Linx-Hatzigeorgiou, The Wordsmith mar08

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Linx-Hatzigeorgiou, The Wordsmith

David Linx – Michel Hatzigeorgiou,

The Wordsmith 

SOUND SURVEYOR MUSIC

Depuis que ces deux-là forgent, ils sont bien les forgerons de leur art. Rares sont les duos voix-contrebasse. Les seuls qui viennent à l’esprit sont dans mon cas le concert de Sheila Jordan et Cameron Brown lors des Jazz’Halo Music Days à Bruges en 1997, et plus récemment le disque paru chez IGLOO de Raphaëlle Brochet et Philippe Aerts. Le premier dans un répertoire quasi exclusivement composé de standards avec des thèmes comme The Very Thought Of You, Dat Dere ou GoodbyePork Pie Hat, le second mêlant standards, inspiration indienne et compositions de Raphaëlle Brochet. Mais un duo basse électrique-voix, j’ai beau chercher et rien ne me vient à l’esprit… Alors ce disque réunissant Michel Hatzigeorgiou et David Linx, deux amis de longue date, fait l’effet d’une pièce rare. L’exercice est en soi périlleux, sur la longueur s’entend, car tenir en haleine pendant près de quarante minutes sur cette instrumentation peut paraître casse-cou. Or l’alchimie fonctionne, et non seulement elle fonctionne, mais elle fascine. Il y a le jeu profondément mélodique de Michel Hatzigeorgiou, tout en finesse, clair comme l’eau de source et divinement éthéré. Et puis le chant en retenue de David Linx. Pas besoin d’en faire des tonnes comme si on était entouré d’une grande formation, la voix du chanteur est posée du début à la fin de l’album atteignant sur certains morceaux des moments de grâce qui rappellent ses duos avec Diederik Wissels ou Nathalie Loriers. Deux reprises d’une belle élégance, Rosa du compositeur brésilien Alfredo da Rocah Viana, dit Pixinguinha, et The Wind Cries Mary de Jimi Hendrix, la composition de Mario Laginha Downriver Bound que David a déjà chantée sur l’album d’Isabelle Olivier, et cinq compositions que se partagent les deux artistes, voilà le répertoire,  plein d’émotion et d’élégance où l’espace laissé par l’ascèse instrumentale confine parfois aussi au silence. Car la force de cet album très personnel tient dans ce qu’on savait y entendre deux merveilleux techniciens de leur instrument respectif – ce qu’ils sont, bien sûr ! – et qu’on y découvre surtout  deux compagnons partageant avec humilité l’essence de la musique : l’écoute de l’autre et l’humble complicité que requiert cette formule. Une superbe collaboration où intimité et émotion font presqu’oublier le volume technique qu’impose cet exercice d’équilibriste. Un duo qu’on voudrait (re)voir au plus vite sur nos scènes.

Jean-Pierre Goffin

En rediffusion, La Chambre Verte consacrée au projet « The Wordsmith »