Pépites #51, Around Jazz oct01

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Pépites #51, Around Jazz

Around Jazz, quelques pépites…

C’est du jazz… mais pas tout à fait non plus. Voici une collection de disques qui méritent qu’on leur rétrocède une oreille très attentive.

Quentin Dujardin/Didier Laloy,

Water & Fire

AGUA MUSIC

« Que c’est beau ! » Cette phrase, sortie de la bouche d’une spectatrice qui n’avait pu retenir ce que son cœur lui dictait, on l’a entendue au Foyer culturel de Sprimont ce 21 septembre. En plein concert… Le duo (renforcé pour cette occasion par le percussionniste Stephan Pougin) venait tout juste de démarrer la tournée « Water & Fire », du nom de ce cédé sorti de pressage le jour même. Cette dame a raison, la musique de Quentin Dujardin et de Didier Laloy est belle… Mais ça ne suffit pas pour qu’elle soit agréable à entendre et intéressante à découvrir. Pour cela, il faut que la musique soit également dotée d’une âme. Ce complément d’on ne sait quoi qui fait qu’elle vous transporte, loin des soucis quotidiens, du stress ambiant ou des petits et grands malheurs qui nous guettent à la sortie de la salle. On ne sait pas au juste ce qui a retenu les deux comparses de s’allier plus tôt, de nous présenter aujourd’hui le dixième volet de cette aventure bicéphale. Car à l’évidence, ils devaient se rencontrer. La multiplication de couronnements respectifs sans doute. On pense au magnifique «Resonance» de Quentin Dujardin (en tournée actuellement, à ne rater sous aucun prétexte!), on pense au «Belem» de Didier Laloy (avec Barbara Furtuna, quelle claque!). A l’orée du jazz, aux confins de la musique traditionnelle ou classique, avec une maîtrise unique du son et de l’harmonie. Et encore ici… Entendre Avril, Les Avins sous les étoiles ou Baroque, c’est entendre la musique des anges, en tout cas, celle qu’ils joueraient si on pouvait les entendre. La tournée « Water & Fire » ne fait que commencer… Retrouvez ce duo au Centre culturel de Rochefort le 4 octobre, au Muziekpublique de Bruxelles ce 5 octobre, au Café de la rue (Molenbeek) le 10 octobre. Programme complet sur le site de Quentin Dujardin.

Ensemble Fawaz Baker,

Alep – Brest

HIRUSTICA

Vous ne l’entendrez pas se plaindre. Ni se confier volontiers sur son passé. Quand il a dû fuir Alep, prise sous les feus de la guerre, alors qu’il y menait une vie de Directeur au sein du Conservatoire local. Ou lorsqu’il enseignait les bienfaits de la musique aux enfants syriens réfugiés dans les camps libanais. Fawaz Baker parle peu de lui, de son passé. Il préfère évoquer le présent et l’avenir, la musique qu’il joue avec son Ensemble. Lui et son oud vivent aujourd’hui en France, où il est question de marier les dissonances qui existent entre les musiques occidentales et orientales. Au croisement de belles improvisations qui pourraient chacune nous emmener jusqu’au bout de la nuit. Sur les chemins tracés à la lumière de l’espoir. Entre Alep et Brest.

 

Jóhann Jóhannsson,

12 Conversations with Thilo Heinzmann

DEUTSCHE GRAMMOPHON

Quelques notes encore, pour clôturer ces pépites particulièrement délicates. On les doit au compositeur islandais Jóhann Jóhannsson, dont l’univers dépassait largement le domaine de la musique classique. Avant d’avoir enregistré quelques œuvres pour la célèbre compagnie Deutsche Grammophon, Jóhannsson avait en effet écrit quelques titres pour des artistes qui relèvent de la pop (Marc Almond, Barry Adamson) et avait même été publié par le label arty 4AD… L’homme s’intéressait aussi aux autres formes d’art : la littérature, le cinéma, le théâtre. Et la peinture bien entendu. Sa rencontre avec le peintre allemand Thilo Heinzmann a débouché sur la création des « 12 conversations » que nous découvrons aujourd’hui. Douze compositions épurées pour quatuor à cordes, dont il avait confié l’exécution à l’ensemble bruxellois Echo Collective, auteur d’une bouleversante réinterprétation de « l’Amnesiac » de Radiohead il y a un an. La musique de Jóhann Jóhannsson se déploie en magnifiques vagues (à l’âme…) successives, comme la retombée lente d’une plume sur le sable. Il n’est pas interdit de penser à l’univers sombre et mélancolique de Gavin Bryars. Malheureusement, le compositeur islandais n’aura pas eu le bonheur d’en entendre le résultat concret. Jóhannsson est décédé d’une surdose de cocaïne il y a un peu plus d’un an…

 

Joseph « YT » Boulier