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Jason Moran, All Rise

Jason Moran : la tradition va de l’avant.

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Lorsqu’on découvre Jason Moran  avec le Bandwagon – un fabuleux concert à Flagey il y a quelques années déjà – on a le sentiment de découvrir un pianiste pas comme les autres. Certes le côté dandy du personnage détourne la première impression, mais dès qu’il pose les mains sur le piano, on a compris : ce n’est pas pour rien que Charles Lloyd ( lui qui a eu Keith Jarrett, Geri Allen, Michel Petrucciani ou Brad Mehldau comme partenaires) tourne et enregistre avec ce monstrueux phénomène du piano.  Quand Jason Moran reçoit commande d’un tribut à Fats Waller par la Harlem Stage Gatehouse, il fait appel à des danseurs et à la chanteuse-bassiste Meshell Ndegeocello chez qui rap, funk, rock, jazz ou hip-hop  coulent dans les veines; le spectacle s’appelle « The Fats Waller Dance Party » et le nouvel album du pianiste « All Rise » – avec le sous-titre « A Joyful Elegy For Fats Waller » – en est une version studio qui fera date. Avec le regard tourné vers sans doute un de ses maîtres du passé ( Moran a eu Jaky Byard comme professeur, une école où la tradition a eu une grande place, pensez à  « ATFW » maintes fois joué en solo par Byard dans le sextet de Charlie Mingus), Moran s’engouffre avec joie ( Joyful  Elegy) dans la musique d’aujourd’hui dès l’ouverture, vingt secondes de hip-hop pour introduire Fats Waller, si ce n’est pas inattendu ! Ain’t Misbehavin’, The Joint is Jumping et Honeysuckle Rose sont superbement  réarrangés avec voix et Lulu’s Back In Town et le virtuose Handful Of Keys  symbolisent à eux  seul l’extraordinaire talent pianistique de Moran, et démontrent  les ressources infinies de la création jazz. Une version à peine reconnaissable de Jitterburg Waltz clôture l’album avec  Sheik of Araby/I Found A New Baby sans qu’on ait vu le temps passer. Sûr que la musique de Fats Waller ainsi revisitée va ouvrir les oreilles d’un jeune public funky, tout en recevant l’adhésion des inconditionnels de Thomas Wright Waller. Une galette qui tourne depuis une semaine sur le lecteur de votre serviteur… et ça ne s’arrête pas !

Jean-Pierre Goffin