Pépites #66, Around Jazz jan21

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Pépites #66, Around Jazz

Around jazz, quelques pépites…

C’est du jazz… mais pas tout à fait non plus.

Voici une collection de disques qui méritent qu’on leur rétrocède une oreille très attentive.

Leonard Cohen,

Thanks for the Dance

SONY MUSIC

C’était une fin de soirée comme je les apprécie… Nous avions mangé mieux que de raison, sans doute un poisson en papillote avec ses petits légumes frits dans une huile d’olive à la noblesse méditerranéenne. Puis bu le vin aussi, jusqu’au fond de la bouteille… Un cru toscan qui avait illuminé la table de sa robe claire. Quelques échanges aimables, des projets de vacances ou de travaux à l’état embryonnaire, accompagnés d’une tasse de café au goût amer. Un morceau de chocolat belge. La table rangée, je me suis discrètement éloigné vers le salon. Me suis assis dans ce fauteuil confortable, installé près du convecteur, à côté de la platine. Et j’ai déposé le vinyle sur le plateau, en me servant un cognac. Comme je l’avais sans doute déjà fait, il y a plus de trente ans. On imagine mal les impressions qui nous parcourent l’esprit à ce moment-là. Un mélange de bien-être et de nostalgie. Le souvenir d’une indéfectible amitié, d’un amour naissant aussi, qui lui aussi perdure… Cohen en a été un peu l’instigateur. Cohen, son Partisan, son fameux manteau de pluie bleu, sa choriste Jennifer Warnes… Tout ceci me revenait à l’esprit tandis que les plages de « sa dernière danse » défilaient, et que je me resservais un petit cognac avant la nuit. Etait-ce utile, cette dernière publication de chansons inédites ? Peut-être pas, mais puisque lui-même l’avait demandé… A charge pour son fils, Adam, d’en reconstituer le puzzle, au départ d’un chant (proche du spoken word) enregistré au cas où et de quelques bribes mélodiques… Cohen, dont l’ultime sortie « You Want It Darker » s’était faite dans un état de grâce proche de la perfection… Mais honnêtement, à entendre sa voix, je me suis senti heureux. Je l’écoutais, les paupières closes, comme trente ans plus tôt. Elle s’est approchée de moi et m’a doucement glissé à l’oreille : « tu ne serais pas mieux dans ton lit ? ».

Koyomi,

Taming the Tyrant

AUTOPRODUCTION

Au moment même où le groupe était arrivé à clôturer le financement de son (unique) album, on apprenait aussi qu’il ne poursuivrait pas l’aventure plus loin. Qu’importent finalement les raisons qui ont abouti à cet hara-kiri… Nous n’avons d’autres choix que d’accepter cette décision et d’écouter ce disque sans autre recul… L’album d’un power-trio parisien, guitare/basse/batterie, dont l’aboutissement ne reposait pas que sur la générosité de donateurs… Il aura fallu aussi aux trois musiciens pas mal d’heures de cogitation et d’exploration pour conduire à ce résultat complexe. Parmi toutes les étiquettes que l’on colle dans le dos de ces pièces instrumentales riches en dérapages contrôlés, il en est une qui nous semble plus appropriée que les autres : le math-rock. Tant la réflexion est poussée ici à son paroxysme… Les breaks s’enchaînent, les mélodies s’interchangent, la musique nous échappe… Après chaque accalmie, la tempête nous guette… Au terme d’une première écoute, puis d’autres, on ressort de cette expérience lessivés… mais convaincus aussi par la sincérité et la générosité qui s’en dégagent. Toute l’énergie catalysée durant ces années de prospection s’étant à présent envolée, c’est à nous d’en défendre le résultat, en donnant vie à ce «Taming the Tyrant» testamentaire. 

Alex Hitchcock,

Outside In EP

FRESH SOUND NEW TALENT

On peut le dire, les choses ne traînent pas chez Alex Hitchcock ! Depuis la parution de son premier EP en 2018 (« Live at the London and Cambridge Jazz Festivals »), le saxophoniste a publié un premier album au titre pertinent « All Good Things » et à présent, un deuxième EP qui devrait précéder une collaboration avec Tom Barford, attendue chez Edition Records pour le printemps… S’il est relativement peu connu chez nous (les plus attentifs l’auront aperçu aux côtés du tandem Charlier/Sourisse), Alex Hitchcock jouit d’une belle réputation outre-manche, où la presse le couvre d’éloges (« l’avenir du jazz » selon le magazine Jazzwise), et où il joue à guichets fermés. Cet « Outside In » a été enregistré en quartet augmenté de la présence de la chanteuse Cherise Adams-Burnett à qui on promet également un avenir étoilé… Bien qu’étiqueté au sein de la scène florissante londonienne, ce talentueux musicien s’en éloigne sensiblement… On perçoit en effet chez lui des influences américaines (Brandford Marsalis en est une…), ce qui n’enlève évidemment rien à la qualité et à la subtilité de sa musique…

Joseph « YT » Boulier