Michel Herr, Positive Attitude oct30

Tags

Related Posts

Share This

Michel Herr, Positive Attitude

Michel Herr : Positive Attitude

Dans l’attente de la présentation de l’album Positive, le jeudi 7 novembre au Théâtre 140, Michel Herr commente ce projet pour lequel il rassemble sextet de jazz et quatuor à cordes. En parallèle, il revient sur quelques moments de sa longue carrière de musicien et compositeur.

Propos recueillis par Claude Loxhay

(c) JOS KNAEPEN

Comment est né ce projet Positive Tentet ?

Ma familiarité avec les cordes ne date pas d’hier, j’ai collaboré à pas mal de projets avec cordes, encore récemment pour UDiverse de Fabrice Alleman, avec l’Orchestre de Chambre de Liège, ou pour le String Project de Philip Catherine. Et, avant cela, pour le disque Steve Houben + Strings et des téléfilms. Par ailleurs, Peter Hertmans, à l’occasion d’une masterclasse au Conservatoire de Louvain, m’avait demandé de travailler sur un projet avec cordes. J’avais amené quelques petites choses, Peter m’a demandé si cela avait été enregistré. Comme ce n’était pas le cas, il m’a encouragé à le faire. J’ai mûri le projet, je l’ai réactualisé. Ma musique a un côté très mélodique qui convient très bien aux cordes : elles sont un prolongement au sextet pour porter la mélodie mais aussi l’harmonie et apporter des couleurs.

Comment s’est opéré le choix des musiciens ? Tu as notamment choisi de vieux complices…

Le choix de Bert Joris, à la trompette et au bugle, était une évidence, on a souvent joué ensemble et aussi collaboré à différents projets, comme avec le Brussels Jazz Orchestra (BJO). C’est un trompettiste qui possède une grande expérience et une grande rigueur par rapport à l’écriture des compositions : cette écriture n’est pas si simple qu’il y paraît. Le saxophoniste ténor, Paul Heller, travaille à Cologne, notamment pour le Big Band de la WDR. Je le connaissais par l’intermédiaire de Jean Warland : nous avons collaboré à un hommage à Ellington et Paul Heller y était invité. Au sein de l’orchestre de la WDR, il prend des solos superbes. D’autre part, j’ai appris qu’il était un élève de Wolfgang Engsfeld, un vieil ami avec qui j’ai beaucoup joué et enregistré. Peter Hertmans est un des meilleurs guitaristes belges. J’aime son côté ambivalent : il peut utiliser des distorsions comme le son propre de sa guitare. Il amène des couleurs et prolonge la section des souffleurs, en proposant une troisième ligne mélodique. Nathalie Loriers m’a toujours touché par sa finesse de jeu. Elle a participé à l’album « The Music Of Michel Herr » et d’autres projets du BJO auquel j’ai collaboré mais je l’ai aussi croisée pour le projet « The American Songbook », avec Steve Houben, la chanteuse Julie Mossay et l’Orchestre de Chambre de Wallonie ou The Real Sax Section qui réunissait cinq saxophonistes, dont Steve Houben et Fabrice Alleman. Dré est un vieux complices, avec qui j’ai souvent joué. C’est un musicien qui sait prendre des initiatives et fait preuve d’une grande personnalité. Sam Gerstmans est un pilier de la contrebasse en Belgique. Les cordes, je les ai choisies, à partir du quatuor MP4: Pierre Heneaux et Merryl Havard, auxquels se sont joints Benoît Leseure et Jean-François Durdu.

Comment as-tu choisi le répertoire ?

J’ai opté pour un mélange de compositions nouvelles et plus anciennes. La seule composition qui figure sur disque est I Think Of You, pour laquelle Judy Niemack avait écrit des paroles. J’ai choisi ce morceau pour deux raisons : travailler à un nouvel arrangement et proposer une version vocale avec Tutu Puoane qui est une superbe chanteuse. Le titre initial était Thinking Of You que j’ai enregistré sur l’album « Steve Houben + Strings », sur « Short Stories » avec Wolfgang Engsfeld et sur « Intuitions », l’album en trio de 1989. De son côté, Unexpected Encounters est une composition que j’avais écrite pour une commande de la VRT, par l’intermédiaire de Béatrice Meulemans qui avait aussi demandé à Fabrizio Cassol et à Erwin Vann de proposer une composition originale. Le tout a été filmé mais jamais diffusé. Ce thème n’avait jamais été enregistré sur disque et je l’ai énormément retravaillé. Deux compositions, Second Look et Chemistry And Mystery avaient été écrites pour des téléfilms. A cette occasion, on écrit beaucoup de thèmes courts : on aime en reprendre l’un ou l’autre pour les développer, les amplifier. Pages And Chapters comme Modules sont des compositions récentes, écrites peu avant l’enregistrement. Mais toutes ont été retravaillées, réarrangées spécialement pour le sextet et les cordes.

Cet album, c’est un peu l’occasion d’un triple anniversaire : celui d’Igloo et de deux de tes albums…

Oui, Igloo a fêté ses 40 ans l’an dernier. Pour Igloo, j’ai enregistré « Intuitions », en trio avec Hein Van De Geyn et l’Américain Leroy Lowe, en 1989, voilà 30 ans. Et puis, il y a « Notes Of Life », en quintet avec Bert Joris et Wolfgang Engsfeld, gravé il y 20 ans. Pour Igloo, j’ai aussi enregistré de nombreux albums comme sideman.

A côté de ta carrière actuelle de compositeur/arrangeur, tu as beaucoup joué et enregistré en tant que pianiste…

J’ai débuté avec Solis Lacus, un groupe de fusion comme Placebo, avec Richard Rousselet et Robert Jeanne. J’ai enregistré plusieurs fois avec Wolfgang Engsfeld : d’abord des LP, comme « Perspective » en 1978, « Continuous Flow » en 1980 et « Short Stories » en 1982 puis « Notes Of Life », en quintet avec Bert Joris. Mais aussi, au sein d’ Act Big Band, en tant que directeur musical, avec Félix Simtaine. J’ai aussi croisé beaucoup de musiciens américains : Chet Baker, Joe Henderson, Art Farmer, Johnny Griffin, Bill Frisell, John Abercrombie, Archie Shepp (film « Just Friends ») et Joe Lovano (« Solid Step », en quintet avec Bert). J’ai aussi accompagné nombre de musiciens belges, comme Phil Abraham, Gino Latucca, Robert Jeanne ou Jean-Pierre Catoul.

Ton premier album en trio, c’est « Ouverture éclair » de 1977, enregistré chez Michel Dickenscheid…

Oui, un LP, avec Freddie Deronde et Félix Simtaine, une série de compositions originales enregistrées à Ougrée, dans le studio de Michel Dickenscheid, un studio assez folklorique, fait avec des bouts de ficelle. Michel avait fait sa propre table de mixage et fumait sa cigarette par-dessus. Mais il avait une oreille, une vraie sensibilité de musicien pour faire des miracles : il était saxophoniste. Il a fait beaucoup de disques avec peu de moyens.

Quels albums pourrais-tu conseiller à un jeune amateur de jazz qui veut te découvrir en tant que pianiste?

Assurément, « Intuitions », un incontournable pour entrer dans mon univers, « Notes Of Life » en quintet avec Bert et Wolfgang et puis « Solid Step », l’album enregistré avec Joe Lovano et Bert. Mais aussi l’album enregistré en 1993, avec Steve Houben et une rythmique américaine : Curtis Lundy et Kenny Washington. J’ai toujours diversifié ma carrière entre jeu et écriture comme c’est le cas maintenant.