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Caffonnette Quintet @Flagey

Joachim Caffonnette Quintet,

concert de lancement du premier cédé @Flagey

WWW.JOACHIMCAFFONNETTE.COM

Mardi 08 septembre, 20h15, le public du Studio 4 de Flagey attend l’arrivée sur scène du quintet du pianiste et compositeur Joachim Caffonnette. Plus de 90 minutes plus tard, après avoir entendu la version « live » de « Simplexity » (AZ Productions), premier album du groupe, le concert confirme l’irréfutable : le jazz  est une musique vivante, se vit et s’écoute dans toute la splendeur et l’imprévisibilité magnifique de l’instantané. 

Joachim Caffonnette est un tout jeune musicien de 26 ans, tombé dans la potion magique des arts et de la culture dès le berceau. Et, cela s’entend. Après un parcours d’étudiant en « humanités artistiques », ensuite au Conservatoire de Bruxelles, où il suivra les cours d’Éric Legnini, Caffonnette va définitivement plonger dans la note bleue, multipliant les projets en trio, quintet, nonet… Et surtout, comme il se doit, dès l’entrée « en jazz », Caffonnette va écumer les scènes et les clubs de Bruxelles et de Wallonie, et obtenir quelques résidences d’artiste pour peaufiner ses projets. Et, cela s’entend aussi.

La composition du quintet, « géniteur » de ce premier « baby », avec Florent Jeuniaux à la guitare, Laurent Barbier au saxophone alto, Daniele Cappucci à la contrebasse et Armando Luongo à la batterie, compte déjà quelques années de répétitions et de concerts : cohésion, entente et écoute sont donc au rendez-vous. 

Ceci dit, le passage par les cours d’Éric Legnini pourrait, sans avoir entendu la musique de Caffonnette, brouiller les pistes de l’auditeur potentiel. En effet, Legnini est aujourd’hui plutôt connu pour ses accents soul et funk, bien au-delà de la sphère jazz. Le style de Caffonnette balance plutôt entre Charles Loos et Michel Herr, pour garder des références bien de « chez nous ». Une science certaine des suites d’accords (Herr) et ce faux détachement devant le clavier, au travers d’une économie de notes (Loos), définissent le mieux le jeu pianistique de cet « émergent » de la scène jazz belge.

Quant à la musique de Caffonnette, elle s’inscrit dans un courant proche du cool jazz, mâtiné de vagues de la West Coast, avec des accents bien énervés tirés en droite ligne de la Grosse Pomme, où Caffonnette a d’ailleurs résidé à plusieurs reprises. « Simplexity » pourrait fort bien servir de bande-son pour « Mad Men » ou s’écouter autour de minuit, au coin du « Churchill Bar » de La Mamounia, à Marrakech. So what ?

Le concert de lancement de « Simplexity » a aussi permis de vérifier que les ressources du pianiste sont sans doute restées trop en retrait lors de la captation en studio. En effet, ce soir, les solos de Caffonnette, notamment sur Asperatus, ont révélé un pianiste beaucoup plus extraverti et audacieux, alignant lignes harmoniques complexes, tout autant inspirées par les grands noms du « piano jazz » (Herbie Hancock, Bil Evans, Martial Solal), que par des compositeurs « classiques » du début du 20ème siècle, comme Igor Stravinsky ou encore Dmitri Shostakovich : excusez du peu.

Il faut donc découvrir, vivre et entendre le jazz en pubic, bref, en « direct live », comme on dit aujourd’hui.

Quant à la sonorité d’ensemble du quintet, tantôt feutrée, tantôt plus acerbe, mais toujours chaude, elle rejoint la grande tradition de formations comme le V.S.O.P. de Herbie Hancock. Voilà pour LA référence principale. Mais, ceci étant dit, même si les rouages de l’attelage semblent bien huilés, le travail n’est pas terminé. Par delà la nécessaire émancipation du pianiste, le quintet devra aussi explorer d’autres voies que la traditionnelle succession de solos après l’exposé du thème. Piano,  saxophone et guitare pourraient tenter plus d’échappées frontales, et pourquoi pas des séquences répétitives unisono ? Florent Jeuniaux (guitare) brille par l’économie sonore, la recherche de la note juste, et une parfaite complicité avec le leader. Quant au saxophone, il complète avec pertinence la palette sonore, tout en titillant le leader avec ce souffle qui définit la note bleue, jusqu’aux profanes. Et, derrière le saxophone, la surprise du concert : Laurent Barbier remplacé en dernière minute par Sylvain Debaisieux, membre du European Saxophone Ensemble. En tout cas, mission accomplie pour ce dernier : capable à la fois de lecture/interprétation instantanée et du détachement nécessaire pour improviser à partir de l’écriture de Caffonnette. La suite nous dira si ce « one shot » devait devenir permanent. Nos fin limiers enquêtent Quant à la rythmique, Daniele Cappucci (contrebasse) appartient à la catégorie des contrebassistes puissants, précis et improvisateurs inspirés, ce qui n’était visiblement pas trop le cas du batteur, qui nous est apparu fort déconcentré et parfois même hors-sujet.   

Une version enlevée de Rumble In The Jungle pour ouvrir le concert, et Simplexity en guise de rappel, après avoir levé le voile sur un nouveau titre, Lost Rider, audacieux dans la forme, mais non encore abouti, ce Joachim Caffonnette Quintet-là est porteur de promesses. Il devra encore cheminer, multiplier les répétitions et les concerts pour  atteindre les standards internationaux.  L’essentiel est déjà là, et ne demande qu’à éclore. Et puis, il y a le message reçu à l’issue de ce concert, et qui mérite encore une fois d’être souligné : le jazz c’est la vie, et la vie ne se vit pas en différé, « Simplexity ». Allez aux concerts !

Philippe Schoonbrood