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Red Garland, Auf Wiedersehen

MPS : rééditions bienvenues !

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Red Garland, Auf Wiedersehen

Red Garland, The Quota

Un peu d’histoire. Le label MPS est né en 1968, par la volonté de l’industriel allemand Hans Georg Brunner-Schwer (HGBS), copropriétaire de l’entreprise SABA, spécialisée en matériels électroniques. En plus d’être un excellent ingénieur du son, Brunner-Schwer était aussi un pianiste amateur et passionné de musiques. C’est ainsi qu’en 1958, il décide de construire un studio d’enregistrement au premier étage de sa villa. Et, trois ans plus tard, il va profiter d’une tournée européenne d’Oscar Peterson pour l’inviter à donner un concert privé. Après le concert, Peterson déclare sans ambages : « I never heard myself like this before ». Décision fut donc prise de l’inviter chaque année pour une « Living Room Session ».  Ce sera l’acte de naissance du label HGBS, lancé par la société SABA. En 1968, après avoir quitté SABA, HGBS décidera de créer le label Musik Produktion Schwarzwald (Forêt Noire) ou MPS ! Bien entendu, les enregistrements d’Oscar Peterson seront les premiers albums édités sous ce nouveau nom, et en 1982, le catalogue MPS comptera plus de 500 références.

Pas étonnant donc que le label se soit focalisé sur la production d’enregistrements de pianistes de jazz, dont William « Red » Garland (1923-1984). Pour rappel, Garland faisait partie du Miles Davis Quintet, entre 1955 et 1958, avec John Coltrane (saxophone), Paul Chambers (contrebasse) et Philly Joe Jones (batterie). Aujourd’hui encore, les spécialistes de la note bleue se chamaillent pour savoir quel quintet était « LE » quintet absolu : celui avec Garland ou celui avec Herbie Hancock (piano), Wayne Shorter (saxophone), Ron Carter (contrebasse) et Tony Williams (batterie) ? Pour mettre tout le monde d’accord, la plupart du temps, les historiens désignent ces deux formations, séparées dans le temps par six années,  par les labels fort neutres  de « First Great Quintet » et « Second Great Quintet » (1964-1969).

Après une période sans doute plus alimentaire, Red Garland a très vite été considéré comme un innovateur, tout particulièrement sur sa façon de construire des blocs d’accords. Les monstres du saxophone qu’il a accompagné avant d’entamer une carrière solo expliquent sans aucun doute cette orientation « tête chercheuse » : Coleman Hawkins, Lester Young et Charlie Parker !

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Ce n’est qu’en 1971 que Red Garland va enregistrer deux albums pour MPS-Music, dans un studio à New York. En effet, Hans Georg Brunner-Schwer va réussir à le tirer de son Texas natal où il était retourné pour des raisons d’ordre privé. « The Quota » et « Auf Wiedersehen » sont ainsi publiés quelques années avant que Garland ne collabore à nouveau avec d’autres anciens de la tribu de Miles Davis : le batteur Philly Joe Jones, pour « Crossings », et le contrebassiste Ron Carter, membre éminent du Second Great Quintet. L’album « The Quota » signe avant tout la rencontre avec le saxophoniste Jimmy Heath. Sur les compositions de Heath (The Quota), Henry Mancini (Days of Wine and Roses), Cole Porter (Love For Sale) et Tad Dameron (The Squirell), le piano et le saxophone portés par Peck Morrison à la basse et Lenny McBrowne à la batterie, explorent toutes les nuances des sentiments doux-amers, entre le blues, le cool jazz et les réminiscences du hard bop sur des titres plus « up-tempo ». Pour « Auf Wiedersehen », Red Garland a choisi de travailler en trio avec Sam Jones (basse) et Roy Brooks (batterie). Le titre qui donnera le nom à l’album est de Garland. C’est une composition en forme de testament (Auf Wiedersehen, au revoir…), avec un clin d’œil appuyé en direction de Nat King Cole. Entre l’interprétation toute particulière de Night In Tunesia, un classique de Dizzy Gillespie, et le lancinant Old Stinky Butt, le trio déroule un très enlevé Hobo Joe (Joe Henderson) avec la même cohésion. Red Garland dispose ici de tout l’espace pour développer toute sa science des harmonies et sa maîtrise de la dynamique du roi des instruments.

Philippe Schoonbrood