Pépites #54, Around Jazz oct22

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Pépites #54, Around Jazz

Around Jazz, quelques pépites…

C’est du jazz… mais pas tout à fait non plus. Voici une collection de disques qui méritent qu’on leur rétrocède une oreille très attentive.

Tinariwen,

Amadjar

WEDGE

Tinariwen est incontestablement le chef de file du blues berbère. Ce blues paresseux qui semble se pratiquer à dos de chameau (si si, on ressent clairement les ondulations caractéristiques de l’animal au petit trot) et qui a révélé ces derniers temps l’un ou l’autre groupe dont on ne se lasse pas (les Bruxellois de Kel Assouf, TisDass ou encore 75 Dollar Bill). Nous avions abandonné ce groupe à géométrie variable, articulé autour d’Ibrahim ag Alhabib et Alhousseini ag Abdoulahi sur les routes de l’exil (where else?), sur lesquelles ils échappaient aux représailles de milices islamistes (« Elwan », 2017). Nous les retrouvons sur la route (where else…?) deux ans plus tard, entre le Sud du Maroc et la Mauritanie, où ils ont composé les treize titres de ce nouveau « Amadjar » (que l’on pourrait traduire en langage tamasheq par « l’étranger de passage »), un album enregistré sans effets, dans le désert, par l’équipe de production qui les accompagnait. Ce modus operandi est traditionnel chez eux… Les voix s’élèvent dans le vent, les amplificateurs crépitent… Puis l’un ou l’autre musicien extérieur à la tribu y apporte son soutien. Kurt Vile et Mark Lanegan hier, Cass McCombs, Rodolphe Burger et tout particulièrement, comme une évidence, Warren Ellis (le violoniste inséparable de Nick Cave) aujourd’hui. Et c’est magnifique, mélancolique, puissant, what else ? Beaucoup d’eau aura coulé dans les oasis depuis le premier album « The Radio Tisdas Sessions », enregistré en quelques jours grâce à… l’énergie solaire, avant que le groupe ne prenne une dimension internationale. Mais jamais Tinariwen ne se sera éloigné de sa trajectoire, jamais leur message n’aura été aussi éloquent, pour les amoureux du désert, qui souffrent d’y vivre.

Tinariwen pour deux dates en Belgique : le Trix à Anvers, le 26 octobre et Het Depot à Louvain le 27 octobre.

TaxiWars,

Artificial Horizon

SDBAN RECORDS

Honnêtement, on aurait pas parié un kopeck sur les chances de survie à terme d’un projet comme celui-ci. Au mieux, TaxiWars représentait une courte récréation que Tom Barman s’accordait entre les tournées et les enregistrements des rémunérateurs dEUS et Magnus (un duo qu’il forme avec le DJ anglais CJ Bolland, aux manettes ici). Mais ni Tom Barman, ni les autres membres du groupe, et certainement pas nous, souhaitons que cette aventure s’achève en si bon chemin. Certes, les lignes bougent quelque peu… A l’exception du « Drop Shot » inaugural, composé par Antoine Pierre dans la lignée de son Next.Ape, pratiquement tout l’album rassemble des chansons signées du chanteur anversois et du saxophoniste d’adoption new-yorkaise Robin Verheyen. Oui, vous avez bien lu, nous avons écrit « chansons ». Ce troisième album de TaxiWars est de fait un peu plus « pop / rock » que ses prédécesseurs qui dérogeaient peu aux affinités que le rap et le jazz se découvrent mutuellement. Oui, Tom Barman chante un peu plus, et en effet, Robin Verheyen s’assoit de temps à autre devant les claviers. Pas de malaise à avoir, « Artificial Horizon », se découvrira lui aussi dans les clubs à taille humaine, où les mots « rencontre » et « énergie » trouvent leurs meilleurs adeptes.

TaxiWars en tournée : à l’Ancienne Belgique de Bruxelles le 10 novembre et au Reflektor de Liège le 11 novembre.

L’entretien avec Tom Barman, réalisé par Jean-Pierre Goffin pour JAZZAROUND MAG se trouve ICI

De Beren Gieren,

Broensgebuzze EP

SDBAN RECORDS

Chez les Belgo-hollandais De Beren Gieren, chaque effort semble être scientifiquement calculé. Jamais un coup de cymbale de trop, quelques notes de piano réfléchies, une contrebasse aux abois… Guère plus, ce ne serait pas nécessaire. Pour fêter ses dix ans d’existence, le trio emmené par le claviériste gantois Fulco Ottervanger nous propose un double événement. Il y a d’abord (eu) une tournée de chapelles qui a parcouru le Japon, la Belgique ainsi que les Pays-Bas et qui s’achèvera à la Sint-Jacobskerk de Bruges ce 14 novembre. Puis il y a ce « Broensgebuzze EP », un mini-album disponible sur plateforme ou sous la forme d’un vinyle dix pouces… Une piqûre de rappel en quelque sorte qui gratte dans les enregistrements précédents quelques sons et quelques silences pour en faire une nouvelle œuvre… Tout ceci étant d’une cohésion inattendue, l’art de l’improvisation porté à son sommet !

 

Joseph « YT » Boulier