Markus Reuter oct20

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Markus Reuter

Markus Reuter est un phénomène. Ce musicien allemand de 48 ans est multi-instrumentiste (guitare, basse, claviers,…), compositeur (notamment d’une symphonie classique contemporaine), producteur et ingénieur du son. Il a été également un des précurseurs dans l’utilisation et le perfectionnement de nouveaux instruments (le Chapman stick ou la Warr guitar, des instruments à cordes frappées avec une sonorité amplifiée, donnant des sons s’approchant de divers claviers, de la basse ou de la guitare) et s’est chargé du design de ses propres guitares (U8 ou U10 Touch Guitar).

Cet homme fait partie ou est à l’origine de divers projets musicaux. Citons Centrozoon (musique électronique située entre l’ambient et le néo-progressif avec d’importantes parties improvisées), The Crimson ProjeKct (groupe reprenant le répertoire de King Crimson, qui s’est formé en 2014, à une période où ce groupe se trouvait en un état de léthargie prolongée. King Crimson et surtout le jeu de guitare de son leader, Robert Fripp, est une influence majeure pour Reuter) ou encore Stick Men (accompagné de Tony Levin et Pat Mastelotto, membres actuels de King Crimson. Ce groupe propose une musique proche du rock progressif et basée quasi uniquement sur l’utilisation de Chapman sticks et de la batterie). Sans oublier les très nombreux albums solos ou en collaboration avec d’autres artistes (c’est ainsi qu’avec ces 3 albums que nous vous présentons, Markus Reuter a déjà sorti 5 albums en 2020 (13 en 4 ans!!!) pour le label Moonjune Records). Et de nombreux autres sont en préparation.

Un petit mot sur l’époustouflant travail de Moonjne Records, ce label indépendant new-yorkais spécialisé dans une musique de fusion, où le jazz, le rock et bien d’autres styles s’entrecroisent pour former une musique sans frontières, intelligente, exigeante et souvent expérimentale sans être nombriliste. Un régal.

Reuter / Motzer & Grohowski
Shapeshifters
MoonJune Records

Nous démarrons cette triplette avec « Shapeshifters », enregistré en « live » le 18 août 2019 à New York, lors d’une soirée présentant des musiciens de Moonjune Records intitulée « An Eclectic Night of Progressive Music »). Ce projet regroupe Markus Reuter, le guitariste-bassiste américain Tim Motzer (avec lequel Reuter a déjà travaillé et sorti notamment l’album « Rapture » en 2018) et le batteur Kenny Grohowski, soit 3 spécialistes des « sonic shapeshiftings » (métamorphoses sonores). C’est bien cela qui est proposé dans ces 4 longues compositions-improvisations (entre 8 et 22 minutes) : un « power trio » n’hésitant pas à aller le plus loin possible dans l’expérimentation, offrant un paysage musical original, déconcertant, des dialogues exceptionnels entre guitaristes, un mariage des sonorités (pouvant aller jusqu’à un chaos musical savamment organisé). C’est jouissif, mais à ne pas mettre entre toutes les oreilles, tant cette volonté de liberté musicale absolue va vraiment très loin. Comment définir ce « maelstrom » ? Peu importe. Du « free rock » peut-être…

Markus Reuter Oculus
Nothing Is Sacred
MoonJune Records

Oculus est un nouveau projet de Markus Reuter. Un groupe de rêve (dont de nombreux musiciens avec lesquels il a déjà collaboré) l’entoure : le bassiste italien Fabio Trentini (Le Orme) et le brillant batteur israélien Asaf Sirkis l’accompagnaient sur l’album « Truce », cet ovni sorti plus tôt cette année. Le guitariste anglais Mark Wingfield était de la partie (avec Asaf Sirkis) sur les albums « The Stone House » et « Lighthouse », deux œuvres essentielles de ces dernières années. Enfin, deux « stars » : David Cross, le légendaire violoniste-claviériste, qui fit partie de King Crimson période 1973-1974 (leur plus inspirée) et le claviériste américain Robert Rich, un des grands noms de la musique ambient. Sur les 5 compositions (d’un minimum de 10 minutes) de ce « Nothing Is Sacred », on découvre une musique davantage structurée (ce qui n’apparaîtra pas comme évident pour certains) même si l’improvisation est toujours présente (il s’agit d’un album enregistré « live » en studio), une espèce de jazz-rock avant-gardiste, avec des passages harmonieux (des touches de prog et d’ambient, la présence de Robert Rich étant bien audible).
C’est hyper technique (mais hyper créatif), plein de tension (mais d’émotion également) soit un autre vrai régal pour tout amateur du « genre » (une musique hybride inhabituelle, tortueuse, subtile, n’ayant pas peur de s’aventurer vers des chemins peu fréquentés).

Markus Reuter
Sun Trance
MoonJune Records

Enfin, nous achevons ce spécial Markus Reuter avec « Sun Trance ». Voici un projet totalement différent dans lequel est impliqué Markus Reuter, ce qui n’est guère étonnant quand on connaît ses diverses œuvres allant vers des paysages musicaux parfois très éloignés les uns des autres. Enregistré « live » en mai 2017 à Mannheim, Markus Reuter partage ici la scène avec le Mannheimer Schlagwerk, soit un ensemble de 11 musiciens (7 percussionnistes, dont deux vibraphonistes, un guitariste, un bassiste, un clarinettiste basse et un joueur de synthés) dirigé par Dennis Kuhn, un vibraphoniste-percussionniste suisse, afin d’interpréter cette longue suite de 37 minutes, composée par Reuter. A partir d’un thème apparemment tout simple que l’on retrouve durant tout le morceau (qui peut faire penser au mouvement de la musique répétitive et à un Steve Reich en particulier ou à de la musique contemporaine), Reuter superpose diverses strates improvisées de Touch Guitar. Le résultat : une espèce de petite symphonie planante (accessible, bien davantage que les deux autres enregistrements présentés), d’une grande originalité, déconcertante certes (mais c’est habituel avec notre artiste) et, encore une fois, une belle réussite.

Sergio Liberati