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Melanie De Biasio, No Deal

www.melaniedebiasio.com

 

« NO DEAL »  ou l’art de l’épure !

Un peu plus de cinq ans après son premier album, « A Stomach Is Burning » (Igloo Records), le nouveau Melanie De Biasio est enfin arrivé. Cinq ans de concerts, de festivals, de rencontres pour elle, d’attente pour nous. Et, dès la première écoute, « No Deal » pose le problème du genre, du classement dans une catégorie musicale. Mais comme dirait Miles Davis : So what ? 

Le climat dominant de « No Deal » est faussement tranquille, le groove creuse, la soul transpire par tous les pores de la galette. Mais attention, les vibrations sont bien sous contrôle, et donc plus puissantes encore, comme le résultat d’une lente maturation, couronnée par un sens de l’épure, de la note juste. L’approche minimaliste de son art du chant rappelle le travail d’une grande lady de la note bleue, Sheila Jordan, LA Jordan de Baltimore Oriole sur « Portrait Of Sheila » !

Mais, De Biasio est aussi d’abord une compositrice, une auteure et même une productrice, donc responsable de bout en bout du son qui sort des enceintes. Il se dit que le regretté Marc Moulin aurait aimé coproduire l’album. Cette histoire, qui circule en coulisses, on la croit volontiers. En effet, ces deux-là partagent une même volonté de maîtriser les processus qui conduisent une mélodie naissante au stade d’un titre enregistré et destiné à l’universel. Avec Marc, Melanie partagera sans aucun doute aussi les froncements de sourcils des grands prêtres de la note bleue. So What ?

Petite parenthèse, quand Jazzaround était encore imprimé, distribué d’Arlon à Ostende, en passant par Paris, Melanie De Biasio nous avait été révélée par Orange Kazoo, un groupe inclassable, déjà !

Feel You, le premier titre de « No Deal » évoque l’atmosphère de Fever, un standard composé par Eddie Cooley et John Davenport, devenu un grand classique par l’interprétation de Peggy Lee. Sur « No Deal », Feel You dure une minute et 43 secondes ! Comme une mélodie pour ouvrir ce qui pourrait être interprété comme une suite, avec ses mouvements et ses leitmotives.

Entourée de Pascal Mohy au piano, de Pascal Paulus aux synthés et clavinet – et qui cosignent plusieurs titres – « No Deal » est également porté par la science des rythmes de Dré Pallemaerts, dont le rôle joué en studio saute aux oreilles. En effet, la façon dont les cymbales et les peaux frappées par les mailloches parviennent aux oreilles rappelle l’orfèvrerie des premiers enregistrements de Jon Christensen pour le label ECM.

« No Deal » livre une Mélanie De Biasio en artiste totale. Et, à l’image de l’histoire du jazz, comme une éponge, elle est traversée par de multiples influences, par les rythmes de la rue, ici et maintenant. On ne compose pas avec un tel sens de l’épure et de la dramaturgie sans avoir cheminé, travaillé, dialogué et multiplié les expériences. Ainsi, vers la fin de l’album, Melanie propose sa version d’I’m Gonna Leave You de Rudy Stevenson, une mélodie rendue célèbre par Nina Simone, en ajoutant de la  densité, entre autres par l’instrumentalisation du halètement qui théâtralise la déclaration !    

Dans son papier consacré à « No Deal », un confrère du Nord annonce une année 2013 faste pour la pop belge, grâce à Mélanie De Biasio, la Wallonne, qu’il dit découvrir ! Bart Steenhaut (De Morgen) n’a pas tort. « No Deal » relève bien de la musique populaire, et servira le jazz en élargissant encore le cercle des initiés.

Philippe Schoonbrood

« No Deal » est sorti le 18 mars dernier sur le label Play It Again Sam (PIAS BELGIUM)