Piano, piano… trio, duo, solo juil09

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Piano, piano… trio, duo, solo

Piano, piano… trio, duo, solo

Michel BiscegliaSingularity  (Prova Records)

Erik Vermeulen – Seppe Gebruers, Antiduo (El Negocito)

Ivan Paduart, Alone # (Quetzal Records)

Trois albums dédiés au piano, trois approches différentes.

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Avec  »Singularity », Michel Bisceglia signe son sixième album à la tête de son trio : un gage de fidélité et de complicité qui le lie, depuis 20 ans, au contrebassiste Werner Lauscher et au batteur Marc Léhan, une rythmique discrète mais efficace. Après « About Stories » sorti chez BMG, avec Randy Brecker (trompette) et Bob Mintzer (saxophone ténor) en invités, le pianiste natif de Zwartberg, avait enregistré « The Night And The Music » (Culture Records 2002), entièrement dédié à de grands classiques de Gershwin et Cole Porter, puis une série d’albums consacrés à des compositions originales : « Second Breath » (2003), « Inner You » (2007) et « Invisible Light » (2009).  S’il a fait un bref passage au Conservatoire de Maastricht puis au Jazz Studio d’Anvers, Michel Bisceglia est avant tout un pianiste autodidacte qui s’est construit un univers original au fil de ses albums personnels et de ses rencontres (trio Cattleya en référence à Proust, ancrage dans la tradition avec Duke Ellington’s Sound of Love de la chanteuse Kristen Cornwell et fidélité à ses racines italo-limbourgeoises au travers de son duo avec le trompettiste Carolo Nardozza). Avec ce nouvel enregistrement, il nous propose un double album à son image : « Singularity » consacré à une série de nouvelles compositions personnelles et « My Ideal », bonus album qui permet de revisiter, au travers d’alternate takes, 7 compositions anciennes : de My Ideal de l’album « About Stories » à Out To Sea et Paisellu Miu de « InnerYou » ou N’n siata de « Second Breath ». Les 9 compositions originales de Singularity offrent, pour leur part, un parfait reflet de l’univers de Michel Bisceglia : un évident ancrage dans la grande tradition du piano trio inaugurée par Bill Evans (Meaning Of The Blues, Don’t Explain), un lyrisme exacerbé qui peut évoquer le trio EST (Jasmine) mais avec un rappel de ses racines italiennes (Puccini, et Passion Theme en référence à la musique qu’il a écrite pour le film « Marina », de Stijn Coninx).

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« Antiduo »comme les Antimémoires de Malraux ? Le pianiste Erik Vermeulen est un habitué des duos : avec le saxophoniste Ben Sluijs (dernièrement « Décades » chroniqué sur le site) et, plus aventureux, un duo avec le batteur Eric Thielemans. Ici, le natif d’Ypres (1959), rencontre un jeune pianiste né en 1990, Seppe Gebruersféru de l’exercice solo et adepte d’un courant musical mêlant jazz, improvisation, classique et minimalisme. Il fait aussi partie de deux formations prometteuses, hors des sentiers battus : le septet Ifa Y Xango’s dont l’album « Abraham » a été salué comme « best debut album 2013″ par New York City Jazz Records et le sextet Mount Meru (album « Arbres »). Bien connu pour sa prise de risque le label El Negocito nous propose ici 18 improvisations enregistrées au Singel d’Anvers, entre 2010 et 2012 (c’est le contrebassiste Manolo Cabras qui a réalisé le mixage), 18 courtes pièces énigmatiquement numérotées de 0120120330 à 2020120430 « Disco ». Un échange inter-générationnel qui s’inscrit résolument dans la lignée des nouvelles musiques improvisées.

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Chez Quetzal, un album solo d’Ivan Paduart: « Alone # » (le hashtag a toute son importance) : une nouvelle pierre à l’édifice discographique du prolixe pianiste bruxellois ? Pas vraiment : si la pochette précise bien le nom de l’ingénieur du son (Pino Guaracci) et celui du studio, par contre, pas de date d’enregistrement. Un coup d’oeil rapide dans le fouillis des armoires à disques et on a la réponse : c’est que 23 des 26 plages de l’album Quetzal sont issues d’un disque de 2005 (Alone, sans #, sorti sur le label Alone Records), mais remastérisées par Manuel Molino. Même le texte de pochette est identique (à l’exception des remerciements au producteur). Pourquoi ne pas préciser à l’acheteur potentiel qu’il s’agit d’une réédition (le site Jazz In Belgium l’indique, mais le label Quetzal parle d’un équivoque « new CD release february 2014) ? C’est ce qu’a fait le label Werf lorsqu’il a repris à son compte, en 2006, l’album « Silent Spring » de Nathalie Loriers, sorti en 1999 sur un éphémère label français, avec une photo très « glamour » de Nathalie. Restent, direz-vous, les trois bonus tracks, Arvo, Forbidden Love et Formentera. Oui, si ce n’est qu’Arvo apparaissait déjà sur « In Exile Of Dreams », seul solo de piano de cet album enregistré avec David Linx. Pour ce qui est des deux autres thèmes, j’ai arrêté de jouer à Sherlock Holmes. Et la musique dans tout cela ? On retrouve évidemment ce lyrisme mélodique à fleur de peau cher à Paduart, que ce soit sur Solstice (déjà présent sur l’album « Trio Live » en 1999), Life As It Is (de l’album « Douces illusions » de 2009) ou Igor (présent sur « Crush » en 2008), mais on aimerait qu’Ivan Paduart, au-delà de son incontestable talent de ciseleur de mélodies, puisse davantage développer ses thèmes au travers de plus amples improvisations comme ont pu le faire Enrico Pieranunzi ou Michel Graillier. Ivan Paduart présentait, lors des Fêtes de la Musique à Liège, ce répertoire solo « en symbiose constante avec des images aériennes à couper le souffle » (dixit la brochure-programme). Trois approches radicalement différentes du piano: à vous de choisir.

Claude Loxhay