Orchestre National de Jazz : Olivier Benoît août11

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Orchestre National de Jazz : Olivier Benoît

Orchestre National de Jazz : Olivier Benoît

Europa Paris (ONJazz records)

Le directeur artistique

Il y a quelques mois, le guitariste Olivier Benoît était nommé, pour un mandat de quatre ans, à la tête de l’Orchestre National de Jazz. Petit retour en arrière sur le parcours éclectique du onzième directeur artistique de l’ONJ français, un parcours qui ne manque pas de connexions avec les musiciens belges. Né le 6 mai 1969 à Valenciennes, à quelques pas de la frontière belge, Olivie Benoît a poursuivi des études de musicologie à l’Université de Lille et a rejoint les classes de jazz du Conservatoire de la métropole nordiste, sous la férule du trompettiste Jean-François Canape et du guitariste Gérard Marais mais aussi en compagnie de la vocaliste Annick Nozati et de l’Anversois Fred van Hove qui l’initient à la musique improvisée.

En 1992, il fonde son premier quartet Happy House, en compagnie du saxophoniste Julien Favreuille et du contrebassiste Nicolas Mahieux (le fils du grand Jacques), un quartet avec lequel il enregistrera, en 2008, l’album « Inoxydable ». En 1995, il s’installe à Paris, fréquente  la scène innovante des Instants Chavirés de Montreuil, rencontre Guillaume Orti (le saxophoniste alto de Mâäk) et le guitariste Philippe Deschepper. En 1999, il enregistre l’album Franche Musique au sein du quartet du batteur Jacques Mahieux, avec Vincent Mascart au saxophone. Il rencontre également le batteur Christophe Marguet, avec qui il enregistre deux albums, en 2002, « Reflections » au sein d’un sextet avec Philippe Deschepper, Daunik Lazro (saxophone alto), notre compatriote Michel Massot et Alain Vankenhove (trompettiste qui a rejoint plus tard Rêve d’Eléphant Orchestra) et, en 2005, « Ecarlate », en quartet avec Sébastien Texier au saxophone. En 2001, il rejoint l’ONJ dirigé par le violoncelliste italien Paolo Damiani et enregistre l’album « Charméditerranéen », au sein d’une formation transgénérationnelle réunissant François Jeanneau, Gianluigi Trovesi, Paul Rogers ou Anouar Brahem mais aussi des révélations comme Médéric Collignon, Gianluca Petrella ou le violoniste Régis Huby. Avec ce dernier, Olivier Benoît enregistrera trois albums : « Simple Sound » (2007), « All Around » (2008) et « Furrow » (2010). Parallèlement, le Nordiste crée ses premiers solos de guitare& (« Serendipity » en 2011), multiplie les expériences de musique improvisée, en duo avec le saxophoniste Jean-Luc Guionnet « (& Un » en 2002) et la pianiste Sophie Agnel (« Rip Stop » en 2003, « Reps » en 2014). Bien qu’installé à Paris, Olivier Benoît continue parallèlement à s’impliquer sur la scène musicale lilloise : il participe à la création du CRIME (Centre Régional d’Improvisation et Musique Expérimentale) et du collectif Circum (album « Hue » de 2008, enregistré avec des musiciens vietnamiens lors d’un séjour en Asie et « Le Ravissement », en 2009, avec le Circum Grand Orchestra). Fidèle à ses amitiés, il retrouve Jacques Mahieux pour « Peaux d’âmes », en 2011, avec Géraldine Laurent au saxophone. Avec son ONJ, il vient de graver le double album « Europa Paris », prépare déjà un deuxième album consacré à Berlin et, lors d’une résidence à la Jazz Fabric au Carreau du Temple, il s’apprête à inviter le vocaliste anglais Phil Minton et le Belge Bart Maris à la trompette. (1)

L’orchestre

Pour le seconder, Olivier Benoît s’est choisi, comme Paolo Damiani avec François Jeanneau, un conseiller artistique : Bruno Chevillon, un des maîtres de la contrebasse en France. Après avoir fait ses classes avec le saxophoniste André Jaume, Bruno chevillon a côtoyé les plus célèbres des jazzmen français : Louis Sclavis, Marc Ducret, Michel Portal, Stéphan Oliva, Daniel Humair mais aussi des Américains comme le saxophoniste Tim Berne et le batteur Paul Motian. Pour sa part, Olivier Benoît l’avait croisé, en 2007, au sein de la formation de Régis Huby. Comme lui, Bruno Chevillon est passionné par ces chemins de traverse en jazz et musique improvisée, comme le montre son groupe Caravaggio. Pour assurer l’assise rythmique, le choix essentiel d’un batteur s’est porté sur un complice de Bruno Chevillon, Eric Echampard, membre du Megaoctet d’Andy Emler et qui a croisé, lui aussi la crême du jazz français : Marc Ducret, François Corneloup, Michel Portal, Louis Sclavis ou Christophe Monniot. Pour compléter cette assise rythmique, on retrouve, au piano, Sophie Agnel qu’Olivier Benoît a croisé en duo et, aux claviers, Paul Brousseau, un musicien en partie autodidacte qui a notamment collaboré avec Louis Sclavis (« L’imparfait des langues ») et avec Marc Ducret (« Le sens de la marche »). Parmi les autres musiciens issus d’un appel à candidature, pas mal de jeunes instrumentistes diplômés du Conservatoire de Paris. Aux clarinettes, Jean Dousteyssier, le plus jeune de la formation, a obtenu un diplôme de la Classe de jazz parisienne en 2013 et a notamment intégré le Umlaut Big Band spécialisé dans la reprise de morceaux des années 1920 et 1930. Au saxophone alto, Hugues Mayot est diplômé de la classe de François Théberge. Après avoir participé au projet Duke et Thelonious de la Compagnie des Musiques à Ouïr, il vient de constituer son premier groupe personnel avec notre compatriote Jozef Dumoulin aux claviers. Aux saxophones ténor et soprano, Alexandra Grimal, après des études au Conservatoire de Paris, a rejoint la classe de John Ruocco au Conservatoire de La Haye. A 34 ans, la jeune saxophoniste compte déjà, à son actif, 5 albums personnels, notamment « Oxls Talk » enregistré à New York, en compagnie de Lee Konitz, Gary Peacock et Paul Motian. Elle a aussi rejoint le groupe Dragons avec le guitariste Nelson Veras et nos compatriotes Jozef Dumoulin et Dré Pallemaerts ainsi que l’ensemble Nâga avec Marc Ducret, Stéphane Galland et Lynn Cassiers.  Diplômé du Conservatoire de Paris en 2010, Fidel Fourneyron est un virtuose incontestable du trombone. Membre du collectif Radiation 10, avec Hugues Mayot, et de Umlaut Big Band avec Jean Dousteyssier, il a aussi participé à l’album « Le sens de la marche » de Marc Ducret. A la trompette, Fabrice Martinez, soliste à l’opéra de Paris, a collaboré à de nombreuses formations : Le Sacre du Tympan de Fred Pallem, Archimusic de Jean-Rémy Guédon, le Grand Loudsadzak de Claude Tchamitchian, le groupe Supersonic de Thomas de Pourquery revisitant l’oeuvre de Sun Ra ou le Megaoctet pour le projet Présences d’esprit. Enfin, au violon alto, une autre révélation de la scène française actuelle, Théo Ceccaldi. Après des études classiques qui lui ont permis d’obtenir un Premier Prix de violon et de musique de chambre, le jeune musicien de 28 ans a rejoint le quatuor à cordes IXI de Régis Huby et formé son propre trio, en compagnie de son frère Valentin au violoncelle et de Guillaume Aktine à la guitare (albums « Carrousel » en 2012, « Can You Smile », en 2013, avec Joelle Léandre en invitée) : un trio que l’on pourra entendre au D’Jazz Nevers Festival en novembre prochain, tout comme l’ONJ. Soit un total de onze musiciens aux sérieuses références et aux complicités multiples : une formation réduite face aux 20 musiciens de François Jeanneau, 17 d’Antoine Hervé ou 16 de Denis Badault. A un big band traditionnel réparti en sections (saxophones, trompettes, trombones), Olivier Benoît a préféré une formation soudée au son d’ensemble dense et compact. (2)

L’album

Alors que plusieurs de ses prédécesseurs avaient décidé de revisiter des oeuvres du passé (Monk, Mingus, Ellington pour Denis badault, Led Zeppelin pour Franck Tortillier, Robert Wyatt et Astor Piazzola pour Daniel Yvinec), Olivier Benoît a opté pour un répertoire entièrement personnel, basé sur une thématique originale : les grandes villes européennes. A tout seigneur, tout honneur : Paris est ici célébrée, dans un double album, au travers d’une suite en plusieurs mouvements (Paris I et II sur le premier disque, Paris III et IV sur le second avec, en bonus tracks, deux courtes séquences, Paris V et VI, pour un total de 92 minutes de musique dense et palpitante). Parfait reflet de son auteur, ce langage musical allie, en parfaite symbiose, l’énergie du rock (Paris II 9 ou IV 3), l’interaction collective et les envolées libertaire du jazz contemporain (Paris II 3) et les espaces de libre improvisation (III 1 avec une séquence de piano préparé). Au sein d’une formation réduite au son dense et compact, il utilise à bon escient, autour de sa guitare omniprésente, une palette sonore au large spectre : saxophones soprano, alto, ténor, clarinette, clarinette basse, trompette, bugle, trombone tuba, violon alto,  Fender Rhodes, synthétiseur basse, contrebasse, basse électrique et batterie foisonnante. Tout au long des quatre mouvements de base de la suite, les différentes parties s’enchaînent sans réelle interruption, mais suivant une architecture musicale parfaitement ordonnée : ainsi Paris IV part 8 qui clôt la suite reprend, comme en écho, le motif obsédant de Paris II part 9. Soutenu par une rythmique implacable,, cet ONJ nouvelle mouture dégage une masse sonore puissante et survoltée par les stridences électriques de la guitare mais dont émergent tour à tour les différents solistes. Souvent, la musique se construit autour d’un motif obsédant. C’est la cas dès le thème d’ouverture, Paris I part 1: le trombone développe un motif quasi répétitif sur lequel la clarinette vient se greffer puis l’ensemble de l’orchestre avec une dominance des archets (violon et contrebasse). D’autres fois, c’est le piano (Paris II 2) le violon (II) ou la guitare (II 9) qui brodent ce motif qui sert de trame à l’envol de la formation, tantôt dominée par les cuivres (II 2), tantôt par les anches. La guitare du leader joue évidemment un rôle central, ce sont ses stridences électriques qui propulsent la puissance collective des souffleurs (II 3), c’est elle qui engage un dialogue interactif avec le trombone (Paris IV 1) ou prend son envol au cours d’un long solo (II 9). Mais Olivier Benoît a su aussi composer une musique qui laisse de larges espaces à ses différents solistes : saxophone alto (II, 4), ténor (II, 6), claviers (II, 7), clarinette basse (II, 10), trombone (IV, 1) ou violon (IV, 2) avec souvent de beaux passages de dialogues complices (violon-contrebasse sur IV 6, violon trompette sur fond de basse électrique sur II 5). Bref un double album passionnant de bout en bout et plein de véritables révélations.

Les concerts

Lors des festivals d’été, l’ONJ s’est produit, le 13 juillet, à Luz-Saint-Sauveur, il sera présent aux Sables d’Olonne le 1er août et à Monastier-sur-Gazelle le 13.  Et après ?

- 26 septembre : « ONJ sens dessus dessous », avec en invités Phil Minton et Bart Maris, à la Jazz Fabric au Carreau du Temple

- 4 octobre : Festival Jazz à la Tour, Les Herhiers

- 30 octobre-10 novembre : Europa Berlin au Jazz Institut de Berlin

- 12 novembre :  La Filature, Mulhouse

- 13 novembre : Jazzdor Strasbourg

- 14 novembre: D’Jazz Nevers Festival

- 22 novembre : Le carreau du Temple Paris.

- 28 novembre: La Halle aux Grains, Blois

Dans l’espoir d’entendre cet ONJ dans notre Plat Pays !
Claude Loxhay

(1) N.D.L.R.  En 1996, au sein du groupe IMPRESSIONS (« Le Bénéfice du Doute », Lyrae Records, 1997),  entouré des frères Orins,  Stefan au piano et Peter à la batterie, Olivier Benoît remporta le premier concours organisé par JAZZAROUND, à l’occasion d’une finale organisée au Sounds (Bruxelles)

 

(2) N.D.L.R. Le claviériste belge Jozef Dumoulin figurait dans la première mouture de ce nouvel ONJ. L’agenda hyper chargé du grand Jozef en a décidé autrement !