Manu Hermia, Le Murmure de l’Orient vol.2 mar02

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Manu Hermia, Le Murmure de l’Orient vol.2

Manuel Hermia, Le Murmure de l’Orient (vol.2, Igloomondo)

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En 2005, après plusieurs séjours en Inde, Manu Hermia enregistrait le premier volume de son Murmure de l’Orient, tout entier dédié au bansuri, cette flûte traversière en bambou typique de la tradition hindoustanie d’Inde du Nord. Voici que sort, comme il l’annonçait dans son interview, le volume deux, un superbe coffret de deux cédés accompagné d’un précieux livret richement illustré dans lequel Manu commente chacune des 11 compositions originales de l’album et exprime toute son admiration pour la sagesse orientale:  « Les cultures de l’Orient ont développé une tradition millénaire en matière de méditation…Le véritable Murmure de l’Orient, il est là dans cette sagesse qui a traversé les siècles. « Une sagesse qui repose sur la connaissance de soi, sur un irrépressible désir de liberté, sur une soif inextinguible de vivre l’instant présent, sans souci du passé ou de l’avenir, un instant présent qui s’inscrit dans la durée: ainsi les onze plages de l’album se développent-elles sur une durée allant de 7 minutes 44 à 20 minutes 06. Ce Murmure de l’Orient (vol.2), c’est aussi l’occasion de partir à la rencontre de nouveaux compagnons de route. Outre les Belges déjà présents sur l’album de 2005, Barbara Wiernik (voix) et Fabrice Colet (percussions) qui, eux-mêmes, avaient fait un enrichissant séjour en Inde, on découvre, au fil des plages, l’Indien Purbayan Chatterjee, le Pakistanais Asad Qizilbash, le Chinois Guo Gan, le chanteur libanais Mawaran et les Marocains Majid Bekkas (que l’on avait découvert au Gaume Jazz Festival de 2001 et qui, depuis, a enregistré avec Charles Loos, Joachim Kühn ou Louis Sclavis) et Khalid Kouhen (percussionniste de Majid dès l’album African Gnawa Blues de 2001). Ce double album, c’est aussi l’occasion de découvrir une série impressionnante d’instruments traditionnels : le sitar popularisé par Ravi Shankar; le sarod, luth pakistanais mêlant cordes mélodiques, rythmiques et sympathiques; l’erhu, ce violon chinois à deux cordes; l’oud, luth des pays arabes; le guembri, luth à trois cordes au registre grave; le mridangam, tambour d’Inde du Sud proche des tablas ou encore le daf, tambourin du monde arabe. En solo (Yaan, The Wind in Hampi) ou en duo (A Taste of Eternity avec le sitar de Purbayan Chatterjee, Asmita avec la voix de Mawaran, Soul Brotherhood en compagnie de l’oud de Majid Bekkas, Erhal avec l’erhu du Guo Gan, Deep Love en compagnie du sarod d’Asad Qizilbash et A Smell of Desert en duo avec le guembri de Majid), le bansuri se fait méditatif, inscrivant sa sereine quiétude dans la durée tandis que sur Bhakti Dance, en duo avec les tablas de Khalid Kouhen et sur les trios (The Cycle avec Barbara Wiernik et Fabrice Colet au mridangam ou Rêve de Dromadaire avec l’oud de Majid Bekkas et le daf de Khali Kouhen), la musique, portée par les percussions, se développe sur un rythme beaucoup plus alerte. Avec une mention spéciale pour Rêve de Dromadaire dont la cadence imposée par le daf est particulièrement suggestive. Une musique contemplative qui instaure un climat de quiétude profonde et, par ailleurs, un superbe objet : à l’heure où certains évoquent la mort prochaine du cédé au profit du téléchargement, symbole d’une société dans laquelle les biens culturels deviennent un simple objet de consommation, voilà un coffret qui démontre que le support physique s’inscrit dans la permanence alors que l’autre s’épuise une fois consommé. Une vraie leçon de musique et de philosophie.
Claude Loxhay