Catherine, Pieranunzi, Fresu au Brussels Jazz Festival jan27

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Catherine, Pieranunzi, Fresu au Brussels Jazz Festival

Brussels Jazz Festival 2015 @Flagey

Le Winterjazz Marni-Flagey Festival (ouf !) a cessé d’exister pour céder la place au Brussels Jazz Festival qui s’est déroulé du 13 au 23 janvier 2015. Première affiche et déjà de grandes ambitions pour ce nouveau venu dans le calendrier des festivals européens, avec Philip Catherine, Cécile McLorin Salvant, le Bruno Vansina Orchestra, le trio Galliano-Fresu-Lundgren…

La soirée d’ouverture, un hommage à Philip Catherine, suivait de quelques  heures le vernissage d’une exposition d’un vieux complice de Jazzaround, Jos Knaepen aka « The Jazzman », et l’annonce du lancement de « be jazz be.brussels », une nouvelle campagne de marketing destinée à parfaire le positionnement de Bruxelles sur la mappemonde. Il s’agit d’une forme de marketing d’affinité… c’est donc sous la houlette et le savoir-faire de Maaike Wuyts (Aubergine Management) que Bruxelles va désormais communiquer de façon offensive et intégrée sur la vie du jazz dans la ville qui a vu naître Toots Thielemans : un portail sur la Toile hébergé par visit.brussels, une page Facebook et des campagnes publicitaires dans la presse internationale. Tout bénéficie donc pour les scènes jazz et leurs actrices et acteurs de Belgique et d’ailleurs !  

Voici trois comptes-rendus des principales soirées de ce premier Brussels Jazz Festival, avec des illustrations du photographe Johan Van Eycken.

Celebrating Philip Catherine : « Philip Catherine & Strings »

Eh oui, Philip Catherine compte déjà plus de 40 ans de carrière. Musicien de jazz belge le plus célèbre, après Toots, sa carrière s’étend du jazz-rock, époque Pork Pie ou Placebo avec Marc Moulin, au cool jazz avec Chet Baker, un des maîtres du genre ! Par contre, « on » ne lui connait aucune incartade côté free jazz, ou alors en cercle très intime et secret, comme ce fut le cas pour René Thomas, un de ses modèles, et dont les traces sont toujours sous embargo à la demande des héritiers du guitariste liégeois ! Dès lors, quoi de plus normal que d’ouvrir un nouveau festival, à Bruxelles, dans le magnifique Studio 4 de Flagey, avec un hommage à Philip Catherine. Cet hommage, Philip Catherine en fut aussi l’acteur principal. L’idée d’organiser ce concert autour des compositions de Catherine, arrangées pour orchestre à cordes, est née suite à la soirée en mémoire de Marc Moulin (21/11/2013). Bien entendu, l’écriture de Philip Catherine se prête à merveille à ce type d’approche : lyrique à souhait avec un sens de la mélodie faussement simple. Plusieurs arrangeurs de talent se sont ainsi penchés sur une douzaine de compositions de Catherine : Michel Herr, Stéphane Colin, Philippe Decock et même Jean-Claude Petit dont on jouera la seule composition ex-Catherine : Philip à Paris, extraite de l’album « Babel » ! Côté cordes, le défi a été relevé par l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, sous la direction de Frank Braley, avec dans le cercle intime d’un quartet de jazz, autour dePhilip : Hans Van Oosterhout à la batterie, Philippe Aerts à la contrebasse, Nicola Andrioli au piano qui signera aussi un arrangement remarquable sur Virtuous Woman (splendide uni-sono entre la guitare de Catherine et un violoncelliste de l’ORCW), et pour l’occasion Nicolas Fiszman (guitare et guitare basse) sans qui ce concert n’aurait sans doute jamais eu lieu. En effet, Nicolas a su convaincre son mentor de se lancer dans l’aventure. Il est vrai que la nervosité de Philip Catherine, palpable dès le début du concert, traduisait un certain malaise dans  cette configuration inhabituelle. Mais très vite, au bout de trois titres, le concept va prendre son envol et se révéler être une excellente idée. Avec Transparence, Philip à Paris, Joly 2/5 (arr. JC Petit), Global Warming (Stéphane Colin) et Virtuous Woman, cette suite de compositions et d »arrangements brillera par un bel équilibre entre les deux univers, et un sens de la mise en musiques d’un arrangeur en particulier, Stéphane Colin, jusqu’alors inconnu à nos oreilles !  La suite du programme va également libérer plus d »espace pour des solos, les violons et les violoncelles joueront aussi pizzicato, et le public aura même droit à des intermèdes improvisés, des petites scénettes provoquées par le maître de cérémonie qui tentait tantôt de retrouver la bonne partition ou changeait de guitare à la dernière minute : nervosité quand tu nous tiens. Ceci dit, ces moments nous ont valu de magnifiques échanges entre Nicola Andrioli et Nicolas Fiszman. Cette parenthèse piano/guitare mérite en tout cas de connaître une suite. Fin du concert, rappels d’un public enthousiaste dans un Studio 4 bondé, et c’est un Orchestre Royal de Chambre de Wallonie spectateur qui assistera, sur scène, au dernier quart-d’heure jazz-jazz, interprété par le quintet, toujours au rythme du pied droit de Philip Catherine,  pied droit qui n’aura cessé de battre la mesure dès les premières notes. Alors, ce Philip Catherine & Strings, un   »one shot » ? Espérons qu’il se trouvera quelques festivals en Europe et au-delà, pour poursuivre cette rencontre qui n’aura que trop tardé. En attendant, il faut savoir que le concert a été capté par la télévision publique flamande  Canvas – le producteur va-t-il conserver les moments impromptus ? – et sera diffusé en soirée le vendredi 06 février prochain.

Philippe Schoonbrood 
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Brussels Jazz Orchestra, Enrico Pieranunzi, Bert Joris à Flagey.

Mercredi 21 janvier. Le Brussels Jazz Orchestra présente son nouveau projet, « The Music of Enrico Pieranunzi », avec, en solistes, le pianiste romain et Bert Joris, devant un public bruxellois conquis, parmi lequel une série de musiciens amis : Nathalie Loriers (elle avait, entre autres, découvert Enrico Pieranunzi, en 1994, lors de son concert solo, au festival Jazz au Château, à Oupeye et lui a dédié sa composition Canzoncina), Antoine Pierre et Jean-Paul Estiévenart (ils ont joué avec Pieranunzi au Gaume Jazz, cet été). Au répertoire, les huit compositions de l’album WERF et, en rappel, une surprise. Dès le premier morceau, Persona, on découvre, outre le lyrisme mélodique du pianiste romain, toute la science des arrangements concoctés par Bert Joris, sa parfaite connaissance de la riche palette sonore de l’orchestre et son art des contrastes. En opposition au timbre flamboyant de sa trompette, une palette sonore tout en délicatesse: aux côtés des deux ténors, une flûte (Frank Vaganée), une clarinette (Dieter Limbourg), une clarinette basse (Bo van der Werf), des bugles et des trombones avec sourdine, un véritable écrin pour le piano lyrique de Pieranunzi. Suivront Fellini Waltz, tout en langueur, avec Bert Joris au bugle; Within The House, au tempo très swing, avec un retour des saxophones alto et baryton; l’énergique It Speaks For Itself, la seule pièce sans Bert Joris, mais avec des solos de Bo van der Werf (saxophone baryton) et Jos Machtel (contrebasse); With My Heart In A Song, avec bugle et solo de trombone de Frederik Heirman; la très belle ballade Coralie, une composition que Pieranunzi avait d’abord enregistrée en duo avec Enrico Rava, avec un solo de bugle sur fond de trompettes bouchées; Distance From Departure, avec un retour des flûte et clarinettes, pour se clore sur un tumultueux Newsbreak mettant bien en valeur toute la puissance de la masse sonore de l’orchestre, en parfaite complicité avec le sens mélodique d’un Pieranunzi visiblement ravi par cette expérience en grande formation. Enfin, en rappel, un thème qui ne figure pas sur l’album mais peut être téléchargé, Tierra Natale, que le pianiste a enregistré, à la tête de son Latin Quintet, sur l’album « Live At Birdland », avec ici, en front line, l’alto de Frank Vaganée, la trompette du Français Pierre Drevet (un membre du Grand Ensemble de Patrice Caratini) et le trombone de Frederik Heirman, pour se clore sur un vigoureux échange entre la batterie de Toni Vitacolonna et le piano fougueux de Pieranunzi. Un tonnerre d’applaudissements : Enrico Pieranunzi n’est pas seulement un merveilleux mélodiste, il est un extraordinaire dispensateur de swing, porté qu’il est par la magie du Brussels Jazz Orchestra et les arrangements brillants de Bert Joris.
Claude Loxhay

Intimisme et belles mélodies : la potion magique de Mare Nostrum.

Concert de stars ce jeudi 22 janvier à Flagey dans le cadre du « Brussels Jazz Festival » : l’album « Mare Nostrum » (ACT, 2007) avait valu à l’époque le titre de premier « all-stars » européen  à ce trio composé de Richard Galliano, Paolo Fresu et Jan Lundgren. Faut-il encore présenter les deux premiers ? Musiciens polymorphes aux projets multiples mais toujours aussi pointus, Galliano et Fresu raffolent des formations intimistes où le lyrisme et l’esthétique du beau son priment.  Jan Lundgren fait partie de ces pianistes suédois d’exception qu’on pourrait asseoir dans la classe de Bobo Stenson ou Esbjörn Svensson, des artistes qui eux aussi privilégient ce petit espace sonore qui devient infini lorsqu’on le  laisse entre les doigts de poètes du clavier. Alors rien d’étonnant que le studio 4 de Flagey soit archicomble pour l’événement. Le concert débute en territoire connu avec le titre éponyme de leur seul album à ce jour. Les compositions alternées des trois musiciens reprennent ensuite d’autres thèmes de leur opus commun : « The Seagull » de Jan Lundgren superbement introduit au piano – un morceau composé pour une représentation théâtrale de  « La Mouette » d’Anton Tchekov -, l’espiègle « Chat Pitre » de Richard Galliano tout en finesse, le clin d’œil du musicien toujours en tournée à sa bienaimée avec « Valze del Ritorno » de Paolo Fresu.

La présence féminine se poursuivait avec une jolie ballade pour l’épouse de Richard Galliano « Giselle » (oui, avec deux « l », précise-t-il). Suivent deux pièces d’un futur album qui, pour des raisons de contrat, tarde à sortir, dont un serein et mélodieux « Blue Silence ». Avec « Liberty Waltz », Richard Galliano à  l’accordina nous annonce un hommage à notre Toots national : Jan Lundgren y va d’une série d’accords qui rappellent le tempo de « Bluesette » avant que Galliano n’y aille lui aussi d’une citation finale. Les deux rappels enchaînés proposent deux « standards » : le premier du XVIe siècle avec « Si Dolce è il Tormento » de Monteverdi dont Paolo Fresu nous avait déjà donné une version magnifique sur l’album « Things » (Blue Note, 2006) avec Uri Caine, puis « Que Reste-t-il de Nos Amours ? » de Trenet aussi repris de l’album « Mare Nostrum ». Le trio se lâchait sur ce dernier rappel avec des citations improvisées de « La Marseille », « La Vie en Rose » etc… Mais quand donc ce nouvel tombera-t-il dans les bacs ? Nous l’attendons avec impatience !

Jean-Pierre Goffin