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Jean-Paul Estiévenart

Jean-Paul Estiévenart: à la recherche d’un vrai son de groupe.


Jean-Paul Estiévenart est l’un de nos musiciens les plus sollicités, il a remporté le Prix Jeune Talent des Django d’Or voici quelques années, et pourtant voilà seulement quelques mois que vient de sortir son premier album personnel : « Wanted », enregistré en trio avec Sam Gerstmans (contrebasse) e t Antoine Pierre (batterie) pour le label brugeois WERF. Confortablement installé dans un des fauteuils du Pelzer Jazz Club, il nous livre les secrets de ce groupe qui sera présent en mai prochain au festival Jazz à Liège et qui participera au prochain Jazztour (2014-15). Il évoque ses autres nombreux projets, du quartet Collapse et LG Jazz Collective à son passage au sein de Rêve d’Eléphant Orchestra, de Mik Mâäk et du nouveau groupe de Teun Verbruggen. Une actualité pour le moins chargée…

Propos recueillis par Claude Loxhay 

Tu as participé à une quinzaine d’albums comme sideman, tu étais co-leader de Four in One avec Lorenzo Di Maio (album de 2008), mais c’est seulement avec « Wanted » que tu sors ton premier album personnel. Pourquoi as-tu attendu aussi longtemps ? 
J’ai déjà attendu de trouver les musiciens avec qui je m’entendais vraiment, avec qui ça marchait comme sur des roulettes dès le début. Quand Antoine est arrivé sur la scène, cela a été une évidence, je l’ai rencontré quand il avait 16 ans et j’ai commencé à jouer avec lui quand il en avait 18. Je me suis dit très vite que c’était le batteur qui allait faire sonner ce que j’avais en tête. D’un autre côté, je connaissais bien le potentiel de Sam. J’ai donc attendu afin de trouver la rythmique idéale pour moi.

Comment as-tu choisi le label brugeois WERF?
J’ai tout simplement envoyé un mail à Rik Bevernage, le directeur, avec une démo du trio et je lui ai annoncé qu’on enregistrait en juin au Jet Studio. Je lui ai demandé si cela l’intéressait de sortir le projet. Il m’a répondu que cela l’intéressait vraiment.

WANTED CHRONIQUE


Tu as choisi la formule du trio « pianoless », ce que font beaucoup de saxophonistes, de Sonny Rollins à Mark Turner, mais peu de trompettistes. Pourquoi ?
Je suis très influencé par le trio de Sonny Rollins que j’écoute beaucoup. J’ai aussi un disque de Charlie Haden, en trio avec Don Cherry et Ed Blackwell, et cela m’a donné envie de jouer en trio. J’ai testé cette formule, un peu par hasard, il y a 8 ans, parce que le pianiste du groupe était malade le jour du concert et je me suis rendu compte que j’étais vraiment à l’aise en trio. Mais cela a mis du temps à se concrétiser réellement. Puis j’ai entendu ce trompettiste qui s’appelle Avishai Cohen (à ne pas confondre avec le contrebassiste du même nom) qui joue aussi en trio. Je trouvais que cela sonnait bien. Dans une telle formule, je me sens libre harmoniquement, je vais ou je veux, la contrebasse de Sam me donne beaucoup d’idées harmoniques et Antoine est très créatif.

Pour « Wanted », tu as choisi une série de compositions personnelles, à l’exception de Lazy Bird de Coltrane…

Oui, Lazy Bird que j’ai arrangé en 7-4, j’avais fait un petit exercice, il y a quelques années, autour du 7-4. Lazy Bird est un morceau que j’écoute beaucoup, il est sur l’album « Blue Train » Je l’ai beaucoup joué en trio et j’ai voulu trouver un arrangement pour l’interpréter différemment. Pour le reste, l’album est effectivement constitué de compositions personnelles.

En interview, tu as dit que, pour certains thèmes, comme The Man, tu as été inspiré par Ornette Coleman…
En fait, Ornette m’inspire beaucoup pour les thèmes : des compositions simples entre guillemets, des mélodies très gaies, très faciles à retenir avec une ouverture sur l’improvisation. Ce qui m’inspire, c’est cela.

Au travers de tes compositions, Antoine m’a dit que tu cherchais avant tout à trouver un son de groupe…
C’est cela qui m’intéresse, même dans les autres groupes avec lesquels je joue. Ce qui m’intéresse, c’est que la trompette fasse partie d’un son d’ensemble, et non qu’elle ressorte isolément, au-dessus de tout le monde, avec des notes aiguës. Je veux trouver un vrai son de groupe peu importe avec qui je joue.

Quels trompettistes as-tu écouté à tes débuts ?
Au tout début, quand j’avais 16-17 ans, j’écoutais Chet,  je n’écoutais que ça, j’essayais de jouer comme lui. Miles est arrivé plus tard. Mes trompettistes favoris, il y en a beaucoup: Miles, en premier, c’est le top pour moi, Freddie Hubbard, Tom Harrell, Clifford Brown, Kenny Dorham.

CHET BAKER


Pour trois plages, Bird, Witches Waltz et Guerilla, tu as invité le saxophoniste espagnol Perico Sambeat avec qui tu avais joué au Gaume Jazz Festival en 2011. Comment le connaissais-tu ? Les médias belges ou français parlent peu du jazz espagnol…

C’est vrai. Perico, en fait, je le connaissais parce que je possède certains de ses albums, l’un avec Brad Mehldau, Kurt Rosenwinkel, Ben Street et Jeff Balard. J’ai regardé sur internet qui c’était. D’autre part, je jouais, par hasard, dans le trio d’un contrebassiste qui s’appelle Marco Bardoscia. Il avait constitué un trio avec le batteur Manu Roche et Manu a décidé d’inviter Perico Sambeat, c’est comme cela que je l’ai rencontré. On a fait trois dates en Espagne puis à Paris. Cela a tout de suite collé entre nous. Je l’ai revu plusieurs fois en Espagne, je suis allé dormir chez lui, on a bien sympathisé. Quand j’ai songé à un guest pour le disque, j’ai naturellement pensé à Perico. Il a dit oui tout de suite.

Le thème Bird que tu joues avec lui, est-ce une référence à Parker ?
A Parker, oui et non. Au départ, le thème m’a été inspiré par Ornette : un petit oiseau qui est toujours un peu au-dessus du groupe…

Avec le trio, tu vas participer, en mai prochain, au festival Jazz à Liège
 auquel tu as déjà participé comme sideman puis tu participeras au prochain Jazztour : une fameuse reconnaissance…
C’est vrai. Pour le festival Jazz à Liège, j’avais déjà remplacé Bert Joris au sein du quartet de Nathalie Loriers et j’avais joué au sein du Tuesday Night Orchestra, dans l’hommage rendu à Bobby Jaspar et René Thomas, même si je ne joue pas sur le disque « In A Little Provincial Town ». Avec le trio, je vais participer aussi au Jazztour du 16 au 31 janvier 2015, puis au Jazz Lab Series, en Flandre, en mars 2015.

Bientôt va sortir un nouveau disque de Collapse, groupe dont tu fais partie depuis un certain temps…
L’album va sortir prochainement chez Igloo. Par rapport au premier album de 2010, la formation a évolué : Cédric Favresse a décidé d’arrêter, il a aussi un boulot à part, il a des travaux dans sa maison, il se sentait un peu fatigué. Il s’est dit qu’il allait arrêter parce que cela lui prenait trop de temps et d’énergie. C’est Steven Delannoye (saxophone) qui le remplace : il avait déjà fait quelques concerts en guest et cela avait bien marché. Evidemment Alain Deval est toujours à la batterie mais Yannick Peeters (basse) succède à Lieven Van Pee.

Quel est le nouveau répertoire ?
Le répertoire a évolué. Avant, il était plus balkanisant, avec des côtés klezmer et musique du monde entre guillemets. Maintenant, on est davantage sur des morceaux plus contemporains, des thèmes minimalistes, avec une influence du Nord, de la Norvège mais aussi de la musique new-yorkaise actuelle, comme celle du saxophoniste Tony Malaby. Donc on suit une direction plus contemporaine.

Mais toujours avec des compositions originales ?
Oui, beaucoup de compositions d’Alain. Je n’ai pas beaucoup composé pour ce groupe-ci.

D’autre part, fin de l’année, doit sortir un album de LG Jazz Collective : le répertoire a évolué…
Oui, je les avais entendus au Jazz à Liège, lors de la création, dans un répertoire centré sur des compositeurs liégeois comme Bobby Jaspar ou René Thomas, selon la commande de la Maison du Jazz. A l’époque, je ne faisais pas partie du groupe, c’était Adrien Volant à la trompette. J’ai rejoint le groupe par la suite. Maintenant le répertoire est toujours consacré à des compositeurs belges, mais plus récents, comme Lionel Beuvens ou Nathalie Loriers. Guillaume a aussi composé plusieurs morceaux. C’est un très chouette groupe dans lequel je retrouve aussi Steven Delannoye.

On t’a souvent entendu en big band, de l’European Youth Jazz Orchestra
 au Jazz Station Big Band ou au Tuesday Night Orchestra…
Je joue toujours au sein du Jazz Station Big Band, mais plus avec le Tuesday Night Orchestra. Par contre, je fais parfois des remplacements au sein du Brussels Jazz Orchestra. En big band, je crois que les gens m’appellent parce que je lis assez bien et je peux me débrouiller pour les solos. En général, les trompettistes sont là en section et pas vraiment en tant que solistes. J’aime aussi ce travail en grande formation.

Un peu à l’opposé, on peut t’entendre dans le trio intimiste de Winter Sweet..
Oui, avec Barbara Wiernik au chant et Bram De Looze au piano. On n’a pas de concert pour l’instant mais j’espère que ça va reprendre. C’est un projet très intimiste, mais très intéressant dans la couleur : piano, voix, trompette, c’est surprenant. Bram De Looze est fantastique et Barbara a une voix magnifique.

Le trio s’insccrit un peu dans la lignée du travail de Norma Winstone avec Kenny Wheeler et John Taylor, non ?
C’est un peu l’influence de Barbara qui a travaillé avec Norma Winstone.

On te retrouve dans des formations au style très différent : du hard bop du quintet de Manu Hermia à la musique latino de Comboio, en passant par le Summer Residence avec Bernard Guyot et Charles Loos…
Oui, avec Bernard Guyot et Charles Loos, on vient de sortir un deuxième album, avec un répertoire centré sur la musique classique belge : César Franck, Eugène Ysaïe. Un disque intéressant : une musique classique arrangée par Bernard, Charles et Peter Hertmans. Au sein du quintet de Manu, c’est vraiment les potes qui se retrouvent autour de standards et de grands thèmes du hard bop, dans l’esprit de Cannonbal Adderley. Pour ce qui est de Comboio, avec Manu Comté à l’accordéon et Boris Gaqueré à la guitare, c’est un album qui s’inscrit dans l’esthétique « musique du monde ». Je suis surpris qu’ils aient pensé à moi. Manu était à la recherche d’un trompettiste, Sam, qui est à la contrebasse, a regardé les morceaux et s’est dit que je pourrais convenir.

Y a-t-il d’autres collaborations dans ton actualité ?
Il y a trois projets que je trouve vraiment intéressants : je joue dans Rêve d’Eléphant, dans le dernier projet de Mâäk avec Laurent Blondiau (trompette) et puis dans le nouveau groupe de Teun Verbruggen (batterie), de nouveau, avec Steven Delannoye et Bram De Looze (piano) : on vient de faire pas mal de dates, on est programmé au festival de Louvain.

Dans Rêve d’Eléphant, tu remplaces Alain Vankenhove ?
Alain n’est plus disponible. Michel Debrulle (percussions) cherchait un trompettiste. Laurent Blondiau a fait quelques dates mais il n’est pas toujours disponible pour l’instant, de mon côté, j’essaie de me libérer.

C’est un tout autre univers…
Complètement, mais c’est très intéressant, ils ont une manière de travailler qui n’a pas grand chose à voir avec le jazz traditionnel, c’est plutôt, pour moi, proche de la musique contemporaine, avec un travail sur le son, au travers d’une musique très festive et très spectaculaire avec ses trois percussionnistes et ses trois souffleurs.

Mâäk s’inscrit un peu dans la même lignée, on y retrouve d’ailleurs Michel Massot…
Là, le nouveau projet repose sur un très grand groupe, on est 18 sur scène : les membres du groupe de base, Laurent, Michel Massot (tuba), Guillaume Orti (saxophone), Jeroen Van Herzeele (saxophone), Joao Lobo (batterie) mais aussi Pierre Bernard (flûte), Bo van der Werf (saxophone), Geoffroy De Masure (trombone), Bart Maris (trompette) ou Fabian Fiorini (piano). On a fait une résidence de deux jours et un concert au Recycl’Art. On est dans une phase de work in progress. Le projet va bientôt arriver sur les scènes. Je ne manque donc pas de projets.

Les dates du trio

Liège Jazz festival, 9-10 mai

Jazztour, 16 au 31 janvier 2015

Jazz Lab Series: mars 2015