LG Jazz Collective : itinéraire d’un jeune septet. août07

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LG Jazz Collective : itinéraire d’un jeune septet.

LG Jazz Collective: itinéraire d’un jeune septet.

Pour le septet LG Jazz Collective, rassemblé par le guitariste hutois Guillaume Vierset, les dates de concert commencent à se bousculer. Après un passage remarqué aux Leffe Jazz Nights, la jeune formation passera par Bruxelles, Liège, Malines, Mouscron et Ans et prépare son premier album. Ce qui ne devait être qu’un « one shot » mis en place pour Jazz à Liège en 2012 est en train de devenir un des groupes les plus en vue de l’actuelle scène belge de jazz. Son leader Guillaume Vierset explique la genèse du projet. Présent à Dinant avec le septet, mais aussi au travers de la « carte blanche » qui lui était offerte, Igor Gehenot explique comment il a intégré le groupe. Interview croisée de deux talents qui « explosent »…

Propos recueillis par Claude Loxhay

 

Guillaume, comment as-tu découvert la guitare ?

G. Vierset : Mon père est un guitariste de country; depuis mon plus jeune âge,  je vois donc des guitares à la maison. Mon père ne m’a cependant pas spécialement appris la guitare, j’ai beaucoup cherché seul avec ma première guitare 3/4 que j’avais reçue pour mes 6 ans.  Il n’y avait pas de jazz à la maison, mais de la country, je pense d’ailleurs n’être toujours pas prêt à en écouter, j’en ai trop eu dans les oreilles étant jeune. 

Guillaume Vierset

Avec qui as-tu commencé à étudier la guitare ?

C’est vers l’âge de 8 ans que j’ai demandé à mes parents pour prendre des cours à l’Académie de musique de Huy, j’ai dû insister pendant un an car mes parents, voyant que je ne savais pas rester assis sur une chaise à l’école,  me voyaient très mal être assis 5 heures de plus par semaine. Après un an, ils ont finalement craqué.
Par chance, je suis tombé sur un professeur qui a été extrêmement important pour moi, le guitariste Alain Pierre.  A la grande surprise de mes parents, j’ai étudié dans cette académie pendant dix ans, j’ai suivi le cursus complet en solfège et en guitare.  Alain Pierre m’a d’abord enseigné la guitare classique.  Parallèlement, je suis tombé amoureux des Beatles et de la pop musique, j’ai été leader (guitariste/chanteur/compositeur) de plusieurs projets rock, de mes 13 ans à mes 18 ans. Jamais je n’oublierais mon premier concert dans la salle des fêtes de Marchin, je venais d’avoir 13 ans et mon groupe s’appelait Angel’s Tension! 
Alain Pierre avait, je pense, compris que la guitare classique n’était pas un but pour moi, même si je travaillais dur et que j’aimais ça. Un jour, il m’a discrètement glissé dans l’oreille une phrase du genre: « Tu as déjà écouté du jazz..? » Il connaissait mon intérêt pour l’improvisation et il m’a donné quelques références de disques de jazz. Je devais avoir 17 ans.
Le mercredi suivant, je suis allé m’inscrire au discobus et j’ai loué un album de Keith Jarret trio (Out Of Towner), un album de Wes Montgommery (Incredible jazz guitar) et un album de Miles Davis (Kind Of Blue). Petit à petit, j’ai appris quelques standards, et pour les examens de guitare à l’académie,  je présentais un standard et souvent une composition personnelle.
Vers 18 ans, après ma dernière année de secondaire, j’avais en tête de rentrer au Conservatoire, mais je ne pensais vraiment pas avoir le niveau, et c’était d’ailleurs le cas, donc pendant un an, j’ai travaillé dans un bar à Huy (L’escalier) et parallèlement à cela, je me suis inscrit une année à l’Académie de jazz de Amay avec Philippe Doyen, sans oublier les deux stages résidentiels de la Marlagne où j’ai eu des cours avec Paolo Radoni, Pierre Van Dormael et Nelson Veras.

Qui a été ton professeur au Conservatoire ? Quelle influence a-t-il eue sur ton jeu ? Je suis arrivé au Conservatoire dans un année charnière, car Paolo Radoni est décédé l’année où je suis rentré, j’ai donc eu beaucoup de professeurs différents (Paolo Loveri, Victor Da Costa et Fabien Degryse).  Au niveau technique, connaissance de l’instrument, Fabien Degryse a été important pour moi, après, la musicalité, c’est chacun sa route et chacun ses propres choix, il faut développer sa voie intérieure, et ça, c’est le travail de toute une vie. Je pense que le professeur qui m’a le plus fait évoluer, c’est le guitariste Kurt Rosenwinkel lors d’une master classe d’une semaine en Italie, il y a trois ans. Maintenant, au Conservatoire, il n’y a pas que le cours d’instrument, et il y a deux professeurs extraordinaires qui m’ont aidé à repousser mes limites et à aller plus loin : Arnould Massart (Harmonie, Rythme) et Pirly Zurstrassen (Ear Training et arrangement).  Après mes trois années de BAC, je me sentais vraiment intéressé par la composition et l’arrangement, j’ai donc effectué un master spécialisé en pratique instrumentale et en arrangements. Mon master en poche, j’ai pris un an pour réaliser mes projets, The Green Dolphins mais surtout mon Quartet avec Félix Zurstrassen, Antoine Pierre et Jérôme Klein au vibraphone, nous avons beaucoup joué ensemble, et j’en ai profité pour aller voir des professeurs qui m’intéressaient, comme Peter Hertmans ou encore Jean-Marie Rens qui donne cours d’analyse au Conservatoire de Liège où j’ai suivi quelques cours comme élève libre.  Au niveau de mon jeu, je pense que ce sont surtout les disques que j’ai écoutés qui m’ont influencé, mais il est clair que dans une relation prof-elève, nous passons par une phase de « mimétisme », elle a été, je pense, assez forte avec Fabien Degryse.  Je me souviens que je m’étais même remis à la guitare acoustique…

Comment est né le projet de LG Jazz Collective ?

A la base, le projet était une commande de la Maison du jazz de Liège pour fêter les dix ans du collectif « ça balance… ». Le concert devait être un one shot présenté au festival Jazz à Liège en 2012.

En fonction de quoi as-tu choisi les membres du groupe ?

Je choisis des gens qui conviennent musicalement, des gens qui ont une personnalité, et des gens que j’apprécie. Pour le concert one shot, je n’ai pas choisi les musiciens, j’ai juste insisté pour certains : ça ne devait pas être un projet à long terme. Maintenant, les membres du groupes sont fixes, et ils amènent tous quelque chose au projet, je sais pour qui j’écris et comment je peux l’écrire car je sais comment ils jouent. Avoir Antoine et Félix comme rythmique, c’est déjà avoir une sacrée base; pour la section de cuivre, j’avais besoin de quelqu’un qui « lead » la section de cuivre : Jean-Paul Estievenart est parfait pour cela. Laurent Barbier est extrêmement expressif quand il joue, une sacrée fougue et Steven Delannoye est un improvisateur hors pair.  Au piano, Igor Gehenot, que l’on ne présente plus.
Igor Gehenot: L’origine du groupe était, effectivement, une commande du festival Jazz à Liège 2012. L’idée était, tout d’abord, de rassembler des musiciens liégeois. Je connaissais un peu Guillaume par le Conservatoire de Bruxelles mais nous n’avions jamais vraiment joué ensemble à proprement parlé. Guillaume connaissait un  peu la musique que je faisais notamment avec Antoine Pierre et c’est ainsi qu’il m’a appelé pour intégrer le groupe. 
Par ailleurs, Guillaume, Antoine Pierre avait déjà fait partie de ton quartet…
G. Vierset: Antoine et Félix Zurstrassen font effectivement partie de mon quartet, qui est devenu un quintet avec le pianiste David Tomaere. Le projet est toujours là, j’ai une bonne vingtaine de compositions pour ce projet, il est entre parenthèse car le LG me prend beaucoup de temps. Comme vous le savez, être leader ça n’est pas qu’écrire et jouer,  c’est aussi être attaché de presse, manager et baby sitter. J’espère enregistrer avec mon quintet plus tard.
Comment ce qui aurait pu n’être qu’un « one shot », est-il devenu un projet à long terme ?
Depuis longtemps j’avais en tête de créer une grand formation, j’adore écrire.  Le jour où l’on m’a commandé un concert avec un septet, dans ma tête, je pense que je savais que ça ne serait pas un one shot. J’ai réfléchi à un nom de groupe, j’ai tout de suite pensé au groupe comme le SF jazz collective (San Francisco). A la base, nous étions tous liégeois, pour la commande, je n’ai arrangé que des morceaux de compositeurs liégeois, le LG Jazz collective me semblait parfait!
Comment le répertoire s’est-il développé ?
Le premier concert au Jazz à Liège était assez Swing, moderne mais pas trop, disons entre les deux. La même année, nous avons gagné le concours du Dinant Jazz Night.  Après avoir eu le prix, j’ai énormément réfléchi à la manière dont le groupe devait sonner, et quelle direction il allait prendre. Nous rendons toujours hommage aux compositeurs quand ils sont morts (Bobby Jaspar, René Thomas…), mon idée est de rendre hommage aux compositeurs de leur vivant et, pour le moment, je me suis restreint aux compositeurs belges (Alain Pierre, Pirli Zurstrassen, Igor). Etant également un compositeur, il y a de plus en plus de morceaux à moi dans le répertoire, comme Positive Mind qui figure sur l’anthologie Ca Balance. Au niveau de la direction musicale, je suis influencé par des grandes formations comme le SF Jazz Collective, le Pat Metheny Group… Dans mon idée, le groupe doit sonner compact, et les morceaux doivent être cohérents entre eux, c’est pour cela qu’il n’y a que moi qui arrange pour le LG, car je veux une ligne de conduite. J’adore m’approprier le morceau d’un autre compositeur;  à partir du moment où ils sont d’accord, j’impose une seule règle : je veux carte blanche !

Le septet a une série de concerts en vue…
Oui, nous avons joué le samedi 20 juillet à Dinant où j’ai reçu le Sabam Jazz Award Jeune Talent, le 11 août, nous jouons sur la grande scène au Mont-des-Arts, dans le cadre du Brussels Summer Festival juste avant le BJO , le 16 août à Liège au cinéma Sauvenière, le 23 août à Mechelen (Jazzzolder).

Ensuite le 16 octobre à la Jazz Station, le 20 octobre au Café Belga à Flagey, le 18 janvier, au Centre culturel de Mouscron, le 7 mars 2014 au Centre culturel d’ Ans, dans le cadre de Jazz al’Trappe. Nous espérons avoir encore beaucoup d’autres dates, nous en avons besoin pour l’énergie du groupe. Le problème en Belgique, c’est que nous sommes 7, et que ce nombre rebute souvent les organisateurs pour le cachet. 

Guillaume Vierset

En parallèle avec LG, tu dans d’autres projets,  comme les 3 G…
Oui, comme précisé plus haut, je suis leader également d’un Quintet, mais j’ai tellement envie de faire mille projets. Quand je compose, j’ai souvent en tête l’idée d’un groupe que je vais créer. Pour le moment, j’écris un répertoire pour un quartet avec soprano, je ne sais pas encore avec qui, comment ni pourquoi,  j’ai également un répertoire pour trio presque prêt…J’aime commencer un groupe avec un répertoire prêt à être joué, et découvrir chaque morceau que j’ai écrit, c’est pour moi un vrai bonheur. Je joue également avec 3G, 3 générations de Hutois, nous invitons Antoine Cirri en Guest lors du festival jazz de Huy, à ne pas rater évidement! Après je n’ai pas oublié mes premiers amours, je suis guitariste dans plusieurs projets Folk expérimental, pop, soul, funk etc…  
Et toi, Igor, tu ne manques pas non plus de projets…
I. Gehenot: J’ai eu une sorte de carte blanche cette année à Dinant. J’ai réuni, autour de moi, des musiciens avec lesquels j’ai l’habitude de jouer, soit en duo, soit en trio, des musiciens, comme Jean-Paul Estiévenart, Lorenzo Di Maio, Greg Houben, Sam Gerstmans, Félix Zurstrassen ou Antoine Pierre, avec lesquels je me sens bien pour jouer une musique qui nous parle et que le public attend. Actuellement, j’ai aussi mon trio sur lequel je continue à me pencher tous les jours. Le trio et LG Jazz Collective sont les deux principaux groupes. Je vais également jouer à l’Archiduc, deux fois, en octobre prochain avec le trompettsite allemand Peer Baierlein, en tant que sideman comme dans le LG. 
Philip Catherine le disait dans sa dernière interview au Journal des Lundis d’Hortense, il est aussi important de savoir être un bon accompagnateur qui se met au diapason des autres musiciens que d’être leader…
I. Gehenot: Bien sûr, je crois qu’il y a un temps pour tout, pour être leader comme pour être sideman, même si c’est tout à fait possible de combiner les deux. Ce sont deux métiers différents, avec des exigences qui leur sont propres. Sam Gerstmans m’a beaucoup appris sur le métier d’accompagnateur: jouer en fonction de tel ou tel musicien. Je me sens plus à l’aise dans ce rôle grâce à ses précieux conseils.  
Il existe une première trace discographique de LG Jazz Collective sur l’anthologie « compil jazz-world 2013″ de Ca Balance, as-tu, Guillaume, un projet d’album ?
G. Vierset: Oui, je pense que ça ne saurait tarder. Je n’ai rien d’officiel mais nous avons un répertoire solide que nous voulons mettre sur un support. A mon avis, 2014 sera l’année de notre consécration. 

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