Michiel Borstlap, Reflective oct30

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Michiel Borstlap, Reflective

Qui est Michiel Borstlap ?

Un inconnu pour beaucoup, même parmi les fans de jazz. Pourtant ce pianiste néerlandais tourne dans toute l’Europe, en Asie et ailleurs. L’occasion de le rencontrer à Bruxelles.

« L’Archiduc », rue Antoine Dansaert : l’endroit est connu pour son style « paquebot », un établissement ouvert en 1937, apprécié des jazzfans pour ses concerts « after shopping », et quasi légendaire par la présence régulière du pianiste américain Mal Waldron lorsqu’il vécut à Bruxelles. C’est le lieu choisi pour le concert/showcase du pianiste néerlandais Michiel Borstlap à l’occasion de son nouvel album solo « Reflective » (Summertime/Harmonia Mundi).

Pianiste de 47 ans à la longue discographie, Michiel Borstlap est curieusement un quasi inconnu chez nous : il s’agissait ce 17 octobre de son premier concert à Bruxelles ! Technique impressionnante, programme mixte de compositions personnelles ( du nouvel album) et de standards complètement revus : « Round Midnight », « Satin Doll », « Maiden Voyage » ( Herbie Hancock a repris une composition de Michiel Borstlap, « Memory of Enchantment », sur l’album « 1+1 » en duo avec Wayne Shorter!). On se réjouissait de l’entendre se présenter avant un autre concert en solo, au C-Mine de Genk le 6 novembre.

WWW.ARCHIDUC.NET

Bienvenue à Bruxelles, Michiel, vous n’y aviez jamais joué avant, n’est-ce pas ?

En fait, j’étais venu il y a vingt ans pour un concours avec mon sextet où jouaient Eric Vloeimans et Frank Vaganée. Nous avions emporté ce concours, le « Euro Jazz Contest », ce qui nous a permis de faire une petite tournée, mais après ce fut tout ! Je n’ai jamais joué au Gent Jazz ou au Middelheim, ceci est mon premier concert à Bruxelles depuis ! 

Vous avez débuté par des études classiques ?
Oui, j’ai commencé les leçons de piano quand j’avais quatre ans. J’ai découvert le jazz assez tôt, mais j’ai continué à étudier sérieusement au Conservatoire où j’avais un prfesseur pour le classique et un pour le jazz qui était Henk Elkerbout, un incroyable pianiste qui est aujourd’hui décédé, il possédait la magie dans son jeu, ensuite j’ai étudié avec Rob Madna. J’avais 26 ans quand je suis sorti du Conservatoire et ils m’ont donné un coup de pied au derrière. J’ai beaucoup travaillé l’instrument, à la méthode russe. Le piano est un ancien instrument, tout le monde joue du piano, mais il faut travailler beaucoup pour avoir une excellente technique, jouer vite et lentement, le tempo et le toucher sont très importants pour moi. Avec le sextet, j’ai commencé à écrire, puis à tourner en Italie, en Allemagne, en Chine… 

Vous expérimentez beaucoup de formules différentes : sextet, quartet, trio, solo. Quelle formule a votre préférence ?
 La musique,… oui, la musique… J’aime jouer avec des gens qui aiment la musique… Tout qui joue n’aime pas forcément la musique… Si vous avez un bon feeling avec vos musiciens, avec un chanteur parfois aussi, les chanteurs sont fort à l’écoute, que ce soit en jazz ou en pop, j’ai accompagné quelques chanteurs pop célèbres en Hollande, ça peut marcher très bien aussi, ça dépend de ce qu’il y a derrière eux et surtout de ce qu’ils ont là ( il montre son cœur). 

Vous avez écrit un opéra aussi dans des circonstances particulières…
Oui, pour l’émir du Qatar, c’est une famille qui aime l’art. Son idée était de faire le premier opéra arabe de l’histoire. Ils ont trouvé un compositeur au Qatar et ils ont travaillé sur ce projet en Egypte, au Caire. Une nuit, j’ai eu un coup de téléphone d’une personne de l’entourage de l’émir qui m’a parlé du projet en me disant qu’il pensait que ce qui était écrit n’était pas bon…Il m’a demandé de venir au Caire pour arranger cet opéra qui ne comportait qu’une simple mélodie, alors qu’il fallait des voix pour alto, soprano, ténor et basse… Je lui ai demandé quand il fallait venir et il m’a répondu qu’un jet privé m’attendait à l’aéroport maintenant ! Vous auriez dit non ? Donc, je suis parti. Et arrivé au Caire, j’ai entendu chanter l’air avec un oud et il y avait quelqu’un qui écrivait les notes à une table… Quand j’ai vérifié la partition qu’il écrivait, mais ça ne correspondait pas à ce qu’il chantait ! Je l’ai dit au producteur qui m’a demandé si je pouvais réécrire l’opéra. La première était dans trois mois ! On a négocié parce que j’aimais l’idée : en Hollande, il faut des années pour écrire un opéra parce qu’il faut faire des tas de démarches pour des subsides; ici, j’avais la possibilité d’avoir tout sous la main. Je suis resté au Caire : trois semaines pour composer, trois semaines pour les répétitions avec les chanteurs en Anglais et en Arabe. Le programme était en direct à la télévision, on en a parlé beaucoup dans les journaux… et c’était bien payé ! Oman m’a aussi demandé un opéra, mais j’ai refusé. 

Michiel Borstlap & Herbie Hancock

 

Votre avant-dernier cédé, « 88 » (Challenge Records), est bourré de swing et de groove, avec des envolées très modernes comme dans « Live DJ », vous utilisez aussi le Fendre Rhodes. Le dernier opus en solo est beaucoup plus introspectif : est-ce le reflet de votre côté américain pour l’un et votre côté européen pour l’autre ?
Exactement. J’ai un pied en Europe et l’autre en Amérique, c’est vrai. Dans mon nouveau cédé, on entend l’influence de Satie, des impressionnistes comme Debussy. Mais aussi par un fantastique pianiste russe qui s’appelle Akadi Volodos, un monstre du piano, il joue dans toutes les grandes salles du monde. Il a fait cette année un album autour de la musique de Federico Mompou… Fantastique ! Ce que ces compositeurs comme Ravel, Mompou, Debussy ont compris, c’est que l’espace entre les notes est essentiel; j’ai voulu écrire quelque chose dans cette voie : créer de l’espace, des moments d’attente, « Reflective » est écrit dans cet esprit et est donc très différent de mon précédent album. Quand je compose, je cherche une atmosphère avec la main gauche, ma main droite ne fait rien, je laisse aller mes sentiments sur la main gauche… J’essaie d’y entendre une mélodie. Parfois, les choses viennent d’un coup, c’est le cas sur « Change » et « Two Brothers » qui ouvrent l’album. Mais pour « I Wrote You A Song », je suis resté deux semaines sur la main gauche, je ne pouvais rien écrire, et soudain j’ai trouvé la mélodie. 

Ce sont toutes des nouvelles compositions ?

Oui, sauf « Birds » qui n’est pas de moi, mais était la chanson des Pays-Bas au dernier concours Eurovision, mais sans doute ne l’avez-vous pas entendue, ce n’est pas un truc très intéressant… C’est une composition de Anouk Teeuwen, la chanteuse pop-rock très connue aux Pays-Bas. C’est une belle ballade avec des accords qui sonnent très jazz, ça correspondait à l’ambiance de mon album. 

Vous aimez enregistrer plusieurs versions d’un même thème, comme pour « Cherish Your Sunshine » ?
Quand je compose un morceau et que je le joue souvent en tournée, j’aime changer les choses, travailler sur une nouvelle matière, c’est pourquoi j’enregistre plusieurs versions d’un même thème.

Quand rejouez-vous en Belgique ?
Le mois prochain, je joue à Genk au C-Mine, le 6 novembre. Je fais une tournée en solo; il y a une caméra qui donne sur le clavier et qui projette mes mains en grand sur un écran pendant le concert. Je trouve cette idée chouette, ça donne un côté théâtral au concert.

Propos recueillis par Jean-Pierre Goffin

A écouter :
« 88″, Michiel Borstlap Trio avec Boudewijn Lucas (basse électrique) et Erik Kooger (batterie),  Challenge Records.

« Reflective”, label Summertime, distribué par Harmonia Mundi.