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Joëlle Léandre / Daunik Lazro, Hasparren

Daunik LazroJoëlle Léandre, Hasparren (Nobusinessrecords)

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Hasparren, le nom du disque à la fois direct et pragmatique, simple et spontané, du disque qui réunit le saxophoniste baryton Daunik Lazro et la contrebassiste Joëlle Léandre a tout de la carte postale. Pas seulement parce que la ville basque où a eu lieu l’enregistrement de ses deux figures de la musique improvisée européenne a tout du lieu de villégiature idéal ; surtout parce que ce qu’il donne à voir est remarquable. Je vous écrit d’outre-impro, voilà comment pourrait commencer le texte au recto.
Et dans cet ailleurs, une musique intense et raffinée s’empare des lieux pour mieux les habiter. La pochette, qui représente la photo des deux improvisateurs échographié en dit aussi long sur la musique. Elle sera intérieure et profonde. Imaginons. Pénétrons dans cet entre-deux aux contours familiers…
Comme avec Braxton dans les brumes belges, Joëlle Léandre et Daunik Lazro jouent ensemble depuis des années. Comme Braxton, sur ces années n’ont percolés qu’une poignée de disques à peine, avec George Lewis ou Irène Schweizer. On se réjouit donc absolument de cet enregistrement pour le label balte No business où Joëlle Léandre avait déjà signé un voyage plein d’intensité avec India Cooke. La musique de ces deux-là ensemble est si peu documentée, qu’elle file entre les doigts avec la sensation du sable chaud : infinie et mouvante, mais absolument insaisissable. On la pense pleine d’énergie, remplie de tension et de secousses telluriques, se heurtant dans les profondeurs de timbres jumeaux… Mais elle n’est jamais où on l’attend. On la découvre placide. On se retrouve dans le second morceau, sobrement nommé « Hasparren II » au coeur d’un monochrome plein de quiétude entre archet et souffle étendu qui enfle peu à peu comme un trait de feutre qui s’alourdit. L’énergie est là. Elle est contenue. Elle est ténue. Elle peut éclater à tout moment. Au fur et à mesure qu’elle monte en intensité, le baryton s’en va visiter les aigus. Quitte la dense zone commune pour pousser la contrebasse dans les tréfonds, comme une vague où la voix se mêle. Une voix qui dans un apparaît peu par ailleurs sur le reste de l’album où la contrebassiste travaille plus la turbulence que les éclats. Voici le flot continu aux aspérités rondes mais massives qui coule jusque dans les tout derniers échanges de « Hasparren VI » où le bourdonnement de l’archet semble se confondre avec la raucité du baryton. Un flot continu comme un flux vital qui irrigue le duo. Une symbiose. On retrouvera le mouvement centripète entre l’ultra-aigu du baryton et la cascade d’archet aperçu plus haut dans « Hasparren IV » qui est la pièce centrale de ce disque. On perçoit au fur et à mesure que le morceau avance une tension de chaque instant qui déchire le silence. Jamais cependant elle ne se désunit. Les deux musiciens avancent côte-à-côte, au même pas, avec une force inéluctable. Une de ses forces qui n’a même pas besoin de paraître pour prouver son évidence. C’est ainsi qu’on découvre un propos presque atmosphérique parfois. On serait tenté de dire chambriste dans le magnifique « Hasparren V ». C’est cependant plus largement une relation élémentaire, voire baptismale avec le silence. C’est en cela que le lieu est important ; il résonne au centre culturel Eihartzea comme des hauteurs de cathédrale imaginaire. Il n’y a pas de cartes postales qui ne fasse voyager…

Franpi Barriaux

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