Sylvain Rifflet, Troubadours mar12

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Sylvain Rifflet, Troubadours

Sylvain Rifflet, Troubadours 

L’AUTRE DiSTRIBUTION

Diplômé du Conservatoire de Paris, le saxophoniste Sylvain Rifflet a côtoyé de grands noms de la scène française, de Michel Portal à Louis Svlavis, mais aussi américaine comme Joey Baron, Jim Black ou Jon Irabagon. Couronné par le Prix Django d’Or Nouveau Talent, il a enregistré plusieurs albums personnels : « Rockingchair » dès 2007; puis « 1:1″ en 2010; « Alphabet » en 2012, avec Jocelyn Mienniel à la flûte et déjà le percussionniste Benjamin Flament; « Perpetuel Motion », en hommage au compositeur américain Moondog, en 2014; « Mechanics » en 2015 et « Refocus » en 2016, avec un ensemble à cordes. Chez ce saxophoniste qui admire Stan Getz tout autant que le minimalisme américain, une dominante réside dans la recherche d’invention et d’innovation. Pour « Troubadours », ce projet qui vise à rendre hommage à la poésie courtoise, il veut s’inspirer de la musique médiévale monodique accompagnée de percussions et d’un bourdon. D’où le choix de Benjamin Florent qui a conçu son set de percussion sur mesure : éléments de batterie, cloches, gongs, métaux et métallophone. Fondateur du groupe Farmers, Flament est aussi membre de Radiation avec Aymeric Avice (trompette), Fidel Fourneyron (trombonne) et Hugues Mayot (saxophone alto), groupe dans lequel il joue du vibraphone. D’autre part, Rifflet a fait appel au trompettiste finlandais Veneri Pohjola qu’il avait déjà croisé pour son projet Acous-Matic, soit un instrumentiste qui, pour lui, « fait la synthèse des grands trompettistes de jazz, de Kenny Wheeler à Arve Henriksen« . En 2015, Pohjola a enregistré « Bulkhorn », en quartet, avec le pianiste Aki Risanen, un groupe avec lequel il s’était produit au festival Jazz Brugge! en 2014. Pour répondre à la présence d’un bourdon, à côté de son ténor, sa clarinette et clarinette basse, Rifflet utilise un harmonium et un shruti-box, instrument indien à soufflet qui permet d’obtenir des effets de bourdon, trame sur laquelle les souffleurs viennent broder leur mélodie. Cette volonté de replonger dans la musique médiévale avait inspiré différents musiciens de jazz par le passé, chez Albert Mangelsdorff qui, avec son quintet de 1964, interprétait Es sungel drei engel, composition du 13e siècle et Pirli Zurstrassen, à la tête du septet H en 1988, interprétait Gaude Felix Francia, un thème du 11e siècle. Par ailleurs, l’idée de bourdon se retrouve, en partie, au sein du groupe Bûcher des silences, avec la vielle de Valentin Clastrier ou dans le projet Orange de Michael Riessler, avec l’orgue de barbarie de Pierre Charial. La particularité de la démarche de Sylvain Rifflet est d’intégrer ces influences de musique médiévale mais aussi de musique répétitive dans un projet de musique modale. Au répertoire, huit compositions originales dédiées chacune à un troubadour, auxquelles s’ajoutent I’vo’bene, thème de Ghirardello di Firenze (14e siècle) et… The Peacock de Jimmy Rowles, une mélodie chère à Stan Getz. Au ténor, Rifflet possède une sonorité chaude, lisse, sans aspérité qu’il double parfois avec la sonorité grave de sa clarinette basse (Béatrice de Die, I’vo’bene) clarinette qui, à l’occasion, prend des allures de didgeridoo (Alberico da Romano). Veneri Pohjola, pour sa part, a une sonorité claire, qu’il voile parfois à l’aide d’une trompette bouchée (The Peacock). Sur la trame du bourdon (notamment très présent sur Eble de Ventadour et Azalais de Porcairagues), le dialogue entre les deux souffleurs s’accompagne de différents effets de percussion (tambour sourd sur Sordello da Goito, tambourins sur Eble, cloches et gongs (Le murmure) cymbales et clochettes (I’vo’bene). Le rythme est souvent lancinant, d’allure processionnelle (Sordello, Béatrice) mais, parfois, s’accélère (Alberico da Romano, Bertran de Born), comme pris dans un tourbillon. Un projet qui fait preuve d’originalité.

Claude  Loxhay