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aNoo – new album out : "Sinipiika" – Chronique & interview.

« Voix de Femmes »

Le premier JazzaroundPress sampler, téléchargeable gratuitement, sera bientôt mis en ligne.

Voici la chronique du dernier album d’une des 9 voix reprises sur notre sampler : Anu Junnonen, une des artistes les plus singulières de sa génération.

Anoo, Sinipiika (Prova Records/Amg)

Avec « The Luckless Lands of the North » produit par Homerecords en 2007, la chanteuse d’origine finlandaise Anu Junnonen avait réalisé une subtile osmose entre jazz et musique populaire traditionnelle. Pour ce deuxième album produit cette fois par Prova Records, elle retrouve la même équipe : la rythmique bien soudée de Yannick et Yves Peeters, le mariage très réussi entre l’accordéon lyrique de Tuur Florizoone et le trombone rageur de Dree Peremans. Comme dans son précédent album, Anu Junnonen nous berce dans une douce ambiance de nostalgie latente : elle chante la quête de l’amour fou (How To Keep Crazy Love) et la recherche de nouveaux paysages (Sunday), elle évoque le déracinement de « l’oiseau qui vole dans le ciel mais n’a pas de nid » (Niin Minä Neitonen, chanté en finnois) ou la solitude du vieil homme face à la mer (Santiago). Mais dans ce nouveau mélange entre compositions originales et thèmes traditionnels finlandais (plages 4 et 9), vient s’ajouter ici une coloration pop qui résulte de plusieurs facteurs : l’utilisation d »une technique d’overdubbing de la voix, un enregistrement multipiste qui permet de juxtaposer à la voix de discrets efffets de glockenspiel ou de toy piano, un recours à la technique de programmation de Zorko Opacic (un spécialiste des musiques électroniques) sur les plages Blush, Train Stations et How To Keep Crazy Love et, en fin d’album, un « Buscemi’s Remix » du thème Sunday, à l’instar de ce qu’avait fait le groupe Jazzisfaction de Peer Baierlein pour son premier album (« Epilog For a Lovely Killer remix »). Bien sûr, certains diront que cet album est moins jazz (les solistes se font plus discrets et les invités du premier album, Peer baierlein ou Frederik Heirman, ont disparu) mais le charme de la voix cristalline d’Anu Junnonen opère toujours de la même manière.

Claude Loxhay

Anu Junnonen: une jeune chanteuse finlandaise à Bruxelles.

Anu Junnonen


Comment une jeune Finlandaise diplômée en musique classique décide-t-elle de s’installer en Belgique et d’abandonner le piano pour le chant? Réponse: une rencontre marquante avec David Linx et des études fertiles en découvertes au Conservatoire de Bruxelles.

Propos recueillis par C. Loxhay

 

 

Tu as d’abord étudié la musique classique en Finlande: comment as-tu découvert le jazz?
J’ai d’abord étudié le piano au Conservatoire de Lahti puis j’ai commencé à jouer de la flûte et du saxophone. C’est plutôt à ce moment-là que j’ai commencé à jammer avec mes copains en Finlande, à écrire de petites compositions et puis, j’ai découvert la musique de big band: mon père jouait dans l’orchestre local. Cette musique m’a marquée, j’ai participé à quelques stages de jazz avec Maria Schneider et Herb Pommeroy. Pendant tout ce temps, je me suis surtout exprimée au saxophone et à la flûte mais, parallèlement, j’ai toujours beaucoup chanté dans des chorales et d’autres petits projets. Cependant, je ne savais pas trop comment improviser avec la voix et puis, c’était plus facile de se cacher derrière un instrument.

Comment as-tu décidé de t’installer à Bruxelles?
Après mes études, j’ai travaillé un an en Belgique et, pendant le Jazz Marathon de Bruxelles, j’ai eu l’occasion d’entendre David Linx que j’ai trouvé fantastique. J’ai compris que c’était la voie que je voulais suivre dans ma vie. L’année suivante, j’ai commencé des études au Conservatoire de Bruxelles avec David Linx mais aussi avec Diederik Wissels et Kris Defoort et j’ai suivi des stages de chant avec Deborah Brown et Fay Claassen.

Comment as-tu décidé de fonder le groupe aNoo?
Tuur Florizoone étudiait en même temps que moi au Conservatoire de Bruxelles: je lui ai demandé de venir m’accompagner lors de mes cours dans la classe de David et on s’est mis à travailler à deux. On a fondé aNoo en 2002. Yves Peeters est un excellent batteur, très subtil, qui joue dans le groupe depuis le début. La contrebassiste Yannick Peeters nous a rejoints plus tard, plus ou moins en même temps que Dree Peremans, le plus jeune dans le groupe: au trombone, il possède un son terrible et a plein d’énergie.

Comment s’est constitué le répertoire du groupe au départ?
Les mélodies s’inspirent de différents courants musicaux, allant du jazz à la pop, en passant par des airs folk et des chants de marins. La plupart des morceaux sont des compositions personnelles mais on joue aussi quelques arrangements de morceaux folk finlandais.

Le premier album The luckless Lands of the North est sorti en 2007: il a donc fallu attendre quatre ans pour que soit enregistré le deuxième Sinipiika: que s’est-il passé entretemps?
Après avoir enregistré le premier album, j’ai découvert de nouvelles façons de faire de la musique. J’ai de plus en plus été tentée par le monde des sons électroniques et j’ai commencé à suivre cette voie. Mon but final est d’arriver un jour à faire une performance solo dans cette orientation. J’ai aussi réalisé que je voulais faire un album avec de vraies chansons, des « songs » et non plus écrire des thèmes musicaux avec des parties vocales. Je voulais travailler avec quelqu’un qui sache comment arriver à ce qu’un album sonne parfaitement. J’ai eu la chances de rencontrer Werner Pensaert, le producteur du nouvel album. Petit à petit, nous avons appris à nous connaître, il m’a présentée à Zorko Opacic qui a créé des colorations électroniques pour certaines chansons. Nous avons travaillé à une préproduction de l’album, ce qui arrive peu avec du jazz pur, et, quand nous avons été prêts, nous sommes entrés en studio.

Où as-tu puisé ton inspiration pour tes nouvelles compositions personnelles?
Des artistes comme Sophie Hunger, Hank Roberts ou Patrick Watson m’inspirent beaucoup. Pour les chansons, j’ai trouvé mon énergie et mon inspiration dans la ville de Bruxelles, ma terre d’accueil, dans des sentiments quotidiens comme l’amour ou le désir.

A côté de ces textes chantés en anglais, tu restes fidèle aux airs traditionnels interprétés en finnois: une forme d’attachement à tes racines?
Je pense que, quand on vit à l’étranger, le besoin du contact avec ses racines devient important. J’aime ma langue maternelle. J’aime aussi la riche tradition vocale finlandaise. Et puis, quand les gens entendent cette langue étrange, cela les fait voyager vers de lointains horizons et ils commencent alors à faire aller leur imagination.

Tu as aussi tenu à garder la même équipe…
Tuur, Dree, Yannick et Yves, c’est ma « dream team »…

Le nouvel album n’a-t-il pas une coloration plus pop que le premier?
Probablement, mais cela dépend à qui on le demande. Pour des musiciens pop, cela sonne jazz. Je ne veux pas suivre un style musical unique, je joue ce que j’entends. Mes passions vont du jazz au rock et à l’électro des années ’80. Il y a un temps pour tout.

Quel a été l’apport de Zorko Opacic?
Un apport impressionnant. Cette collaboration a été très intéressante. En le laissant travailler sur certaines de mes chansons, il m’a ouvert de nouveaux horizons, il est venu avec de nouvelles idées, de nouveaux grooves. Cela a été une expérience très enrichissante au cours de laquelle nous avons appris à donner une couleur nouvelle aux chansons, d’une façon à laquelle nous n’avions pas pensé auparavant.

Le disque se termine par un Buscemi’s Sunday Remix: comment est née cette idée?
C’est une excellente idée de Michel Bisceglia de Prova Records. Je me suis sentie honorée que quelqu’un comme Buscemi veuille faire un remix d’une de mes chansons pour l’album. On peut penser ce que l’on veut, c’est « hip ».

Existe-t-il des projets de tournée?
En février prochain, nous participerons à la tournée des JazzLabSeries en Flandre. Après..?  (Et pourquoi pas le Jazztour? NDLR)

Repères:

Sophie Hunger: chanteuse folk suisse, on l’a notamment entendue au Gaume Jazz Festival avec le trompettiste Erik Truffaz.
Hank Roberts: violoncelliste qui a notamment joué avec Bill frisell.
Patrick Watson: chanteur canadien, il a notamment collaboré au Cinematic Orchestra.