies ne sont pas toujours les meilleures, les vérités ne sont pas toujours vraies, ça représente une incertitude… J’adore l’aviation, j’ai pris ça comme métaphore. Ça a à voir avec un changement d’orientation, des trucs de ma vie personnelle, ça revient dans quelques paroles. Une frustration des paroliers c’est qu’ils bossen beaucoup mais que personne n’écoute. 

Un titre en particulier ?

« Infinity Cove », c’est mon préféré. Il y a plein de cœur dans cette chanson ; ça parle de perdre ses points de repère. Il y a un moment où je sentais ça si fort que je le chantais avec trop de peine, que ça devenait kitsch, alors j’au dû décélérer un peu sur ce morceau, mais en live je me lâche ! 

En concert à l’AB le 10 novembre et au Reflektor le 11 novembre.