Chicago a le blues… (part one) août21

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Chicago a le blues… (part one)

Jimmy Johnson © Lola Reynaerts

C’est un événement incontournable pour tout amateur de blues. Malheureusement, le Millenium Park de Chicago aura vainement attendu les fans cette année… « In response to COVID-19 » la trente-septième édition du Chicago Blues Festival a finalement dû être annulée. Avec une pointe de nostalgie mais aussi avec beaucoup d’enthousiasme, notre chroniqueuse « blues », Lola Reynaerts, nous dresse son compte-rendu des trois jours de l’édition 2019… Celle à laquelle elle a pu assister ! Deuxième partie ici, troisième partie ici.

Après avoir parcouru le Sud des États-Unis de fond en comble pendant deux mois, avoir épuisé toutes les danses avec ce charmant Ellis Coleman au célèbre Red’s Juke Joint à Clarksdale sur le lancinant Mississippi Hill country blues de Terry Harmonica Bean. Après avoir marché sur les pas de Charley Patton et de Robert Johnson avec émotion. Après avoir cru en Dieu en l’espace d’une messe gospel à la Tabernacle Church en écoutant Al Green les yeux ébahis devant cet artiste. Après m’être assise durant des heures devant ce fleuve bourré d’histoire et tellement romantique qu’est le Mississippi. Et enfin, après avoir goûté toutes les spécialités frites, fried pickles, hushpuppies, catfish (et j’en passe..) c’est avec un plaisir immense que je rejoins le Nord et plus précisément Chicago, après un bref arrêt à Saint-Louis dans le club Jazz & Blues Soups de Marquise Knox.

« J’ai cru en Dieu l’espace d’une messe gospel en écoutant Al Green à la Tabernacle Church »

Avant de participer avec grande excitation au Chicago Blues Festival pour la première fois, je profite de quelques jours libres pour me plonger dans l’ambiance des clubs de Chicago que j’aime tant. Premier arrêt au Kingston Mines avec Corey Dennison Band et Vance Kelly pour bien démarrer les hostilités. Un coup de Malört et c’est comme si je n’avais jamais quitté la Windy City. Et ça démarre très fort par la découverte d’un guitariste hors pair, Matt Hendricks, pour un « early set » au Buddy Guy’s Legend où Monsieur Buddy Guy, accoudé à son comptoir, m’accorde un sourire, une photo et une chaleureuse poignée de main. Un petit tour au Green Mill, non pas pour leurs cocktails qui ne sont pas terribles mais pour l’envoûtant Alfonso Ponticelli & Swing Gitan.

Aiguillée par mon ami Robert Sacre, mon mentor en matière de blues, je mets les pieds pour la première fois au Delmark Records. Une rencontre de presse y est organisée chaque année avant le festival afin de promouvoir les artistes qui se produiront sur les différentes scènes du festival.

Cette année Jimmy Johnson, qui a fêté ses 90 ans en novembre dernier, était à l’honneur. La crème des bluesmen de Chicago était présente,  Jimmy Johnson, Jimmy Burns, Mike Wheeler, Gerry Hundt, Breezy Rodio, Linsey Alexander, Willie Buck, Dave Specter, Guy King. Les interviews et les photos se succèdent. Merci à Elbio Barilari et Julia a. Miller, heureux organisateurs depuis plus d’un an maintenant, pour leur accueil chaleureux.

Jimmy Burns © Lola Reynaerts

Je suis prête pour ces trois jours de musique intensive. Une affiche qui nous met à tous l’eau à la bouche. J’ai 27 ans et souvent, je regrette de ne pas être née plus tôt. De ne pas pu avoir vu sur scène tous les artistes que j’écoute chez moi, en Belgique, mais ce festival me réconcilie avec mon âge… et son affiche me le prouve.

Vendredi 7 juin,  le plus grand festival de blues (gratuit !) ouvre ses scènes … Chaque année des milliers d’amateurs de blues, de journalistes et de professionnels s’y rencontrent dans un seul but : partager le plaisir et les émotions que procure cette musique issue des entrailles des hommes. C’est avec une excitation certaine que je me rends à 11h, sous un soleil de plomb, sur le site situé en plein cœur de Chicago dans le Millenium Park. Premier arrêt, la tente des accréditations où m’attend mon pass photo. J’y croise Elbio Barilari, le propriétaire de Delmark Records, qui me fait visiter les lieux ainsi que « Le village », espace consacré aux labels, sponsors, ville de Chicago et à la Front Porch Stage. Je continue mon périple, d’un côté la Mississippi Juke Joint Stage, de l’autre le Budweiser Crossroad Stage. J’arrive au Jay Pritzker Pavillon qui sera dédié aux plus grands noms du festival. Premier arrêt : le Mississippi Juke Joint Stage… Tiens donc, à croire que le Delta me manque déjà. Jimmy Burns on stage, qui me réserve un très bel accueil et me fait sentir un peu chez moi … « Hey there little Belgium ». Jimmy Burns est l’un des artistes les plus populaires du Chicago Southside. Je le traque clichés après clichés lors de ses tournées européennes et à Chicago. Il est né en 1943 dans une plantation du Mississippi et on peut encore ressentir dans sa voix qu’il a grandi au milieu d’églises et de chants gospel. Il a définitivement cette touche du Delta en lui qui me séduit tant. Sa nièce, Queen Beautiful le rejoint sur scène le temps de « I’m a woman » de Koko Taylor qu’elle interprète de toute son âme et sa féminité.

Benny Turner & Kate Moss © Lola Reynaerts

Benny Turner and the Real Blues, n’étaient pas dans mon programme parce que devant une affiche aussi riche, des choix s’imposent… Mais je n’ai pu résister ! Un détour qui a finalement duré tout le concert. Habits de cowboy du Texas, là d’où il vient, guitare basse, le petit frère de Freddy King m’a envoûtée. Entouré de musiciens talentueux tels que Kate Moss, les cheveux au vent, il nous fait cadeau de quelques solos de guitare. Benny enchaîne des titres originaux ainsi qu’une chanson de B.B. King. Il invite Joanna Connor, habituée des scènes et des clubs de Chicago, à le rejoindre. Deux guitaristes, deux solos de guitare… Du lourd !

Je cours voir la fin du concert de Bob Stroger sur la Front Porch Stage, je prends au fil des morceaux conscience des musiciens qui me font face… Bob Stroger a été le bassiste de célèbres bluesmen tels que Sunnyland Slim pendant 25 ans, de Muddy Waters, Howling Wolf, Pinetop Perkins band. C’est avec beaucoup d’humilité que je lui vole quelques clichés.

The Prince of the Delta Blues joue sur le Mississippi Juke Joint Stage, des femmes donnent de la voix comme hypnotisées par le timbre de la sienne. La question ne se pose plus, il porte son surnom à merveille. « We can’t be in Chicago without playing a Muddy song », tous vêtus de rose c’est sous les applaudissements qu’ils enchaînent le célèbre titre de Muddy Waters « Got my Mojo Working ».

Guy King & Chris Cain © Lola Reynaerts

Je cours écouter mon ami Gerry Hundt et son legendary One Man Band au Park Grill Stage. Je peux vous confier que Gerry vit pour la musique, se produisant tous les lundis et mercredis soirs jusqu’aux petites heures au Kingston Mines avec Corey Dennison. Il enchaîne les lieux tels que Smoke Daddy et Taylor StreetTap avec son One Man Band. Gerry est un multi instrumentiste. Batterie au pied, guitare à la main, parfois un harmonica ou un kazoo au cou, c’est avec poigne qu’il interprète pile au moment où j’arrive une chanson que j’affectionne tout particulièrement « It Hurt Me Too » enregistrée pour la première fois par Tampa Red et ensuite par Elmore James. Un « Broke and Hungry » de Sleepy John Estes. Chanson qu’il reprend à la mandoline avec Corey Dennison sur l’album récemment enregistré pour le 65ème anniversaire du label Delmark Records.

Sur la Budweiser Crossroad Stage : Guy King. Une explosion de notes résonne dans le parc. Pas de pédales, pas d’effets… Juste les mains et le cœur, surtout le cœur ! Guy King et sa Gibson sont seuls sur scène pour entamer le set. Le public se presse de plus en plus, je croise des musiciens tels que Matt Hendricks et Jennifer Millingam (Lill’red Rooster) venus écouter ce géant de la guitare. Sous un tonnerre d’applaudissements Chris Cain « special guest » fait son entrée vêtu de sa célèbre salopette. Dents du bonheur et sourire aux lèvres pour tout le monde ! Chris Cain est l’un des musiciens les plus énergiques que j’ai eu la chance de voir. Pour terminer, Chris Cain se place au piano, Jimmy Johnson devait faire une brève apparition mais nous n’avons pas eu le plaisir de le voir. Ils terminent le concert par « Alone in the City » chanson de Guy King sur son album By Myself. Des applaudissements chaleureux, une file qui s’allonge aux cd. Un public conquis !

Charlie Musselwhite © Lola Reynaerts

Direction le Jay Pritzker Pavillon, ou je compte bien passer la fin de soirée et le début de la nuit … J’ai l’impression que l’affiche du vendredi soir a été conçue spécialement pour moi. Le premier à ouvrir les festivités est le grand harmoniciste Charlie Musselwhite, que j’ai eu la chance de rencontrer il y a un mois à Clarksdale lors de la projection du film Cadillac Records en plein air au Delta Blues Museum. J’avais déjà eu la chance de le voir sur scène à Bruxelles aux côtés de Ben Harper. Une reprise de « Bad Boy » d’Eddie Taylor qui plaît au public. A ses cotés un jeune groupe énergique au groove étonnant.

Il invite Billy Boy Arnold sur scène, deux harmonicas côte à côte, la fête est totale ! B.B. King, Little Walter ainsi que James Cotton son ami de longue date rencontré à l’auditorium de Memphis pour l’ouverture de Chuck Berry… Rien que ça. Charlie termine son set avec une chanson « Strange Land » qu’il a écrite lors de son arrivée à Chicago alors qu’il n’avait que 16-18 ans, et qui figure sur son premier album. « Nobody knows me, nobody knows me, nobody know who I am. Well I’m just a stranger in a strange land » Il en a fait du chemin depuis…

« Où que je sois, tous les 7 juin, je boirai un verre à l’occasion du Jimmy Johnson Day »

J’avais hâte de revoir Jimmy Johnson. Un court documentaire en son honneur est projeté sur grand écran. Mesdames, Messieurs … Notez dans votre agenda que le 7 juin est officiellement le « Jimmy Johnson Day ». La maire de la ville récemment élue, Lori Lightfoot a proclamé que le 7 juin sera désormais « le Jimmy Johnson Day à Chicago ». Où que je sois, tous les 7 juin, je boirai un verre en son honneur ! Il a reçu cette déclaration avec l’humilité qui le caractérise et a fait ce qu’il sait faire de mieux … il a pris sa guitare et nous a fait le cadeau d’une heure de bonheur total. A 90 ans, sa voix si particulière a enflammé le pavillon. Sa chanson « Cold Cold Feeling » de son album « Bar Room Preacher » me procure une émotion toute particulière. Et comme il a coutume de le dire : « Être en lien avec les autres, c’est là le secret de sa longévité et de son succès ».

Bob Stroger © Lola Reynaerts

Bobby Rush © Lola Reynaerts

The one and only Bobby Rush, récemment récompensé du « meilleur album traditionnel de blues » aux Blues Music Awards avec son album « Porcupine Meat », fait une entrée fracassante sur scène, accompagné de deux demoiselles. Vêtu d’un costume jaune à paillettes il met le feu. Des femmes se trémoussant au son funky de ses chansons crient son nom, ce qui l’encourage a continuer ses frasques de plus belle. Une culottes géantes, des fesses qui chantent, Bobby Rush, parfois déguisé en Michael Jackson ou Elvis est un vrai showman et tombeur de ces dames. Moi-même, je suis sous le charme ! Il termine par « Porcupine Meat » et « Funk O’ De Funk »  issus de son dernier album. C’est avec un sourire jusqu’aux oreilles que je repars de ce festival incroyable, impatiente de ce que me réservent les deux prochains jours.

Suite de ce reportage ce vendredi 28 août…

 

 

Lola Reynaerts