Bugge Wesseltoft : nouvelles conceptions jan20

Tags

Related Posts

Share This

Bugge Wesseltoft : nouvelles conceptions

Rencontre avec l’un des papes du Nu-jazz. Le claviériste norvégien nous parle avec humilité de sa « New Conception of Jazz » et du deuxième album de Rymden, qu’il vient d’enregistrer avec la section rythmique de E.S.T.

Bugge Wesseltoft © Diane Cammaert

«Dan Berglund et Magnus Öström sont deux musiciens vraiment remarquables. Je suis très fier du projet Rymden.»

Sur la page de garde du site Facebook de notre magazine, il y a une photo de toi (captée par notre photographe Diane Cammaert) qui a été prise à Liège lors du dernier passage de Rymden, en 2019. On ressent l’ivresse du musicien, les moments forts qu’il vit en jouant… En es-tu conscient ? Que ressens-tu au juste quand tu joues ?
Bugge Wesseltoft : Belle photo ! Merci ! A vrai dire, je n’en suis pas conscient… Je me concentre au maximum lorsque je joue. Je ressens de l’énergie, aussi bien des musiciens avec lesquels je me trouve que du public. J’essaye à mon tour de faire partie de cette énergie, de la nourrir.

Est-ce que ce plaisir de jouer est propre à la musique que vous produisez à trois avec Rymden ? Eprouves-tu la même chose lorsque tu prestes en solo ?
B.W. : J’aime vraiment jouer en concert, devant une audience. Aussi bien en solo qu’avec Rymden. Je pense que les concerts permettent de créer des moments uniques que l’on partage avec le public. Oui, je me sens vraiment heureux dans les deux cas. L’exercice solo exige sans doute plus de concentration.

Dan Berglund © Diane Cammaert

Magnus Öström © Diane Cammaert

Rymden vient de sortir un deuxième album « Space Sailors », peu de temps après le premier. On a l’impression que le groupe est parti pour durer…
B.W. : Oui, je l’espère très sincèrement ! Je suis heureux de pouvoir travailler avec Dan Berglund et Magnus Öström, deux musiciens vraiment remarquables. Je suis très fier de ce projet.

«Il n’a jamais été question de créer un E.S.T. 2.0.»

As-tu craint qu’on associe Rymden à un B.W.T., en référence à E.S.T. ? Toi aussi tu es claviériste, tout comme l’était Esbjörn Svensson…
B.W. : Pour être honnête, je ne m’en suis jamais inquiété… Esbjörn Svensson composait toute la musique pour E.S.T. En ce qui concerne Rymden, nous nous partageons la tâche à trois. Il n’a jamais été question de créer un E.S.T. 2.0…

Je suppose que tu appréciais particulièrement la musique de E.S.T. qui se démarquait, comme la tienne, des standards du jazz ?
B.W. : C’est une évidence ! E.S.T. était un trio vraiment particulier. Je suis certain que sans la mort tragique d’Esbjörn Svensson, le trio ferait partie pour l’instant du top 5 des groupes de jazz les plus connus.

Rymden © Diane Cammaert

Quel regard portes-tu sur la section rythmique de Rymden ? Peut-on mesurer, grâce à Rymden, l’influence de ce duo sur les nouvelles générations du jazz ?
B.W. : Je le pense aussi. Tu as raison. Un bon nombre de nouveaux musiciens commencent en effet à parler de cette influence…

Peut-on espérer vous revoir à trois, bientôt en tournée ?
B.W. : Je l’espère vraiment ! 2020 a été une année pénible pour tout le monde. Plus compliquée encore pour les musiciens et la culture en général, qui se sont trouvés à l’arrêt à cause du Covid.

«Terje Rypdal et Jan Garbarek sont devenus célèbres en traçant leur propre voie. Nous en avons tiré une leçon : qu’il était primordial que nous cherchions nous-mêmes notre propre son.»

Parlons un peu de ce fameux « jazz norvégien »… Dès les années soixante, avec des musiciens comme Terje Rypdal et Jan Garbarek, vous avez apporté une touche de modernité au jazz… Commente cela s’est-il produit au juste ?
B.W. : Merci pour le compliment ! Jan Garbarek et Terje Rypdal ont toujours exercé une très forte influence sur la scène jazz norvégienne. Cela s’explique du fait que leur musique a dépassé largement les frontières de la Norvège. Ils sont devenus célèbres uniquement avec leur musique, en traçant leur proie voie… Nous en avons tiré une leçon : qu’il était primordial que nous cherchions nous-mêmes notre propre son.

Tu es clairement l’un des précurseurs du Nu-jazz. Comment t’es venue l’idée de mélanger ainsi les improvisations et la musique électronique ?
B.W. : Cela s’est fait aussi avec d’autres musiciens, des amis comme Nils Petter Molvaer, Eivind Arset et Jan Bang. Nous écoutions pas mal de musique électro, celle qui était produite à la fin des eighties. Nous voulions créer des sons qui mixaient ces influences avec le jazz.

«Le jazz doit constamment évoluer… Sinon il disparaîtra.»

« New Conception of Jazz » marque un tournant dans ta carrière… En lui donnant ce nom, est-ce que tu avais l’intention de délivrer un message ? Notamment aux jeunes : « le jazz, ce n’est pas nécessairement la musique codifiée que vos parents écoutent »…
B.W. : En ce qui me concerne, je souhaitais tout simplement créer des sons qui puissent m’intéresser. Et c’est gratifiant de se rendre compte que d’autres personnes ont aimé cela également. Avec le recul, on constate qu’il y a eu un mouvement musical dans les nineties. Des gens qui ont apporté de nouvelles idées, des fusions. Je pense à des musiciens ou des groupes comme E.S.T., Erik Truffaz, Gilles Peterson, Nils Petter Molvaer, … Je faisais partie de ce mouvement-là. En s’inspirant d’autres styles musicaux comme le rock et l’électro, et en les fusionnant au groove du jazz, nous avons fait évoluer les sons du jazz. Le jazz doit constamment évoluer… Sinon, il disparaîtra.

Lorsque l’on voit surgir ces nouvelles générations de musiciens qui fusionnent eux aussi les genres (à Londres, à Berlin, à Gand, …), ne penses-tu pas que « New Conception of Jazz » a ouvert des portes ? Que toi aussi tu es une référence pour eux ?
B.W. : Tu sais, à l’époque actuelle, il existe tant de sources d’inspiration pour les musiciens! Tant mieux si j’ai pu en inspirer, c’est gratifiant. Mais sincèrement, je le répète, le jazz a surtout évolué grâce à la scène européenne des nineties.

Rymden © Per Kristiansen

Rymden
Space Sailors
Jazzland

Chronique JazzAround

Propos recueillis par Yves «JB» Tassin / Photos ET traduction : Diane Cammaert (merci!)