Gerard Malanga : un portrait tiré à quatre épingles… oct06

Tags

Related Posts

Share This

Gerard Malanga : un portrait tiré à quatre épingles…

Cela ne vous aura certainement pas échappé… Liège vit en ce moment au rythme de la célèbre Factory, érigée à l’initiative de Warhol et dont il confiait régulièrement les clés à son bras droit inséparable, le poète/photographe Gerard Malanga… D’une part s’est ouverte l’exposition « Warhol – The American Dream Factory », visible au Musée de la Boverie jusqu’au 28 février… Il reste un peu de temps… D’autre part et en marge de cette manifestation, le Centre culturel de Chênée vous invite à deux soirées exceptionnelles. Ce vendredi 9 octobre, concert de la formation néerlandaise Lewsberg, fortement influencée par la contre-culture des années 60 (le Velvet Underground en tête…). La veille, le jeudi 8 octobre, vernissage d’une exposition consacrée aux travaux photographiques de Gerard Malanga (des portraits de Patti Smith, Charles Bukowski, Warhol, …). Portrait ? Malanga ? Suivez notre guide, Jean-Pierre Devresse… YT

Gerard on location beneath the Dyre Avenue line in the Bronx near the West Farms/Tremont station.
Photo by Bill Roberts/Courtesy of Gerard Malanga.

Sans Gerard Malanga, l’histoire de l’art de la seconde moitié du XXème siècle ne serait probablement pas la même. Et je pèse mes mots. Même si aujourd’hui Gerard préfère ne pas s’étendre sur sa période Factory lors des interviews, il n’empêche que c’est « le » personnage clé de cette ruche bourdonnante, frémissante, innovante qu’était l’atelier warholien du cinquième étage du 231 East sur la 47e rue à Manhattan. Il y a d’ailleurs de fortes chances que, si Gerard n’était pas passé par là, Andy serait certainement moins célèbre qu’il ne l’est aujourd’hui. On pourrait pratiquement dire que sans Malanga, pas de Warhol…

C’est, par exemple, Gerard qui a donné l’idée à Andy de déplacer le cadre de sérigraphie de quelques centimètres, alors qu’ils imprimaient tous deux la série des Elvis argentés, pour donner un côté quasi fantomatique à l’image. Ce qui est devenu la « marque de fabrique » du Pape du Pop Art. C’est aussi Gerard qui a trouvé qu’il serait intéressant de présenter le Velvet Underground à Warhol. Le lendemain du jour où il les a vus en concert au Cafe Bizarre à Greenwich Village en 1965, le groupe aujourd’hui mythique rejoignait la Factory. Vous imaginez l’histoire du rock sans le Velvet Underground ? Non, impensable. Mais si Gerard Malanga n’était pas passé par là comme je l’ai déjà dit, le regretté Lou Reed et le toujours bien vaillant John Cale n’auraient certainement pas la réputation qu’ils ont de nos jours. Et le Velvet ne serait jamais qu’un groupe garage de plus, version proto-punk perdu dans l’océan des précurseurs de l’histoire du rock dans son évolution jusqu’à nos jours.

Gerard Malanga est né en 1943 dans le Bronx. En 1960, il est diplômé de la School of industrial Arts de Manhattan avec une spécialisation en design publicitaire. Très jeune, il est initié à la poésie par son professeur d’anglais, la poétesse Daisy Aldan. Elle a eu une profonde influence sur sa vie et son œuvre. En 1961, inscrit au College of Art & Design de l’Université de Cincinnati, il est encadré par Richard Eberhart, poète résident de l’université. Toujours en 1961, après avoir quitté Cincinnati, une bourse anonyme octroyée dans le but de faire progresser ses capacités créatrices en tant qu’artiste et poète lui permet d’être admis au Wagner College de Staten Island où il se lie d’amitié avec son professeur d’anglais Willard Maas et sa femme Marie Menken qui deviennent tous deux ses mentors.

Andy Warhol © Gerard Malanga

En 1963, Gerard a tout juste 20 ans quand Charles Henri Ford, poète, cinéaste et artiste plasticien, le présente à Andy Warhol. Très vite, il devient son assistant indispensable, ou plutôt son partenaire dans la création des sérigraphies. Comme il a déjà travaillé à 17 ans, job d’étudiant, dans l’atelier d’un célèbre designer textile new-yorkais, la sérigraphie n’a plus de secret pour lui. Il abandonne le Wagner College pour travailler à temps plein avec Warhol. Comme Gerard aime à le dire, son passage à la Factory est un « job d’été qui a duré 7 ans ».

En novembre 1969, Gerard fonde avec Andy le magazine Inter/VIEW, consacré aux arts et aux célébrités. En plus d’en être l’instigateur, il en était un des principaux rédacteurs. Cette publication existe toujours aujourd’hui sous le nom simplifié d’Interview. Elle a été rachetée en 1989 par Sandra et Peter Brant. Jusqu’au jour où il quitte la Factory…

Depuis son départ de l’usine warholienne, Gerard n’a cessé de travailler dans ses deux disciplines de prédilection. Car, même si on le décrit aussi comme acteur, réalisateur, danseur, chorégraphe et archiviste, Gerard Malanga est avant tout un poète et un photographe. Ou un photographe et un poète, c’est selon… Il est probablement, en photographie, un des portraitistes les plus prolifiques de son temps, bien qu’il ne se consacre pas exclusivement au portrait – nus, érotisme, scènes de rue, …

Ses photos se comptent par centaines pour ne pas dire milliers. Et ses modèles sont le plus souvent issus du monde artistique. Une multitude de poètes et écrivains, photographes, peintres, musiciens ont un jour impressionné la pellicule de son appareil Nikon F2. Beaucoup de ses clichés sont aujourd’hui célèbres.

Les photos du Velvet Underground et de tout le petit monde des superstars qui fréquentait la Factory font aujourd’hui figure d’icônes. Entrées dans la légende… Le portrait d’Iggy Pop a fait l’objet de la couverture de son best of « Nude & Rude ». Et tant d’autres…

Pour ne citer que les écrivains les plus connus, les incontournables : William S. Burroughs, Allen Ginsberg, Brion Gysin, Lawrence Ferlinghetti, Charles Bukowski, Truman Capote ou Tennessee Williams. Rien que du beau monde !

Tout comme en musique : Mick Jagger et Keith Richards, Patti Smith, Donovan, Dylan, Alice Cooper, David Byrne, Thurston Moore et Sonic Youth, John Cage et John Cale, ainsi que tout le Velvet Underground… Excusez du peu !

Dans le tiroir des arts plastiques, on retrouve Robert Indiana, Jasper Johns, Mike Kelley, Joseph Kosuth, Kenneth Noland ou James Rosenquist, sans oublier, bien entendu le Pope of the Pop, Warhol himself…

Lewsberg (façon Warhol)

Tout cela sans parler des nombreuses célébrités, modèles, réalisateurs, photographes, etc… Comme il se plaît à le dire lui-même, Gerard est « le photographe inconnu le plus célèbre du monde de l’art ». Au moins une quinzaine d’ouvrages sont consacrés à son travail photographique et le nombre de ses expositions personnelles et collectives est assez impressionnant.

Comme je l’ai évoqué plus haut, Gerard a, dans sa jeunesse, eu la chance de rencontrer plusieurs poètes et poétesses qui l’on initié à l’art des mots. Depuis la fin des années 60, on a publié plus de 20 recueils de ses textes et poèmes. Les deux derniers en date sont « Whisper Sweet Nothings & Other Poems » (2017) et « Cool & Other Poems » (2019), tous deux publiés aux éditions Bottle of Smoke. Gerard dit de ce dernier qu’il est le meilleur de ce qu’il ait jamais publié. Malheureusement, il n’existe que très peu de traductions en langue française. « Mythologies du cœur » est, à ma connaissance, le seul et unique recueil en version bilingue, édité en 1994. Sur le quatrième de couverture, on peut lire un mot du poète Robert Creeley qui résume parfaitement l’œuvre poétique de Gerard : « Les poèmes de Gerard Malanga sont uniques parmi les œuvres de sa génération par leur clarté d’information et les traditions auxquelles il a choisi de rendre hommage, qui prennent leur source chez des écrivains aussi divers que Pound, Crane, Williams, Olson et les romantiques. » Je pense bien que, là, Creeley a dit tout ce qu’il y avait à dire. Je m’incline.

Liens utiles :
Warhol, The American Dream Factory au Musée de la Boverie (Liège)
Exposition Gerard Malanga + Concert du groupe Lewsberg, au Centre culturel de Chênée

Jean-Pierre Devresse