Kenny Werner, The Melody sept04

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Kenny Werner, The Melody

Kenny Werner, The Melody (Pirouet Records)

Voilà un titre d’album qui colle à la peau de son auteur ! La mélodie, c’est le cœur nucléaire de l’œuvre de Kenny Werner. N’était-il pas aussi « Le » pianiste de Toots Thielemans, grand joailler de la science des mélodies ?Kenneth Werner est né à Brookly en 1951. Ancien étudiant de la Manhattan School of Music, il étudiera aussi au Berklee College of Music, dans la classe de « Madame » Chaloff, professeure de Keith Jarrett, Chick Corea, Herbie Hancock… Il fera aussi un détour de quelques années par le Brésil, patrie de la mélodie douce-amère. C’est en 1981 qu’il produira son premier album « Beyond The Forest of Mirkwood » pour le label Enja (Munich). Plus de trente ans et environ 25 albums (à son nom) plus tard, voici « The Melody », pour le label allemand Pirouet Records. Pirouet, c’est d’abord un travail d’édition cohérent, autour du piano, porté par une ligne graphique claire et séduisante. Pour ce premier album publié par Pirouet (un deuxième est déjà annoncé !), Kenny Werner s’est entouré de Johannes Weidenmüller (Köln) à la contrebasse et de Ari Hoenig (Philadelphie) à la batterie. Un « piano trio » dans la grande tradition du jazz ! Ari Hoenig est connu pour sa participation aux projets musicaux de Joe Lovano, Pat Metheny, Wynton Marsalis… excusez du peu ! Il dirige aussi son propre groupe, un quartet, avec lequel il a remporté le prestigieux BMW World Jazz Award en 2013. Quant à Johannes Weidenmüller, il séjourna à New York pour suivre les cours de Dave Holland et Cecil McBee, avant d’accompagner Randy Brecker, George Benson, et Joshua Redman. Autrement dit, Werner s’est entouré de deux solides musiciens pour interpréter son univers : écritures et arrangements. Ce sont deux compagnons de route aussi. En effet, le trio existe depuis plus de dix ans maintenant (voir la vidéo ci-dessus). « The Melody » propose sept morceaux, dont trois titres signés de John Coltrane (26-2), Davec Brubeck (In Your Own Sweet Way)  et Tom Jone/Harvey Schmidt (Try To Remember). Néanmoins, le répertoire de l’album souligne une cohérence supplémentaire : tout profane pensera que l’ensemble des titres sont signés du même Kenny Werner ! « The Melody » c’est une ode à la mélodie, un traité autour de l’art de la mélodie. Kenny Werner est sans doute un des détenteurs du secret de la litote musicale : peu de moyens pour des effets majeurs. Qu’il s’agisse des suites harmoniques à la main gauche ou du pointillisme subtil joué à droite, « less is more » ! Ensuite, à l’écoute répétée, on se surprend à découvrir des « leitmotiv » dans le travail du compositeur : le traitement de la mélodie, à la fin de Voncify The Emulians, qui évoque irrésistiblement Luv,  de l’album « Unprotected Music » (Double-Time Records,1998). Enfin, soulignons aussi le mérite de la rythmique qui réside ici dans une retenue calculée, grâce à laquelle contrebasse (absence d’unisono) et batterie (utilisation des brushes) offrent l’écrin idéal à un répertoire qui ne supporte que nuances, délicatesses et introversion. Serait-ce la force de la retenue ? Comme un clin d’œil à « La maîtrise sans effort », cet ouvrage théorique, écrit par le même Kenny Werner, et que tout pianiste devrait lire !

Philippe Schoonbrood