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Nabou Claerhout

Nabou Claerhout

A l’occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes, Jazzaround s’associe à London Jazz News (Angleterre), Citizen Jazz (France) et Jazz’halo pour publier un entretien avec la jeune tromboniste anversoise Nabou Claerhout.

La tromboniste et compositrice belge Nabou Claerhout a célébré à la fin de l’année 2019 la sortie de “Hubert”, le premier EP de son groupe appelé NΔBOU. Ce denier existe depuis 2016 et travaille à la sortie d’un album complet pour 2021. À l’approche de la Journée internationale de la femme, Nabou s’est confiée à Amy Sibley-Allen à propos de ses influences musicales, de ce qu’elle compose, mais aussi de ce que cela représente d’être une des rares femmes à jouer du trombone.

Traduction : Paméla Malempré (Aubergine Artist Management)

LondonJazz News : Avez-vous toujours voulu être musicienne et compositrice ?

Nabou Claerhout : Non, je voulais être actrice, mais mes professeurs me disaient que j’étais douée pour la musique. J’ai commencé à jouer du trombone à l’âge de huit ans. Je jouais en cours, mais je n’y touchais jamais à la maison ! Je me suis alors rendu compte que peu de musiciens jouaient du trombone ou composaient pour cet instrument. C’est là que tout a commencé – j’ai senti que les gens aimaient ce que je faisais, alors je me suis dit : continuons !

Pourquoi le trombone ?

Ma mère m’a dit qu’il fallait que je tombe amoureuse d’un instrument. Je voulais jouer de la harpe mais c’était trop cher, puis j’ai voulu jouer de la batterie mais c’était trop fort – alors je me suis retrouvée avec le trombone. Ma mère a toujours rêvé d’un fils qui jouerait de la trompette, donc une fille qui jouait du trombone était asssez proche ! Au début, je voulais en jouer parce que je voulais être la seule fille à le faire, mais maintenant j’espère vraiment que plus de femmes – et d’hommes d’ailleurs – apprendront à en jouer.

(c) Petra BECKERS

Vous avez étudié avec quatorze trombonistes chez Codarts à Rotterdam, y avait-il un mélange d’hommes et de femmes ?

Il y avait quelques femmes en plus de moi : Ebba Åsman, Sonja Beeh et Els Verbruggen – qui sont toutes géniales ! Je ne me suis jamais sentie « la fille », je n’étais qu’une autre tromboniste avec les mêmes gammes à pratiquer ! En dehors de ce cercle, les gens me remarquaient : « Oh, tu es une fille, tu es spéciale ». Les gens me trouvent « spéciale » pour de nombreuses raisons – je suis tromboniste, je suis une femme et je suis noire. Mais je m’entraîne parce que je veux être une grande joueuse de trombone. Je veux que les gens m’écoutent parce que je suis une grande tromboniste ou une grande compositrice, pas pour autre chose. J’ai la chance d’être managée par deux femmes et un homme. Aussi, j’ai grandi avec ma mère seulement, donc je sais que je n’ai pas besoin d’homme pour être forte. En tant que femme tromboniste, vous êtes toujours sur les photos publicitaires – je suis sur le côté d’un camion Codarts, par exemple, ce qui est assez bizarre.

Y a-t-il des femmes musiciennes, trombonistes ou compositrices qui vous ont inspirée ?

Pas vraiment, sauf peut-être Erykah Badu et Esperanza Spalding. Ce sont des femmes, mais ce n’est pas la raison pour laquelle j’aime leur musique. Je pense qu’elles sont toutes deux de bons exemples de femmes qui n’utilisent pas leur genre, justement. C’est toujours étonnant de voir une femme talentueuse jouer ou composer. Les femmes chefs d’orchestre sont toujours super cool !

Vous avez mentionné dans une précédente interview que, enfant, vous vouliez épouser le tromboniste de jazz et de funk Fred Wesley. Votre son est très différent, dites-moi comment vous avez trouvé votre propre voie avec le trombone.

J’essaie de trouver une voie différente, tout le monde le fait. J’ai eu cette conversation avec un guitariste à Londres récemment. C’est plus difficile de trouver un nouveau son avec la guitare parce qu’il y a eu tellement de guitaristes qui sont passé avant vous. Avec le trombone, beaucoup de choses ne se sont pas encore passes. Bien sûr, tout ce que je fais n’est pas nouveau, mais pour nous, les trombonistes, nous avons de la chance, nous sommes moins nombreux. Les gens me demandent toujours quel est le genre NΔBOU. J’ai grandi avec la musique de Earth, Wind and Fire, Prince, Maceo Parker, Erykah Badu. Mon frère écoutait beaucoup de musique classique et d’opéra, j’avais donc déjà une base très riche au sein de ma famille. Ces choses ont fait de moi Nabou Claerhout avant même que je ne commence à jouer et à écrire de la musique.

(c) Petra BECKERS

Vous ne voulez pas que votre musique soit mise dans une boîte ?

Vous pouvez me mettre dans une boîte mais je suis surprise quand je vois ça. Je vois que mon vinyle est dans la « boîte » du jazz moderne et je suis comme wow, je ne savais pas que je faisais du jazz moderne (rires).

Félicitations pour votre récent premier EP, Hubert, de votre groupe NΔBOU. Il s’agit d’un superbe quatre-titres avec vous-même, Mathias Vercammen (batterie), Trui Amerlinck (basse) et Roeland Celis (guitare). Vous devez en être très heureuse ?

Merci de l’avoir écouté ! C’est génial d’entendre des gens aimer ce que j’écris dans ma chambre. Quand nous avons commencé en 2016, nous avons surtout joué des reprises de musiques d’autres musiciens de jazz. Puis j’ai commencé à écrire de la musique, donc ça a beaucoup changé, j’ai personnellement beaucoup changé – j’étais jeune, je le suis encore (rires).

Vous avez tout composé sur l’EP ?

Oui. Un des titres, Components, a été écrit avant mon passage à la Royal Academy of Music (RAM). Tout le reste a été composé pendant mon séjour au Royaume-Uni.

Votre séjour à Londres a vraiment influencé votre musique et vos compositions. Pouvez-vous me parler de votre processus d’écriture et de son évolution ?

J’ai passé deux ans à Londres, et la musique que j’écris aujourd’hui est définitivement différente, on peut entendre un avant et un après. J’écris au piano, jamais au trombone. Peut-être que vous ne devriez pas inclure cela dans l’interview, mais je n’aime pas vraiment écrire pour le trombone ! J’aime me concentrer sur d’autres instruments, comme la guitare, car cela me donne une autre influence. Mes cours de théorie à la RAM m’ont donné une toute nouvelle perspective. J’ai fait des recherches sur le système D.R.O.P de Mark Guiliana, qui signifie Dynamic, Rate, Orchestration and Phrasing (dynamique, cadence, orchestration et phrasé). Il s’agit de savoir comment improviser sur une batterie, comment être plus flexible avec ces quatre éléments. J’écris toujours de la musique au piano, mais j’ai commencé à utiliser D.R.O.P dans mes compositions comme un élément de base. Maintenant, je pars donc souvent d’un point de vue technique.

(c) Petra BECKERS

Faites-vous une pause en ce moment ? Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Je suis censé écrire de la nouvelle musique. Nous prévoyons d’enregistrer un album complet qui sortira en 2021. NΔBOU existe depuis quatre ans, et nous jouons la même musique depuis lors. Nous sommes excités par les nouveaux morceaux à travailler. Nous avons 10 à 15 concerts dans notre agenda en ce moment et nous cherchons des festivals d’été. Je travaille également sur un projet en duo avec Mathias Vercammen, le batteur de NΔBOU. Nous enregistrons actuellement des démos, mais c’est quelque chose que nous allons essayer de mettre en place. Cela vous aide à devenir plus fort en tant que musicien quand vous êtes deux. 

Pas de projets pour Londres en ce moment ?

Non, mais j’adorerais jouer à Londres avec NΔBOU. Peut-être que je pourrais aussi jouer avec de vieux amis – Londres foisonnent de musiciens incroyables !