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Sal La Rocca, parcours exemplaire

Sal La Rocca: un parcours exemplaire.

Propos recueillis par Claude Loxhay

Photos de Robert Hansenne

(c) Robert Hansenne

Beaucoup de Liégeois ont pu découvrir Salvatore La Rocca, dans les années 1980, lors des sessions de La Luna, le club lié à l’équipe de la revue Jazz in Time. Par la suite, on l’a retrouvé dans une multitude de contextes différents, avec des musiciens européens comme des pointures américaines, de Steve Grossman à Lee Konitz. Le 18 novembre, il était à L’An Vert, en compagnie du guitariste corse Hervé Caparros: une occasion idéale pour jeter un coup d’œil dans le rétroviseur.

Tu as commencé par jouer du rock à la guitare, comment es-tu passé à la contrebasse et au jazz ?

Sal: C’est très simple. J’habitais en colocation avec un saxophoniste, quelqu’un qui s’y connaissait en jazz : il avait une connaissance assez large et une discothèque incroyable. Je me suis initié d’abord à la musique en elle-même.  A l’époque, j’avais une grande barbe et il m’a fait une réflexion du genre: « Tu as une tête de contrebassiste. » Je jouais un peu de basse électrique et je l’ai pris au mot. Je suis allé dans la première académie venue, j’ai pris une contrebasse et j’ai commencé comme cela.

Qui écoutais-tu à l’époque ?

Au tout début, un peu comme tout le monde, j’ai écouté Scott La Faro et, au tout début, surtout Paul Chambers, mais aussi Percy Heath et, bien sûr, Mingus. J’étais bien servi.

Au départ, tu as joué avec les musiciens liégeois, comme Jacques Pelzer…

Oui, avec Jacques, Robert Grahame, Nic Fissette, Robert Jeanne et aussi Tony Bauwens qui, lui, n’était pas liégeois. Dans les années 1980, on jouait souvent chez Mathieu Coura, au Tivoli.

Grâce à Jacques Pelzer, tu as pu rencontrer des musiciens américains, comme Jon Eardley…

Jon Eardley, je ne l’ai pas rencontré souvent, on a joué ensemble lors d’un festival, à Oupeye. Ceux qui m’ont marqué le plus, c’est des musiciens comme Steve Grossman et le batteur Leo Mitchell que Chet Baker avait parachuté à Liège : un sacré batteur. Dave Liebman est aussi passé chez Jacques et puis John Thomas, un guitariste qui habitait Aachen mais a souvent joué avec Jacques. Cela a débuté comme cela.

Avec Steve Grossman, tu as joué en trio, mais aussi en quintet avec Jean Linsman à la trompette…

Oui, en trio avec Leo Mitchell à la batterie, en quintet, avec Jean Linsman à a trompette et Erik Vermeulen au piano. On a notamment joué à Huy.

Fin des années 1980, tu t’es occupé de la programmation du club La Luna et tu as continué à rencontrer les grands noms du jazz belge…

Oui, je n’étais pas tout seul, nous avons formé un petit collectif lié au magazine Jazz in Time. Inévitablement, tout le monde est passé par La Luna, de Richard Rousselet à Steve Houben, Pirli Zurstrassen, Erik Vermeulen, Kurt Van Herck ou Erwin Vann.

Il y a eu de fameux concerts : un soir, tu as réuni Jacques Pelzer, Phil Abraham, John Thomas et le batteur américain Rick Hollander…

Oui, Rick Hollander est souvent venu à Liège, il a aussi joué avec Steve et Greg Houben.

Tu as enregistré avec ces musiciens, que ce soit Steve, Robert Jeanne ou Erik Vermeulen…

Oui, avec Steve, on n’a fait qu’un disque « Blue Circunstances », avec Diederik Wissels et Rick Hollander mais j’ai beaucoup tourné avec lui. Avec Robert, on a enregistré son premier disque en quartet chez Mimi. Avec Erik Vermeulen, on a enregistré « Songs of Minutes » en trio.

Tu as aussi enregistré plusieurs albums avec Nathalie Loriers que tu avais croisée à Liège…

Oui, avec Nathalie Loriers, c’est une longue histoire qui a duré presque dix ans. On a joué dans pas mal de pays, dont la Syrie, le Brésil ou le Japon et on a enregistré trois albums : « Walking Through Walls », « Silent Spring » puis « Tombouctou » avec le trio + Extensions : Laurent Blondiau à la trompette, Frank Vaganée et Kurt Van Herck au saxophone.

Tu as aussi enregistré avec Peter Hertmans…

Oui, on a enregistré « Ode for Joe », un hommage à Joe Henderson, avec Jeroen Van Herzeele au saxophone et Jan De Haas à la batterie. On a pas mal tourné un petit temps avec ce quartet et on a enregistré d’autres albums : « Caribean Fire Dance » avec ce quartet, « The Other Side » puis « Guitar Stories » à deux guitares avec Kari Antila.

Tu as retrouvé Rick Hollander avec Greg Houben…

Oui, avec le Français Pierrick Pedron au saxophone, un magnifique disque, très « jazz ». Avec ce projet, on a joué dans plusieurs festivals : en Gaume, à Jazz à Liège et à Comblain.

Avec Jeanfrançois Prins, tu as rencontré Lee Konitz…

C’était en France, à Paris, dans un club dépendant de Disneyland « : on a joué deux ou trois soirs d’affilée et Jeanfrançois a enregistré cette rencontre sous le titre « Live at the Manhattan Jazz Club ».

Il y a alors tes albums personnels…

Oui, le premier « Latinea », je l’ai enregistré avec deux guitaristes:  Peter Hertmans et Jacques Pirotton. Au piano, il y a Koen Goessens qui maintenant est décédé et Bruno Castellucci à la batterie. Un album avec des compositions personnelles, un peu jeunes peut-être mais c’était mon premier disque. Le deuxième, « It Could Be The End », est, en ce sens, plus abouti, avec un excellent saxophoniste, Jacques Schwarz Bart, Pascal Mohy au piano, Lorenzo Di Maio à la guitare et Hans Van Oosterhout à la batterie.

Tu avais croisé Jacques Schwarz Bart dans le quartet du pianiste français Olivier Hutman…

Oui, on a d’ailleurs enregistré un album avec Olivier, Jacques et Hans, en 2006, « Suite Mangrove » : un très beau disque.

Avec Hutman,tu as aussi croisé la chanteuse américaine Denise King.

Oui, Olivier m’a souvent appelé avec Hans pour accompagner Denise King lors de concerts en France. En Belgique, avec Denise King, on tourne avec Ivan Paduart au piano et Mimi à la batterie.

Sal, tu as souvent été sollicité en France, pas seulement avec Olivier Hutman mais aussi avec la chanteuse Anne Ducros…

Oui, avec Anne, on a enregistré trois albums chez Dreyfus. D’abord « Purple Songs » avec Didier Lockwood, Gordon Beck et Bruno à la batterie. Ensuite « Close Your Eyes », avec Toots en invité et « Piano Piano », un album avec plusieurs pianistes invités : Jacky Terrasson, Enrico Pieranunzi et René Urtreger. Avec Anne, on a beaucoup tourné ensemble, on a notamment joué au Jazz à Liège mais, à un moment, nos routes se sont séparées.

Il y a alors ton troisième album « Dany Sings Billie », avec Dani Klein de Vaya con Dios…

Oui, Vaya con Dios, c’est aussi une longue histoire qui a duré durant 8 ans puis on a décidé de faire un projet autour de Bllie Holiday. Dany a choisi un répertoire un peu particulier. Elle a choisi le côté un peu plus jovial que le côté plein de souffrance. Pas de Strange Fruit, mais des morceaux gais, souvent autour du thème de l’amour mais avec un côté satirique quand même.

En ce moment, tu reviens d’une tournée en Chine avec Phil Abraham…

Phil, je le connais depuis que j’ai commencé la musique : nous avons fait nos armes ensemble. On a fait cette tournée avec Fabien Degryse à la guitare et le Français Thomas Grimonprez à la batterie, un batteur que j’apprécie beaucoup : nous nous entendons bien ensemble.

Ici, à L’An Vert, tu joues avec Hervé Caparros, guitariste originaire de Corse. Comment s’est faite cette rencontre ?

Hervé Caparros : Sal, je l’ai contacté par Facebook. J’étais en recherche d’un accompagnateur. Sal venait de sortir son disque, « It Could Be The End », je l’ai écouté sur You Tube, j’aimais beaucoup. Je connaissais Sal de vue mais je ne pensais pas pouvoir contacter ce genre de musicien alors que je me sentais encore un peu en apprentissage. Pourtant, je l’ai fait. Sal a répondu en disant qu’il était heureux de participer à mon projet. J’étais agréablement surpris et la suite n’a été que de bonnes surprises. On a commencé à jouer,on a recruté Lionel Beuvens à la batterie et Mathieu Van au piano. On a fait quelques gigs ensemble, on a joué au festival de Tournai. Après Mathieu a été occupé par son propre projet. J’ai cherché un autre pianiste, Vincent Bruyninx et un batteur. Ici, c’est Jan De Haas. Le répertoire est constitué de compositions originales. Avant d’arriver en Belgique, j’ai joué en Corse mais pas vraiment du jazz. Je faisais mon apprentissage de l’instrument : je suis autodidacte, je ne suis pas allé au Conservatoire. J’ai progressé au contact des autres musiciens, des disques. Le jazz est quelque chose que j’ai gardé en secret pour moi. J’ai fait un peu de tout : musique africaine, variété, tout ce qu’un musicien fait quand il commence et puis, du rock, du blues. Ensuite, j’ai commencé à écrire des morceaux et, naturellement, tout s’est mis en place. J’ai laissé aller mon inspiration. J’ai enregistré un premier disque, une autoproduction faite avec un ami, en home studio pour concrétiser ce que j’avais mis sur papier et pour avoir des morceaux à proposer. On reprend quelques-uns de ces morceaux en live. C’est un peu une carte de visite. Avec le nouveau quartet, on a enregistré un cédé, « And Now The City », dont on va jouer la majorité des morceaux ce soir. « And Now The City » est aussi une autoproduction mais réalisée avec une oreille plus attentive, une musique plus aboutie. On a encore de nouveaux morceaux qui ne demandent qu’à être enregistrés. Si un label est intéressé…

Toi aussi Sal, tu es en partie autodidacte…

Tout à fait. Qui se ressemble s’assemble. Quand Hervé m’a envoyé son premier disque, j’ai trouvé qu’il y avait une connivence avec ce que je faisais, il y avait quelque chose qui m’interpellait. J’aimais beaucoup l’esprit de cette musique, une musique avec beaucoup de couleurs.  J’ai d’abord été séduit par cela.

Tu as souvent joué avec des guitaristes, Pirotton, Hertmans, Prins, et, dernièrement, en compagnie de Steve Houben, avec l’Italien Alessi Menconi…

Oui, j’ai souvent joué avec des guitaristes, puisqu’au départ, j’étais moi-même un peu guitariste. Alessi vient d’Italie du Nord, c’est un monstre de la guitare jazz. Quelqu’un qui a une aisance qui fait peur, il est très bebop : Steve en est resté un peu bouche bée.

Dans quelques jours, tu vas rejoindre le quintet de Chris Joris, avec le saxophoniste américain Eric Person qui a participé à l’album « Rainbow Country » avec Bob Stewart au tuba…

Personnellement, je ne connais pas Eric person, je vais le découvrir. J’aime beaucoup Chris Joris, son univers musical : je m’y retrouve bien dedans. On va essentiellement jouer des compositions de Chris. Dans le groupe, il y a Fre Desmyter au piano et Naima, la fille de Chris, au chant. Elle a vraiment un monde à elle. On la retrouve sur le dernier disque que Chris a enregistré avec ses trois enfants, « Home And Old Stories », une entreprise familiale très chouette. Par ailleurs, je vais enregistrer un nouvel album pour Igloo, en compagnie de Jeroen Van Herzeele, Pascal Mohy et Lieven Venken. Phil serait invité sur l’une ou l’autre plage. L’album doit sortir l’an prochain. Bref, les projets ne manquent pas, on est amené à se revoir…