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Mâäk, Buenaventura

Mâäk, Buenaventura (WERF)

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Mâäk est assurément une des formations les plus créatives et innovantes de Belgique. Il est vrai que son fondateur, le trompettiste Laurent Blondiau, a participé  à toutes les grandes aventures de la scène belge et européenne : Brussels Jazz Orchestra à ses débuts, Aka Moon (album Invisible Sun), Dreamtime de Kris Defoort, Variations on a Love Supreme, Trio + Extensions de Nathalie Loriers, Rêve d’Eléphant Orchestra, Octurn, Mixtuur et, actuellement, le Megaoctet d’Andy Emler. Aussi n’est-ce pas étonnant si notre trompettiste a reçu, en 2009, le prix « meilleure révélation européenne » de l’Académie du Jazz en France. Depuis ses débuts, à la fin des années ’90, Mâäk s’est voulu formation à géométrie variable, multipliant les projets et les collaborations à travers le monde (Gnawa Express de Tanger, percussions du Bénin, voix d’Afrique du Sud) avec une constante, pour ce qui est de la production discographique, la présence de Jeroen Van Herzeele au saxophone ténor : que ce soit sur l’album Live en quartet de 1998, Le Nom du Vent (2002), Al Majmaa (2204), 5 (2006) ou Stroke (2008). Depuis 2010, autour de Laurent et de Jeroen, s’est constituée une phalange de base réunissant Michel Massot (trombone, tuba) et Guillaume Orti (saxophoniste alto français, membre de Kartet, du Megaoctet et d’Octurn, de l’album 21 Emanations de 2006 à North Country suite de 2207). Pour ce projet, sont également invités, selon les plages, le contrebassiste français Claude Tchamitchian (un pilier du Megaoctet), le guitariste allemand Norbert Scholly (qu’on avait découvert en trio à la Jazz Station ainsi qu’au Centre Culturel d’Ans en 2010) et deux musiciens hongrois croisés notamment lors d’un séjour de Mâäk à Budapest en septembre 2010. D’une part, le guitariste Gabor Gado, membre du quartet du saxophoniste français Mathieu Donarier (avec qui Laurent a joué) et le batteur-percussionniste Tamas Geröly, membre du quintet Del-Alföldi, découvert à Rossignol en 2004 et invité par Laurent Blondiau, comme la percussionniste Marilyn Mazur, lors de la création commandée par le Gaume Jazz Festival en août 2010 (par parenthèses, quel dommage que ce concert n’ait pas fait l’objet d’un enregistrement, pour les nostalgiques, signalons que l’arrivée en fanfare de la formation est mise en ligne sur You Tube). La formation à géométrie variable réunie ici est donc le fruit de multiples rencontres. Reflet parfait de ces différentes expériences, le répertoire de cet album de 71 minutes est résolument éclectique, contrasté et volontiers libertaire comme le souligne le titre de l’album dédié à Buenaventura Durruti, figure légendaire de l’anarchisme et de l’anti-franquisme en Espagne. Comme sur les albums précédents, plusieurs plages sont consacrées à des improvisations-compositions collectives d’un esprit volontiers free, que ce soit en quintet (les quatre souffleurs plus Tamas Gerôly sur Bi af Kafsa), en sextet (avec, en plus, la contrebasse de Claude Tchamitchian sur Dawning) ou en septet (Norbert Scholly venant s’ajouter, à la guitare, sur Moodscapes). Pour le reste, les différents membres de la formation (à l’exception de Michel Massot) ont participé au travail d’écriture. Le plus prolixe se révèle être Guillaume Orti avec un enflammé Buenaventura, un tonique G.G. Rage dédié à Gabor Gado et cet Aller-retour pour lequel le quintet de base accueille de nouveaux invités : Joao Lobo (batteur du trio de Manu Hermia) et trois saxophonistes de la nouvelles scène bruxelloise, Jordi Grognard (saxophone soprano), Audrey Lauro (saxophone alto) et Grégoire Tirtiaux (saxophone baryton). Pour sa part, Laurent Blondiau a composé un thème aux accents africains (la plus belle plage de l’album), Niu Kojo dédié à la famille Anagoko, célèbre dans le monde de la percussion au Bénin. Jeroen van Herzeele a composé Gratitude, un morceau dédié à la vocaliste Anne Van der Plassche qui a collaboré à Mâäk par le passé. Tamas Geröly a proposé de reprendre un air traditionnel hongrois qu’il introduit au gardone, un instrument hongrois dont certaines cordes sont percutées et d’autres pincées. Enfin, Gabor Gado, d’une part, a écrit Lacrimosa, une mélodie langoureuse aux accents de musique ancienne et reprend Modern Dances for Advanceed in Age, un thème qu’il avait déjà enregistré avec Mathieu Donareier et qui prend ici des allures de Liberation Music Orchestra. L’album se clôt, en sourdine, sur une Contine à ressort où la trompette bouchée de Laurent et le c-melody sax (saxophone en ut) de Guillaume se marient à l’archet de Claude Tchamitchian et au glockenspiel de Tamas Geröly. Ce nouvel album se présente comme un véritable kaléidoscope d’influences et de courants musicaux : un instantané dans la vie tumultueuse de Mâäk puisque nos quatre mousquetaires préparent déjà un nouveau projet avec une ancienne complice, la chanteuse tunisienne Ghalia Benali : MW’Soul pour lequel Laurent, Jeroen, Guillaume et Michel sont rejoints par Marfadhel Adhoum (oud) et Joao Lobo (percussions). Concert prévu le 3 avril au club De Werf à Bruges et plus si affinités…
Claude Loxhay

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