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Pablo Held, The Trio Meets John Scofield

Pablo Held, The Trio Meets John Scofield (Pirouet Records)

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Nos oreilles sont plus souvent tournées vers le jazz européen du sud ou d’outre-quiévrain, à tort. Le label münichois « Pirouet » nous permet de découvrir quelques trésors de la scène allemande que nous avons rarement l’occasion d’entendre dans nos régions. Le pianiste Pablo Held fait partie de ces surprises bienvenues : issu d’une famille de musiciens qui lui font très tôt découvrir le jazz par les concerts, Pablo Held  présente un trio original où les trois parties jouissent d’une liberté contrôlée et partagée. On avait déjà pu s’en rendre compte sur l’album « Live » (Pirouet PIT3066) d’une grande fraîcheur et d’une spontanéité qui fait fi des conventions, faisant sonner les compositions comme des improvisations et vice-versa. Le nouvel opus du trio est une nouvelle fois un enregistrement en public, réalisé au Philharmonic Hall de Cologne, il y a moins d’un an avec cette fois un prestigieux invité en la personne de John Scofield. On ne présente plus le guitariste, mais on peut imaginer l’événement pour ces jeunes Allemands qui n’étaient pas encore sortis du berceau alors que le guitariste jouait avec Miles Davis ou Herbie Hancock ! C’est sur les conseils de son batteur Bill Stewart que Scofield a écouté la musique du trio et a donc été ravi d’accepter l’invitation. Chacun a choisi deux pièces de l’autre pour former le programme du concert, le guitariste flanchant pour « Cameo » et « Nocturne » de Pablo Held, le trio choisissant dans le répertoire de l’Américain « Kubrick » (de l’album « A Go-Go », 1997)  et « Imaginary Time » (de l’album «What We Do », 1993 et repris en 2010 avec The Metropole Orchestra (NL) sous la direction de Vince Mendoza. Une composition de Joni Mitchell « Marcie », déjà présente sur « Elders » de Pablo Held, complète la performance du quartet. Cinq pièces donc, dont trois qui tournent autour des quinze minutes, c’est dire si le lâcher-prise fut prégnant durant le concert : Pablo Held s’envole littéralement sur « Cameo » et « Kubrick » et on n’hésitera pas à citer McCoy Tyner comme référence sur certains passages. De son côté, Scofield réalise une vraie démonstration des sonorités possibles sur l’instrument, moins groovy sans doute que sur son dernier opus avec Medeski, Martin & Wood (« Juice ») mais à la fois intégré au trio et libre d’exprimer sa voix dans la conversation. Il serait injuste de ne pas citer les partenaires habituels de Pablo Held : Robert Landfermann (contrebasse) et Jonas Burgwinkel (drums) sont loin de se limiter au rôle de faire valoir, mais semblent tout aussi impliqués dans ce mémorable moment pour le trio.

Jean-Pierre Goffin