Aksak Maboul : que tout recommence ! sept23

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Aksak Maboul : que tout recommence !

Faisons un bref historique. Il faut retourner en 1977 pour découvrir les premières traces du groupe belge avant-gardiste Aksak Maboul, avec la publication d’un premier album « Onze danses pour combattre la migraine ». Il sera suivi d’ « Un peu de l’âme des bandits », en 1980, puis le groupe se fera oublier.

Marc Hollander & Véronique Vincent © Samuel Kirszenbaum

Avant et pendant ces années on avait déjà pu suivre ces musiciens au sein de Cos, avec Marc Moulin ou dans The Honeymoon Killers (aka Les Tueurs de la Lune de Miel), le seul groupe belge à avoir fait la couverture du NME ! (comme moi, ils possèdent toujours un exemplaire de ce numéro. La photo est signée Anton Corbijn !)

Marc Hollander, à la base de la création d’Aksak Maboul, va ensuite se consacrer exclusivement à son label Crammed Discs. 40 ans plus tard il en est toujours à la tête.

Mais en 2014, ô surprise, « Ex-futur album » un troisième album d’Aksak Maboul est publié. Un album « perdu » écrit par Marc aux débuts des années 80 en compagnie de Véronique Vincent. Et la machine s’emballe, le groupe repart en tournée à travers le monde. Les albums continuent de sortir chez Crammed, et cette année voit la publication du magnifique double album « Figures ». Pas de doute, Aksak Maboul revit de plus belle, avec de jeunes et talentueux musiciens autour du duo. Duo avec lequel j’ai eu le plaisir d’échanger quelques mots… J’évoque brièvement le fait que nous nous étions déjà un peu parlé il y a quelques années lors d’un concert de leur fille, Faustine, à l’Atelier Rock de Huy avant d’aborder la publication de « Ex-futur album »…

C’est cet album qui vous a décidé de relancer le groupe ?
Marc Hollander : Nous voulions sortir cet album sur le net, puis ce fut un cd, sans concert en prévision. Puis finalement nous avons fait un concert avec trois musiciens dont deux membres d’Amatorski avec qui j’ai travaillé chez Crammed. On voulait juste un petit set avec des bandes, du playback, puis on a ajouté un musicien, puis un autre et tout devenait tellement excitant, se passait si bien qu’on a eu cette envie de composer de nouveaux morceaux.

«On voulait juste faire un petit set avec des bandes, du playback… On a ajouté un musicien, puis un autre… Tout devenait tellement excitant !»

Le groupe est désormais stabilisé autour de ces cinq musiciens…
M.H. : Oui, ceux qui sont sur le nouveau disque. Et nous avions une trentaine de concerts prévus pour cette année. Notamment en France, en Allemagne, en Suisse. Nous devions aussi partir au Japon mais tout est tombé à l’eau. Enfin, tout est reporté…

Venons-en à « Figures » ce nouveau double album. Il contient souvent une alternance entre chansons et disons des interludes, une alternance entre morceaux longs et courts. C’était voulu ?
M.H. : C’est en cours de route que cela se fait, ce n’était pas planifié. On voulait juste que cet album soit une suite d’histoires, quelque chose que l’on écoute du début à la fin. Comme on faisait avec les albums d’autrefois et que certains font toujours. On a écrit cet album à deux et on voulait alterner des parties chantées, des choses plus pop dans la lignée du troisième album.

Marc Hollander & Vincent Kenis en 1977 © Archives Crammed Discs

Avec cette alternance aussi entre chansons en duo suivi d’une autre avec tout le groupe…
M.H. :Oui mais là c’est intuitif. Nous voulions ajouter des éléments différents, mettre des choses que nous savons faire, ou croyons savoir faire ! (rires) Partir dans différentes voies, sans limites même s’il existe malgré tout une unité.

Vous vous servez de partitions écrites ?
M.H. : Non, sauf parfois pour donner aux autres musiciens quand certains titres sont plus complexes.

Une part d’improvisation aussi ?
M.H. : En fait nous avons vraiment fait cet album à deux avec l’aide de Faustine qui est aussi coproductrice, tout en étant notre oreille extérieure. Elle a apporté pas mal d’idées, mais en gros j’ai enregistré pratiquement seul la musique à la maison. C’est une chose que j’ai apprise à faire, puis dessus se sont placés les textes, puis les musiciens ont rajouté des touches personnelles. C’est une suite de re recordings, d’overdubs…. Et souvent chacun chez soi ! Le guitariste a aussi apporté pas mal de choses. Les invités ont été enregistrés de la même façon. Il y a Steven Brown de Tuxedo Moon, Fred Frith qui était déjà là du temps de l’album « Un peu de l’âme des bandits », des membres du groupe français Aquaserge.  C’est un travail de précision pour moi, mais c’est aussi une agréable manière de travailler. C’est un peu comme faire de la sculpture, de la peinture.

Je trouve parfois votre musique « cinématographique ». Un titre comme « Silhouettes » m’évoque l’image du groupe jouant sur une scène et des couples enlacés qui dansent devant vous…
M.H. : Oh oui !(rires) . Bien vu ! Un groupe qui joue dans un coin, dans une vieille salle et une foule multiculturelle…

Certaines chansons semblent assez légères. Presque des chansonnettes comme « Histoire de fous » puis on se rend compte qu’il y a une rythmique incroyable, très dansante…
M.H. : Il y a un mélange, comme dans beaucoup de morceaux. Cela commence par des rythmiques et des choses programmées, des boites à rythmes. Puis il y a une vraie batterie qui intervient et à la fin on ne sait plus qui fait quoi ! Puis la vraie basse arrive, et c’est encore un petit coup d’énergie supplémentaire.

Marc Hollander en 1982 © Archives Crammed Discs

Il y a aussi, pour notre époque, des sonorités assez incroyables de claviers. Vous utilisez des instruments « anciens » ?
M.H. : Parfois. J’ai utilisé mon bon vieux Farfisa ainsi qu’un Casio qui commence aussi à dater. Il vient des années 80. Il y a des sons mythiques avec beaucoup de choses modernes. Et des boites à rythmes ! Mais c’est aussi ce traficotage de production en studio qui donne toutes ces sonorités spéciales.

Considérez-vous faire une musique compliquée ?
M.H. : Ah ça c’est sûr ce n’est pas du flon flon ! (rires). On a lu dans toutes les chroniques (car on a une presse relativement sympa avec nous, que ce soit en Angleterre ou aux States), que c’est une musique relativement aventureuse, qui part dans beaucoup de directions mais qui est plaisante, pas du tout rebutante. Qui n’est pas réservée uniquement aux personnes qui aiment les choses complexes…

Mais vous êtes quand même relativement inclassable !
M.H. : (Rires) Pas facile de nous mettre dans un genre ! Mais nous avons pas mal d’éléments mélodiques, de la pop, des chansons. Il y a aussi une influence de la musique électronique actuelle, un peu de musique psychédélique aussi… Toutes ces choses que nous aimons bien depuis longtemps et que nous incorporons pour faire nos petits mélanges…

«Il fallait expliquer que nous n’avions pas envie que l’aventure se termine. Il vaut mieux rester optimiste, se dire que la fin amène le début»

Il y a aussi une unité chez vous avec ce côté surréaliste dans les titres et des textes étranges…
Véronique Vincent : Ah les textes, il va falloir vous y coller ! (rires) Mais on s’est aussi beaucoup amusés à faire des mélanges : il y a des petits bouts de conversations, de concerts. On a pas mal utilisé d’enregistrements d’ambiance faits à gauche, à droite… même de vieux trucs !

Le tout se termine par le titre « Tout a une fin » et ces paroles « Que tout commence »…
V.V. : C’est surtout pour expliquer que nous n’avons pas envie que cela se termine. Il vaut mieux rester optimiste et se dire que la fin amène le début. C’est une pirouette pour dire que tout a une fin mais que tout peut repartir.
M.H. : Véronique s’inspire de beaucoup choses pour les textes. De la littérature qu’elle apprécie, elle repique parfois quelques petits bouts de phrases, mais tout le monde fait cela. Comme moi je le fais avec tous ces petits bouts de musique que je m’approprie.
V.V. : La chanson « C’est Charles » répond à un texte de Baudelaire : « Le mauvais vitrier ». Mais Mallarmé et Rimbaud sont aussi cités … Plein de petits jeunes qui montent ! (rires)

«Baudelaire, Mallarmé et Rimbaud sont cités… Plein de petits jeunes qui montent !»

Quel futur est envisagé pour le groupe ?
M.H. : En concert cela va dépendre de l’évolution du Covid 19. Là nous en avons deux qui sont prévus en Belgique : le 21 septembre, un concert en streaming depuis Les Ateliers Claus mais sans public puis un à Bruges, le 8 octobre. Il y aura aussi un concert à Paris le 21 novembre. Après on verra. On va sortir un nouveau single « Un caïd » et faire un nouveau clip avec l’équipe qui a déjà réalisé « Tout a une fin ». Mais je ne pense pas que ce sera encore un film d’animation. Et on travaille déjà à un nouvel album qui sera un petit peu différent. Il devrait y avoir pas mal de textes parlés, d’histoires. Un livre audio peut-être !
(La conversation dévie un peu vers Minimal Compact et Tuxedo Moon, deux groupes du label. L’un devait donner quelques concerts, l’autre continuer de sortir des choses mais l’éparpillement des musiciens à travers le monde ne facilite pas toujours les concrétisations.)

Photo Aksak Maboul, New York 1986 © Archives Crammed Discs

A propos du label, prêt à frapper un grand coup avec une nouvelle merveille…
M.H. : (Rires) On tient le coup c’est déjà ça ! Cette année le label aura 40 ans. Je viens de signer Nihiloxica, un groupe formé par deux jeunes anglais avec quatre percussionnistes ougandais. Un mélange très énergique entre percus et fond techno un peu abstrait. Pas techno dans le sens « club » mais vraiment électronique.

Nous allons donc surveiller les infos… En attendant, profitons du double cd « Figures » et de ses innombrables trajectoires qui nous emmènent dans des contrées surprenantes.

Aksak Maboul
Figures
Crammed Discs

Chronique Jazzaround

Aksak Maboul en concert le 8 octobre à la Turnzaal Howest (Bruges) – Infos

Claudy Jalet