Chicago a le blues… (part three) sept04

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Chicago a le blues… (part three)

Monster Mike Welch © Lola Reynaerts

Voici la fin du reportage réalisé par Lola Reynaerts (première partie ici, deuxième partie ici). Un retour éclairé et éclairant sur l’édition 2019 du plus grand festival de blues mondial… Comme si vous y étiez !

Elle commence fort cette journée ! Il est 11h et je cours déjà entre deux scènes. La Fronch Porch Stage pour Willie Buck que j’ai découvert à la réception de Delmark Records chez lesquels il a enregistré un nouvel album «Willie Buck Way». Un «I Live the Life I Love and I Love the Life I Live» de Willie Dixon, son costume rouge flamboyant et sa voix de baryton illuminent ce matin gris.

Un jump jusqu’à la Budweiser Crossroad Stage pour écouter Omar Coleman, un jeune chanteur – harmoniciste qui a grandi dans le «Louise ’s Lounge» de sa maman où des artistes tels que Tyrone Davis et Bobby Rush avaient l’habitude de faire escale. Il m’a carrément transmis l’énergie dont j’avais besoin pour cette journée. Accompagné de son harmonica il fait danser la foule qui en redemande, sur des hits de Al Green et sur le célèbre «Night Fishing» de Bobby Rush. Je suis prête pour cette journée !

RL Boyce © Lola Reynaerts

C’est presque en sautillant que je rejoins la Mississippi Juke Joint Stage où du délicieux Mississippi Hill Country blues m’attend avec R.L Boyce et son acolyte Lightnin Malclom à la batterie et à la guitare, que j’ai eu la chance de photographier quelques semaines auparavant lors d’une session d’enregistrement pour le nouvel album de Ghalia Volt au Zebra Ranch Studio à Coldwater, MS, célèbre studio du musicien James Luther Dickinson dont le fils Luther Dickinson joue de la guitare sur le premier album «Ain’t the Man’s Alright» de R.L. Boyce. Le fameux R.L. Boogie qui résonne dans le chapiteau, Lightnin Malcolm qui pète une corde dès la première chanson et quelques problèmes techniques rapidement résolus… C’est reparti pour groover. Des images du Juke Joint Festival de Clarksdale, où le Moonshine coulait à flot, ressurgissent. J’aime ce son, chaque note me procure des frissons.

Toronzo Cannon © Lola Reynaerts

Retour à Chicago avec Toronzo Cannon et son drapeau de l’Illinois fièrement porté autour de La taille. Des fans qui se prennent en selfie avec lui. Un premier cd en 2006, deux autres chez Delmark Records en 2011 et 2013 pour finalement prendre racine chez Aligator Records en 2016 avec un petit nouveau qui nous attend fin d’année.

Un lancer de chapeau dans le public, une guitare et un ampli aux couleurs de l’Illinois. Sa fille de 17 ans prend les commandes du groupe le temps d’une chanson «Ain’t No Sunshine». Un public conquis. J’entends la dernière chanson de Zac Harmon à la Mississippi Juke Joint Stage. Une reprise de la célèbre chanson de Bob Dylan «Knockin’ on Heaven’s Door» qu’il reprend en fin de concert en l’honneur des Hommes qui ont servi les États-Unis. Des vétérans se sont levés et ont chanté avec lui.

Direction le Jay P. Pavillon pour les 3 derniers concerts. Larkin Poe ouvre le bal. Groupe composé de deux sœurs, Rebecca à la guitare et Megan à la slide. Plus rock que blues, d’une énergie redoutable, c’est un peu deux extraterrestres dans ce festival. Provenant de Georgie, leur premier amour reste le bluegrass. Elles ont découvert le blues il y a quatre ans, pour lequel elles développent à présent une passion et un intérêt. Une reprise bienvenue de Son House «Preachin Blues», elles enchaînent sur une chanson un peu plus personnelle sur des voix «qu’elle entend dans sa tête, qu’elle aimerait faire partir une bonne fois pour toute»… «Freedom» que l’on peut retrouver sur leur album «Peach». Retour à leur premier amour pour une reprise au banjo de «John the Revelator» écrite par Blind Willie Johnson.

Larkin Poe © Lola Reynaerts

C’est avec une émotion palpable dans le pavillon que des images à la mémoire de Mike Ledbetter, décédé en janvier dernier à l’âge de 33 ans sont diffusées. Sa femme, ses parents et ses enfants ont été invités sur scène pour rendre hommage à cette étoile montante de Chicago au talent incroyable. Les larmes aux yeux, la gorge nouée, c’est avec une force qui lui est propre que Monster Mike Welch brandit sa guitare et débute le set avec une chanson de leur album «Right Time, Right Place» sorti en 2017. Accompagné sur scène du bassiste Scot Sutherland, du pianiste Luca Kiella Chiellini, du batteur Andrew «Blaze» Thomas et du guitariste-harmoniste Gerry Hundt, Mike Welch nous présente un set puissant et émouvant. Ils s’étaient rencontrés il y a deux ans au même endroit, sur cette même scène, lors d’un tribute à Otis Rush. L’alchimie entre ces deux musiciens a été immédiate et très vite, ils ont décidé de collaborer ensemble pour notre plus grand bonheur.

Rutie Foster © Lola Reynaerts

Je me souviens avoir dit à une amie, après les avoir vus pour la première fois aux Pays-Bas, qu’il y avait longtemps que je n’avais plus reçu une claque pareille en écoutant deux monstres sur scène. Andrew Duncanson, du groupe Kilborn Alley, chanteur que Mike Ledbetter admirait tant, est invité sur scène pour quelques chansons. Quelle voix, quelle présence ! Gerry nous offre quelques solos à l’harmonica. D’une voix emprunte de grand respect, d’émotion et d’amour, Mike Welch nous parle de son ami-acolyte, de son frère : Mike Ledbetter. J’étais contente de pouvoir partager ce moment et à mon tour de rendre hommage à cet homme qui nous manque à tous et qui m’a marquée à jamais.

Rutie Foster clôture le festival. C’est avec douceur qu’elle nous interprète «Fruits of My Labor» et «Phenomenal Woman» qu’elle termine en disant «Yes, we are all phenomenal women !». Femme de caractère qui a rejoint la U.S. Navy où elle chantait avec The Naval Band Pride et qui a refusé un contrat chez Atlantic Records qui voulait faire d’elle une pop star. Un a-capela puissant de «Grinnin’ in Your Face» de Son House et un étonnant «Ring of Fire» de Johnny Cash.

Le Chicago Blues Festival ferme ses scènes, éteint ses spots… Derrière moi s’est déroulé une aventure musicale et humaine que j’ai essayé de décrire, des moments uniques tels une bulle de champagne (… de bière pour moi !) qui explose en laissant une émotion pétillante. Je repars avec, dans mes bagages, une foule de souvenirs que tous ces merveilleux artistes ont partagés.

Le Chicago Blues Festival n’a pas menti à sa réputation ; une affiche de grande qualité, un accueil à la hauteur et un son sans faille … et tout cela en free access !!!

A l’année prochaine !

 

 

Lola Reynaerts